Il y a certes une chose qu'on ne pourra jamais reprocher jamais au cinéaste Pedro Almodovar, celle de faire des films académiques. Cet explorateur des sentiments humains, réussit à disséquer ses histoires de sorte qu'il isole le contenu de sa forme ce qui lui permet de manier ces deux véhicules avec un doigté dont il est le seul à connaître son mode d'utilisation. Se faisant, ce fabuleux raconteur d'histoire a su de se renouveler constamment et au fil de ses films, il a même su développer un talent de metteur en scène que l'on ne lui connaissait pas. Son dernier né, abondamment plébiscité au Festival de Cannes en 2004, cogne à nos portes et il s'intitule "La mauvaise éducation".
Mettant en vedette Gael Garcia Bernal (Amores Perros), la vedette latine du moment, dans le rôle d'un acteur en recherche d'emploi et Fele Martinez (Talk to Her) dans celui d'un cinéaste homosexuel en panne d'inspiration, ce film raconte le choc provoqué par la rencontre de ces deux amis qui ne se sont pas vus depuis les années du pensionnat. Suite à une discussion pendant laquelle le cinéaste explique à l'acteur qu'il n'a rien à lui offrir faute d'inspiration, ce dernier lui remet une nouvelle intitulée "La Visita", oeuvre qu'il a écrite et qui raconte son histoire au pensionnat pendant les années franquistes, établissement aussi réputé pour son éducation que pour le harcèlement sexuel qui y prévalait.
Almodovar nous entraîne dans un tourbillon d'évènements où toute la noirceur de l'âme humaine est étalée sur un canevas d'une richesse visuelle incroyable. Il réussit à imbriquer une série d'histoires, les unes dans les autres nous promenant d'une époque à l'autre à l'aide de plans continus. Et que dire de Gael Garcia Bernal qui personnifie plusieurs rôles donc celui de Zahara, un sulfureux travesti qui étonne par son charme et sa féminité. Almodovar traite de la sexualité à travers le regard dévastateur de la pédophilie et il présente l'homosexualité comme si elle était la l'expression ultime du désir donnant au passage, une douce caresse au travestisme. L'enveloppe, qui rappelle l'univers obscur des films noirs, allège le propos et insuffle à l'intrigue une dose de mystère qui nous garde en haleine jusqu'à la fin.
À noter que l'édition américaine offerte par Sony Pictures propose une version non censurée, NC-17 ainsi qu'une version "Rated". Après quelques recherches, il n'a été impossible de connaître la différence entre ces deux versions, mais tout semble relié aux clins d'œil faits sur la religion et sur la sexualité. L'édition canadienne est orchestrée par Séville et se moule sur l'édition NC-17 proposée chez nos voisins du sud. Le transfert vidéo est de première qualité et rend hommage à la sublime cinématographie de ce film. Le canevas conserve toute sa richesse et les couleurs demeurent vives et naturelles. Bref, un festin pour les yeux. Côté audio, nous avons surtout affaire à un film axé sur les dialogues et la majorité du signal passe par les enceintes avant. Néanmoins, l'abondante musique et quelques effets ambiants viennent nous envelopper à quelques occasions pour notre plus grand bonheur. Cette piste sonore se tire également très bien d'affaire.
Un premier menu nous demande de choisir entre l'anglais et le français pour aboutir vers le menu principal. Très musical et proposant une image statique du comédien central, ce menu est facile d'utilisation et est d'une facture très classique. Côté suppléments, nous avons droit à une trame de commentaires du réalisateur qui malheureusement est en espagnol ce qui m'empêche de vous en glisser mot. Quatre scènes supprimées sont également au programme, moments qui n'apportent rien à de plus l'histoire et qui sont en espagnol sans sous-titres. Un mini documentaire nous montre quelques moments du tournage de ce film sur une très belle musique mais malheureusement c'est trop court et surtout non instructif. La bande-annonce du film et une galerie de croquis complètent le tout. J'avoue que ces suppléments sont insuffisants et surtout plus ou moins intéressants.
"La mauvaise éducation" ouvre une parenthèse sur le passé du cinéaste et une autre sur l'éducation à l'ère franquiste et se veut une œuvre riche de par son contenu et intrigante par le traitement qu'il en fait. Je recommande chaudement de vous procurer cette édition que nous propose Séville qui aurait certes pu contenir une section de suppléments plus cossue et plus pertinente, mais qui nous offre l'essentiel, soit un très beau film suivant des transferts audio et vidéo de très bonne qualité.
| Film | 8 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 8 |