Caméra d'Or (qui récompense le meilleur premier film) au Festival de Cannes en 2007, "Les méduses" traite d'isolement et de solitude en donnant quelques clés afin de briser ce cycle de détresse. À la fois drôle et bouleversant, réaliste et onirique, le long-métrage du couple Etgar Keret et Shira Geffen se veut le deuxième grand film israélien à toucher le Québec après l'inoubliable La visite de la fanfare.
Trois histoires se croisent et se répondent dans un Tel-Aviv ancré dans la modernité. Batya (Sarah Adler) décide de s'occuper d'une jeune fille (Nikol Leidman) rencontrée sur la plage. Blessée à la jambe après un mariage mouvementé, Keren (Noa Knoller) soupçonne son nouveau mari (Gera Sandler) de lui mentir à propos d'une voisine poétesse. Et il y a Joy (Man-Nenita De Latorre), une Philippine de passage qui s'occupe de personnages âgés afin d'acheter un cadeau pour son fils au loin.
Portraits de femmes dont la communication n'est pas leur fort et qui ont absolument besoin d'autrui afin de rebondir, "Les méduses" se veut une perle enfouie qui a tôt fait de révéler ses charmes. Au sein d'une mise en scène sobre au rythme lent et intrigant, l'œuvre traite d'amour, de partage, de responsabilités et de passé sans jamais faire la morale. La structure du récit, à la fois simple et limpide, mélange les existences en se gardant bien d'afficher un ton trop sérieux. Au contraire, le sourire est longtemps de mise, jusqu'à cette conclusion qui risque bien d'émouvoir pendant longtemps.
Entre symboles et métaphores, l'opus navigue sur différents thèmes pour faire rejaillir un scénario probant et profond. Le rôle de l'eau peut être analysé tout comme ces relations conflictuelles entre les enfants et leurs parents, mais ça serait passer à côté de l'essentiel de ces trois histoires qui forment une toile plus grande. Le tout étant interprété par des actrices au jeu toujours juste et senti. Au départ, le maillon mettant en vedette Keren et son époux semble être le plus faible, mais au bout de la ligne, c'est celui dont la charge dramatique sera la plus forte.
La musique se fait rare et elle se limite à du piano mélodique, quelques cordes enchanteresses, des airs de techno et le tube "La vie en rose" qui est murmuré en hébreu. La piste sonore n'est pas là pour servir toutes les enceintes (il y a néanmoins des bruits d'eau, de voitures et de portes qui s'échappent des différents haut-parleurs), mais bien de privilégier le propos. Afin de tout saisir, il est fortement recommandé d'insérer des sous-titres jaunes en français ou en anglais qui sont malheureusement un peu petits à déchiffrer. La photographie, précise et focalisée sur les protagonistes, permet un échappatoire d'une ville accaparée par les affres de la guerre afin de toucher une universalité qui est la bienvenue. Le plan séquence du début s'ouvre sur un climat réaliste (couleurs sombres, détails enviables) qui devient de plus en plus onirique, laissant échapper des teintes plus vives (l'eau de la mer), et même quelques extraits en Super 8. De quoi faire oublier ces contrastes qui ne sont pas toujours justes.
La jolie pochette dans des tons de bleus montre une femme qui cherche à rattraper une petite fille. Le très ordinaire menu principal du DVD privilégie plutôt à deux actrices qui se regardent. Le tout est statique, mais rehaussé par une intrigante mélodie. Les suppléments s'articulent autour d'une entrevue. Pendant 21 minutes, les deux réalisateurs expliquent leurs démarchent en s'attardant aux objectifs souhaités, à la difficulté de filmer, au choix des comédiens et au résultat rencontré. Intéressant à défaut d'être très excitant.
"Les méduses" n'a rien du film d'action, du suspense, du drame psychologique ou de la comédie. Pourtant, les enjeux sont conséquents, et les réactions des personnages risquent de créer de fortes zones de remous. Il s'agit plutôt une œuvre où il faut s'investir, prendre son temps et s'abandonner au vortex de vie qui secoue et qui ne laisse pas indifférent. De quoi en ressortir les larmes aux yeux avec un goût prononcé pour la vie et, dans une moindre mesure, du septième art.
| Film | 8 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |