Deux années avant de tourner son réputé Tous les matins du monde, le cinéaste Alain Corneau a réalisé une riche quête existentielle métaphorique en "Nocturne Indien".
Rossignol (Jean-Huges Anglade) cherche un ami depuis quelque temps. Pour le trouver, il parcourt l'Inde inlassablement. Des hôtels aux hôpitaux en passant par des trains, il rencontre des gens qui le conseillent et le font évoluer, en échange parfois de quelques billets. Au fil des discussions, il réorientera sa quête de différentes façons, ce qui l'amène à modifier sa perception. Au départ, pourquoi il s'est lancé dans une telle quête? Et lorsqu'il retrouvera son compagnon, que lui dira-t-il de si important?
Monsieur Police Python 357 aime les silences, les non-dits. Pour sa huitième réalisation qui est sortie en salles en 1989, il pousse l'exercice à son paroxysme. "Nocturne Indien" ne comporte pas réellement d'histoire. Il s'agit plutôt d'une odyssée philosophique sur le sens de la vie qui n'hésite pas à tourner en rond pour mieux séduire. Les lenteurs, parsemées ici et là, décourageront les gens qui s'attendent à avoir des sensations fortes. Les dialogues sont nombreux et il faut être attentif pour ne pas manquer des détails importants.
Cette œuvre est une adaptation du roman éponyme d'Antonio Tabucchi et la mise en scène est parfois un peu trop littéraire. Il y a des chapitres qui séparent différentes situations, alors que la finale offre une parfaite mise en abyme mélangeant cinéma et réalité. Le synopsis rappelle indéniablement l'excellent livre d'Emmanuel Carrère La Moustache. Un étranger - saint d'esprit ou non - visite une région inconnue pour se perdre et finalement, peut-être bien, se trouver au passage. Ce qu'il rencontre le touche profondément et ces évènements poétiques et mélancoliques traitent de sujets primordiaux tels l'identité et la présence de l'étranger. Une des plus belles surprises est le jeu nuancé et puissant de Jean-Hugues Anglade. Ce comédien d'exception ressemble un peu à Yvan Attal et il sait se métamorphoser dans les regards et les soupirs.
L'Inde, région magnifique par excellence, regorge de paysages ciselants. Ses fondations sont explorées en détail, que ça soit sa culture, ses traditions et sa bureaucratie. Heureusement, le côté carte postale est évité, car les images préfèrent être réalistes. Les couleurs sombres n'arrivent cependant pas à pallier ce grain et ce léger blocage à la toute fin. Puisque la majorité des scènes se déroulent la nuit, il y a des éclairages rouges et verts qui développent des atmosphères particulières. De beaux atouts, mais qui n'excusent par les largesses des contrastes souvent inégaux. La piste sonore sans grande profondeur met à l'avant-plan les dialogues. Quelques accents peuvent déboussoler dans les premières minutes, il est aisé de s'habituer par la suite. Tant mieux, il n'y a aucun sous-titre d'inclus. La musique de Franz Schubert est élégante et soignée, quoique parfois elle baigne le tout dans le mélodrame.
La pochette est tout sauf recommandable. Au dos, il y a une erreur grammaticale immédiatement reconnaissable ("Le sujet c'est que dans ce film, je suis quelqu'un qui c'est perdu en Indes..."), la durée est fausse (le film ne dure pas 90 minutes, mais bien 110 minutes) et la photographie qui montre deux personnages est assez quelconque. Le menu principal du DVD reprend cette pose statique en y superposant une délicate pièce musicale. C'est trop peu trop tard, surtout que la version finale ne possède aucun index de chapitres ni de supplément.
Il y a souvent des longs-métrages qui semblent endormants et, finalement, qui s'avèrent fort intéressants. "Nocturne Indien" est de ceux-là. L'histoire vaporeuse captive, Jean-Hugues Anglade crève l'écran, les thématiques touchent plusieurs cordes sensibles et la fin ouverte moyennement prévisible reste en tête un long moment. À (re)découvrir.
| Film | 7 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |