Le cinéma cubain est véritablement né en 1959 lors de la création de l'institut cubain de l'art et de l'industrie cinématographique.. Il compte quelques cinéastes d'exception dont Tomás Guitiérrez Alea, un des réalisateurs les plus vénérés de l'Amérique Latine à qui l'on doit le chef-d'œuvre Fresa y Chocolate qui a reçu une nomination aux Oscars et qui est considéré comme l'apothéose du cinéma cubain. Avec la crise économique que subit le pays dans les années 1990 avec la chute de l'URSS, le cinéma cubain dut se tourner vers l'extérieur pour trouver du financement et naquirent ainsi les coproductions permettant par le fait même une certaine ouverture de la part du régime castriste. En 2003, une petite comédie sentimentale légère comme l'été était présentée au Festival de Cannes dans le cadre de la quinzaine des réalisateurs. C'était la première fois depuis plus de trente ans qu'un film cubain était présenté à Cannes.
"Nada+" raconte l'histoire de Carla Perez, jeune et belle postière qui travaille dans le bureau de poste d'une ville. Elle vit, au gré du vent, en attendant sa carte verte pour lui permettre d'immigrer aux États-Unis, car ses parents y ont déjà immigré et ils ont inscrit son nom à la loterie annuelle qui détermine au hasard les heureux élus qui viendront goûter au rêve américain. En attendant son passeport vers la liberté, elle se met à lire le courrier de ses concitoyens se permettant au passage d'améliorer le contenu des missives en les bonifiant d'une poésie douce sur la vie et sur l'amour.
Réalisé par Juan Carlos Cremata, ce film annonce de très belles intentions, mais l'ajout de personnages secondaires hyper caricaturaux fait basculer cette légère comédie sur fond de poésie vers un vaudeville de troisième ordre. Quel dommage, car l'idée de voir Carla intercepter le courrier et le remanier pour aider les gens nous est d'une grande fraîcheur même si elle rappelle à certains égards un des petits tours d'Amélie Poulain. L'utilisation d'une image noir et blanc à laquelle on laisse filtrer la couleur sur certains objets est également une valeur ajoutée à ce film qui se veut un hommage à la vie et à l'amour tout en chatouillant au passage le régime castriste.
Le rendu visuel est de bonne qualité. L'image est composée d'une large palette de tons de gris appuyés sur des noirs profonds et des blancs immaculés. Quant aux objets de couleurs, ils sont légèrement sursaturés sans doute pour rehausser le contraste et accentuer leur présence. Nous pouvons remarquer quelques segments plus granuleux à l'occasion, mais rien pour déranger notre visionnement. Quant à l'audio, tout le débit sonore passe par les enceintes avant. Les dialogues sont facilement audibles et la très belle musique des îles vient habilement se mêler au mixage sonore. Par ailleurs, un menu statique, accompagné d'une belle musique et de navigation élémentaire nous accueille. "Film in Context" amorce la section des suppléments et se veut un bref historique écrit de Cuba. "Director Biography" est un résumé écrit illustrant le parcours du cinéaste. Une galerie de quelques photos, une série de bandes-annonces et quelques synopsis écrits d'autres films appartenant à la "Global Lens Collection" (série de petits films étrangers sélectionnés dans différents petits festivals pour être transférés et distribués sur DVD) et distribués par "First Run Features" complètent cette section.
"Nada+" est un film construit autour d'une belle prémisse, mais qui mélange deux styles qui ne se mélangent pas. C'est comme si le réalisateur avait tenté de croiser l'univers d'Amélie Poulin à celui des trois Stooges. Nous nous retrouvons devant de beaux moments de cinéma riches en émotions qui sont immédiatement suivis de numéros de vaudeville grotesques. Pour les curieux, je vous recommande d'en faire sa location avant de délier les cordons de votre bourse pour vous le procurer.
| Film | 5 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 6 |