"Nuit noire 17 octobre 1961" relate les nombreuses injustices qui sont survenues entre les Français et les Algériens à un moment clé du passé des deux pays. Lorsque l'histoire est plus intéressante que l'œuvre en question.
En 1961, la quête de l'indépendance de l'Algérie a des soubresauts violents dans les allées de Paris. D'un côté, il y a les militants qui cherchent à rallier les gens à leur cause en affrontant le maximum de policiers. De l'autre, il y a les forces de l'ordre qui utilisent une manière souvent extrême pour faire régner "leur" loi. Au début d'octobre, le préfet Maurice Papon (Thierry Fortineau) décrète un "couvre-feu" qui encourage fortement les Français musulmans d'Algérie à rentrer tôt chez eux. Rapidement, la révolte se faire sentir. Le 17 octobre, trente mille personnes désarmées descendent dans les rues. Elles seront accueillies violemment par des policiers qui ne jurent que par la loi du talion. Au centre de cette galère se trouveront de nombreux individus qui devront adhérer à un clan malgré leurs réticences.
Initialement, ce "Nuit noire 17 octobre 1961" devait uniquement être un téléfilm. Mais avec le succès rencontré un peu partout, il a réussi à se dénicher un chemin jusqu'au cinéma. Ce n'est guère surprenant. Les autorités affirment qu'il n'y a eu que quelques morts, alors que les détracteurs déterminent entre cinquante et deux cents personnes décédées. Sans même y avoir une enquête, la suspicion est de mise. Les faits relatés ici sont souvent consternants. Les innocents meurent par dizaines pendant que des policiers arrivent à s'en sortir facilement. Le long-métrage arrive en DVD pendant que l'actualité défraie la manchette. Le 17 février 2007, Maurice Papon est décédé sans avoir été jugé pour ses crimes contre l'humanité. Il était impliqué pour son passé à Vichy, mais relâché pour des raisons de santé. Ce n'est sans doute pas sa présence si alarmante dans ces évènements des années 1960 qui ne concernent "qu'une population peu fortunée et influente" qui l'aurait mené devant les tribunaux...
Tout comme dans La Chute, il y a de nombreux personnages en deux dimensions pas toujours développés. En fait, ce ne sont que plusieurs facettes qui forment une figure cohérente lorsqu'elles sont réunies ensemble. Au diable le destin de chacun si le rythme effréné tient en haleine! La distribution joue dans la note sans réellement étonner ou sortir des nombreux stéréotypes. C'est là que cette œuvre de fiction déçoit. Tout est grossi, lourdaud, trop facile et incroyablement manichéen. Les méchants sont très diaboliques, alors que les gentils ne cherchent qu'à s'en sortir. À la longue, cette vision réduite risque d'en faire sourciller plus d'un. Surtout que le conflit n'est jamais réellement expliqué. Le tout débute dans le tumulte et à la fin, lorsqu'il y a des irrégularités journalistiques, rien n'est expliqué en profondeur.
Les images sombres campent bien ce récit qui cherche à épouser la forme du documentaire. Les teintes foncées naviguent entre le brun, le gris, le noir et le bleu pour mettre en valeur cette période trouble. La précision des détails est constante dans cette description de bidonvilles en décrépitude. Les écritures de l'introduction sont difficiles à lire et du blocage peut toutefois apparaître à quelques occasions. La trame sonore francophone n'est pas très poussée. Les différentes enceintes sont peu exploitées et la musique se fait très rare. Lors de la confrontation décisive, une pièce dramatique se fait entendre. De nombreux bruits efficaces et de brèves notes symphoniques créent une atmosphère tendue. Les premières voix ne s'entendent pas parfaitement, les cris du bébé prennent toute la place. Ce petit problème est réglé en haussant le volume et il est également possible d'insérer de solides sous-titres blancs anglophones.
La pochette de cette fiction véridique est un véritable crochet au visage. Des hommes se battent avec les forces de l'ordre et il y a des gens qui tombent au combat. Ouf! Le menu principal du disque est statique. Il demeure toutefois dans la même optique. Une personne ensanglantée et un policier sont devant un fond rouge symbolisant le conflit. Une chanson triste accompagne la navigation fluide. Comme c'est trop souvent le cas pour des œuvres politisées et engagées, aucun supplément n'est présent pour expliquer plus en détail la vision de l'auteur.
Divertissant explosif pas toujours éblouissant qui se termine comme Schindler's List, "Nuit noire 17 octobre 1961" a le mérite d'amener les spectateurs à chercher leur propre vérité. Comme pour le récent et supérieur Indigènes de Rachid Boucahred, il n'y a rien de mieux que d'ouvrir un livre d'histoire et de consulter de nombreux sites électroniques pour chercher à faire toute la lumière sur les atrocités commises pendant cette courte période. Rien que pour ça, ce récit a lieu d'être.
| Film | 6 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |