Excision, corruption, soumission de la femme et ignorance volontaire des élites, "Mooladé" décrit de façon fort adroite plusieurs fléaux qui caractérisent encore l'Afrique de nos jours. Difficile, mais nécessaire. Même s'il est âgé de plus de 80 ans, Sembène Ousmane n'a pas encore perdu le feu sacré. À la fois écrivain et réalisateur, l'homme derrière Camp de Thiaroye (Grand Prix Spécial du Jury au Festival de Venise en 1988) sent qu'il n'a pas tout dit sur son Afrique natale. Avec "Moolaadé", il offre une vision réaliste des différentes mœurs et coutumes.
Dans un village africain (dont le nom ne sera jamais mentionné), Collé Ardo (Fatoumata Coulibaly) est perçue comme une résistante. En effet, elle est une des seules à s'être battue pour ne pas que sa fille subisse l'excision. Lorsque quatre fillettes viennent la voir en réclamant leur protection contre cette coutume ancestrale, Collé décide d'invoquer le Mooladé, un rite oral qui est censé protéger les jeunes filles. La population locale, très croyante, obéira à cette incantation en rouspétant, mais les anciens verront d'un mauvais œil qu'une femme se dresse devant les hommes et leur histoire.
Ce film propose une confrontation entre les conventions et la modernité. D'un côté, il y a une petite région patriarcale centrée sur elle-même, où l'importance des traditions est prépondérante. Afin de ne pas perdre leur influence, les aînés n'hésitent pas à brûler tous les contacts vers l'extérieur (comme les postes de radio), alors que des commerçants profitent de la bonne foi des gens pour hausser leur prix. Il y a également quelques personnes qui cherchent à briser ce canevas où règnent la corruption, les mariages arrangés, la pédophilie et où les femmes sont esclaves de leur mari. De nombreux maux qui empêchent l'Afrique de prendre sa place sur l'échiquier mondial. Si un des protagonistes est influencé par le monde occidental ou le simple dévouement au genre humain, le résultat est le même. Le poids du peuple est important et il faut toujours des sacrifices pour changer la donne.
Les thématiques délicates et la dureté de certaines scènes contrastent avec la magnifique musique et les paysages flamboyants. Ceux-ci profitent d'un transfert qui n'épargne aucun détail. Les couleurs resplendissent de partout et demeurent inoubliables. C'est cependant regrettable d'apercevoir à quelques moments des égratignures. Elles n'apparaissent que pendant des fractions de secondes, mais c'est tout de même trop. Les sous-titres, nécessaires à la compréhension du récit, sont honnêtes. L'écriture blanche est facile à lire, mais la taille des lettres aurait pu être un poil plus grande. La trame sonore, effacée et très pertinente, est maximisée par de multiples bruits qui émanent du village. Les passants, les animaux, un capharnaüm qui étonne à chaque écoute. La piste Dolby Digital 2.0 est donc loin d'exploiter convenablement les riches possibilités de ce son dépaysant.
Avec sa belle pochette ornée de sceaux attestant que ce long métrage a participé aux plus grands festivals de la planète (il a par ailleurs été le grand gagnant de la section "Un certain regard" à Cannes en 2004), difficile de ne pas vouloir écouter le film rapidement! Dès l'insertion du DVD, on arrive presque instantanément au menu principal. Ce dernier est très simple. Il est constitué d'un mini montage comprenant quelques images statiques de l'œuvre avec une charmante mélodie en arrière-plan. C'est un peu dommage qu'elle ne dure que quelques secondes. L'unique option incluse est un documentaire sur le tournage. Pendant plus de vingt minutes, différentes personnes s'expriment sur les difficultés de tourner en Afrique et sur la rigidité presque implacable du réalisateur. Même si plusieurs fois, les propos demeurent trop superficiels, il y a quelques séquences assez inspirantes. Comme cette scène où des enfants dansent et qui doit être reprise, car les sauts n'étaient pas corrects. Il y a le moment initial, les corrections apportées et le résultat final. Ce sont de tels moments qui expliquent l'invention du DVD.
Sans tomber dans la démonstration manichéenne, "Mooladé" se veut une œuvre importante, magnifique et fort troublante. Malgré une certaine tendance à avoir recours au mélo et une démonstration finale qui peut rappeler un certain The Passion of Christ, voilà un long métrage qui propose une réflexion intelligente et émotive, peuplée de personnages inoubliables. Le plus incroyable, c'est que l'espoir émane dans les derniers moments, ce qui laisse présager qu'une révolution est possible. En attendant les changements, de plus amples suppléments auraient été les bienvenus!
| Film | 8 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |