Ambitieux récit traitant du hasard, des choix de vie, de l'amour et de la mort, "Mr. Nobody" de Jaco Van Dormael a tout pour séduire les amateurs de romance. Imparfait, car sucré et prétentieux, mais néanmoins très intéressant et fascinant.
En 2092, Nemo (Jared Leto) apprend qu'il est le dernier être humain mortel. Avant de passer vers l'au-delà, il se souvient de ses parents et de son existence. Par le pouvoir de son imagination, le vieillard est capable de modifier ses choix et d'explorer des avenues différentes, de revoir sa vie aux côtés de nouvelles personnes.
Les cinéphiles seront ravis d'apprendre que le cinéaste belge Jaco Van Dormael fait encore du cinéma. S'il n'avait plus donné de nouvelles après son collant Le huitième jour en 1996, le revoilà de retour avec un film qui ressemble beaucoup à son titre phare Toto le héros. En fait, "Mr. Nobody" est un prolongement d'un de ses propres courts-métrages. Il débute peut-être dans le futur, mais c'est pour mieux revenir vers le passé, à l'époque de l'enfance, à ce moment où tout se joue et où les êtres peuvent encore rêver mieux.
À l'image du mésestimé The Fountain, ce n'est pas tout le monde qui acceptera le postulat de départ et c'est tout à fait normal. Il faut tout d'abord laisser le cynisme au vestiaire et garder l'esprit ouvert. Tout d'un coup, un immense et flamboyant univers visuel apparaît. Ce soin presque publicitaire de s'intéresser à l'esthétisme rappelle à la fois les captivants Eternal Sunshine of the Spotless Mind et Run, Lola, Run. Pendant que l'œil est ravit, le cerveau n'est pas en reste. Le metteur en scène et scénariste a concocté une intrigue foisonnante, par moment insaisissable, qui se plait à explorer les possibilités complexes de l'existence. Les ellipses sont donc nombreuses, tout comme les superpositions de destins parallèles. De la même façon que le capitaine du Nautilus dans Vingt mille lieues sous les mers, Nemo s'infiltre à des endroits insoupçonnés de ses propres souvenirs, pour le meilleur et pour le pire.
Très rapidement l'amour apparaît comme source de tous les bonheurs et de tous les maux. Le protagoniste hésite entre trois femmes qui résultent de la séparation de ses parents. Doit-il suivre sa mère ou son père? Et à quel prix? Des questionnements primordiaux pour des personnages plutôt bien définis et défendus par de solides comédiens. La présence de Jared Leto ne peut que rappeler l'ombre du brillant Requiem for a Dream (il y a même deux séquences extrêmement similaires) et l'acteur s'en sort encore une fois avec les lauriers. Il se fait toutefois éclipser par ses partenaires de jeu, la sous-utilisée Linh Dan Pham, la brûlante Sarah Polley qui trouve un rôle extrêmement puissant, et Diane Kruger qui représente la parfaite Aphrodite des temps modernes.
Ces éléments ne sont que des pacotilles si le spectateur n'adhère pas au propos. Et il y en a sûrement quelques-uns qui se sentiront lésés par ce scénario beaucoup trop fou qui cherche à tout traiter en quelques heures. Sans doute que les aspects philosophiques et spirituels manquent de profondeur (à ce sujet, les exposés rhétoriques sur le temps, l'amour et la peur sont des fausses bonnes idées qui s'épuisent assez rapidement), que certains rebondissements semblent aléatoires et que des répétitions risquent de jouer contre l'exercice. Rajoutez à cela une forte propension aux morales et aux symboles et vous obtenez un objet d'une richesse inouïe qui prêche parfois par excès, prisonnier de ses propres codes et de ses effets souvent kitch.
Le soin audio est cependant de tous les instants, s'exprimant par la musique sélectionnée et les admirables trames sonores en Dolby Digital 5.1 qui exploitent solidement les différentes enceintes pour y faire triompher des bruits d'eau, de trains, d'avions et d'éclairs. Les voix sont parfaitement audibles et devant la traduction francophone qui laisse parfois à désirer, il y a de très visibles sous-titres jaunes. Les images sont également de grande qualité, avec son code de couleurs qui change selon l'histoire explorée. Les contrastes sont soignés, tout comme la riche définition des contours. Un peu de grain se fait toutefois ressentir.
La pochette rouge à l'effigie du regard de Jared Leto et de deux mains qui cherchent à s'assembler aurait pu être encore plus intrigante. Le menu principal du DVD opte plutôt pour un langoureux montage de scènes qui apparaît sur une douce mélodie. Les bonus contiennent une bande-annonce, une série de publicités, trois séquences supprimées qui ne sont pas essentielles, une revue de tournage sans paroles (mais gonflée en inspirants airs musicaux) sur l'élaboration de quelques séquences et, surtout, un long documentaire de 47 minutes sur le dessein du créateur. Un segment très instructif complété par l'impression du reste de l'équipe technique sur les thématiques en place.
Malgré ses quelques bémols, il est tout à fait compréhensible d'avoir le goût de plonger tête baissée dans cette folie pure et naïve. Contrairement à la version présentée en salles (de 138 minutes), celle-ci représente la vision originale (de 157 minutes), et de nombreux spectateurs se régaleront de voir la ville de Montréal prendre forme d'une éclatante façon. Ce type d'essai (à la Léolo) est de plus en plus rare et il faudra en profiter de cette matière première qui porte à réflexion.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |