C'est pour un voyage dans les bas fonds de Buenos Aires que nous embarquons avec "Night Watch" (Ronda Nocturna), une coproduction franco-argentine, réalisée par l'Argentin Edgardo Cozarinsky. Nous y suivons Victor, un jeune homme qui vend autant son corps que de la drogue à ceux qui en veulent, quels qu'ils soient, où qu'ils soient.
Avec ses faux airs de Gael García Bernal, l'acteur Gonzalo Heredia nous donne l'impression de voir un documentaire. Avec un visage qui nous apporte autant une sorte de détresse qu'une illumination dès qu'il sourit, Heredia est absolument son personnage. Victor semble entièrement dédié à son destin, donnant la sensation qu'il ne sait rien faire d'autre, que c'est sa vie. Connaissant toujours quelqu'un à chaque coin de rue, il y a toujours une âme en peine qu'il va pouvoir satisfaire. Que ce soit un peu de drogue dans les toilettes du café-restaurant encore ouvert, ou dans ce club privé au trentième étage d'un immeuble cossu, Victor saura toujours quoi faire. Ce soir, il reçoit la visite de son "Sugar Daddy", en fait un policier important de la ville qui, en plus d'être un fidèle "client", le protège et le surveille, l'ayant même équipé d'un téléphone cellulaire. Il rencontrera aussi un ancien amant avec qui il n'hésitera pas à passer un bon moment. Jusqu'à cette fille un peu perdue, autant dans la vie que dans ses pensées, à qui il donnera de la tendresse avant qu'elle en décide autrement. Puis le jour va se lever et Victor ira certainement se coucher avant que n'arrive la prochaine nuit.
Après une forme d'exil cinématographique en France pendant une dizaine d'années (où il habite aussi depuis 30 ans), Edgardo Cozarinsky est enfin de retour dans sa ville natale, Buenos Aires, pour y réaliser ce film. Il commence en Argentine sa carrière tardivement, à 32 ans, et mélange dans son travail sa passion pour le cinéma et la littérature. Voulant fuir la dictature militaire de son pays, il va alors résider en France où il continue d'écrire et de réaliser des œuvres ayant comme point commun de relater des faits historiques politiques ou sociaux, souvent évités par le reste de sa corporation. Il vient d'avoir 68 ans. Quant à Gonzalo Heredia, c'est un jeune acteur argentin de 24 ans que l'on peut voir dans son pays principalement dans des séries télévisées (novelas).
TLA Releasing nous propose ce film plutôt sombre qui, malgré son contexte et son sujet, ne tombe jamais dans le voyeurisme ni la nudité inutiles. D'un point de vue technique, le rendu de la nuit dans la capitale argentine est très beau, alors que l'on joue pratiquement tout le temps sur les éclairages naturels des lieux. L'image est même légèrement adoucie pour donner une atmosphère encore plus voilée. Juste un petit problème avec l'exemplaire que j'ai reçu : l'image est bien au format panoramique, mais elle n'était pas anamorphique. L'éditeur TLA Releasing m'a même confirmé qu'effectivement, certains lots ne l'étaient pas et que ceux qui leur restaient ne l'étaient pas non plus. Un peu dommage pour apprécier complètement le film. Par contre, on félicitera l'éditeur pour les différentes bandes sonores, et bien entendu la piste DTS qui offre une ambiance de ville nocturne assez développée, mais surtout qui rend la musique à base de tango enivrante. Un peu moins présente, la piste Dolby 5.1 apporte toutefois un environnement assez complet et vivant. Une piste Dolby stéréo est aussi disponible. Il faut rajouter que toutes les bandes sonores sont en espagnol, langue originale du film, mais des sous-titres anglais sont disponibles. Le menu principal est animé avec des extraits du film et sonorisé avec la musique du film, un tango. Les menus secondaires sont statiques et muets.
En guise de suppléments, nous avons principalement un documentaire sur le tournage "Making of Night Watch". D'une durée de près de 15 minutes, sans commentaires, on assiste surtout aux préparatifs techniques de quelques scènes puis au tournage, avec parfois l'image séparée en deux montrant le tournage et le résultat final dans le film. Intéressant, mais manquant quand même de consistance. Aussi présente, la bande-annonce originale du film.
TLA Releasing est un éditeur qui se spécialise dans les films indépendants et internationaux. Cela nous donne l'occasion d'avoir accès à de petits films très intéressants qui n'ont pas toujours la visibilité qu'ils devraient avoir. Les sujets sont variés, mais pas courants. Il s'agit souvent de faits de société, de prostitution, de drogues, d'homosexualité dans des films de toutes origines ethniques, ce qui permet en plus de découvrir le monde. Dans les récentes sorties, je vous suggère aussi Latter Days où religion et sexualité s'affrontent, 20 centimeters, un film espagnol dramatique sur la vie d'un transsexuel enfin proche de son rêve de féminité, avec des airs de comédie musicale très rythmée et moderne ou encore Chicken Tikka Masala, qui nous immerge dans la culture indienne, principalement les mariages organisés, sauf que le marié n'est pas forcément aux femmes et ne sait pas comment le dire.
Pour revenir à "Night Watch", nous avons là un excellent film, mais qui devra rallier ses admirateurs. Le sujet, souvent sensible dans la société moderne, n'atteindra pas tout le monde de la même façon. Je ne pense que l'on soit obligé de prendre en pitié le personnage de Victor, car malgré sa vie particulière, il ne donne pas de signes de vouloir en changer et semble même l'aimer. D'ailleurs, aucune morale n'est donnée ici. Le film commence directement au début d'une soirée comme une autre pour Victor et se termine tout aussi directement le matin suivant. Cet instantané ne nous donne aucune indication sur l'origine du personnage, ni sur son avenir. À nous de les lui donner.
| Film | 9 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 9 |