Le Nouveau Monde ouvre grand ses portes à des étrangers en quête d'un univers meilleur. D'un esthétisme soigné, "La porte d'or" prend son temps avant de laisser échapper quelques pépites significatives d'une terre d'accueil qui ne se démode pas.
Au début du 20e siècle, des familles italiennes quittent leur terre natale pour s'embarquer dans un voyage plus grand que nature vers l'Amérique. Pendant le périple, Salvatore (Vincenzo Amato) et ses proches font la rencontre de Lucy (Charlotte Gainsbourg), une jeune dame anglaise distinguée qui semble chercher sa place. Ce rêve de richesses et de béatitudes est rapidement ramené à la réalité avant que les nouveaux arrivants puissent s'établir sur ce territoire prometteur.
Sur de simples termes techniques, "La porte d'or" d'Emanuele Crialese ne tarde pas à séduire. Les paysages magnifiques aux multiples détails révélateurs en mettent rapidement plein la vue. Pour soutenir cette belle cinématographie, quoi de mieux qu'un excellent rendu vidéo? C'est justement le cas de cette édition. Les contrastes fondamentaux (de longues sections se déroulent dans le noir) sont bien dosés, la palette de couleurs est précise, la luminosité ne fait pas défaut et le réalisme est généralement de mise.
La musique variée va dans toutes les directions, séduisant les tympans d'airs rafraîchissants tout en faisant taper du pied. Le jeu significatif sur le son atteint son paroxysme pendant une scène de tempête où les gens cherchent à survivre dans la pénombre. Les pistes sonores ne sont peut-être qu'en Dolby Digital 2.0 (il y en a une en français et l'autre en italien), mais elles sont de qualité supérieure. Les différentes enceintes transmettent favorablement les bruits de chèvres, d'eau, de vent, d'oiseaux et de sirènes en prenant grand soin de ne jamais entraver les dialogues. La version doublée dans la langue de Molière est soignée, sauf que l'originale est bien entendu plus agréable pour les oreilles. Dommage que les sous-titres blancs soient trop petits, forçant les yeux au passage.
La prémisse assez singulière aurait pu se perdre dans la simple carte postale bien faite et poussiéreuse. Heureusement, ce n'est pas toujours le cas. Des métaphores aérées sur les rêves et les chimères surprennent, que ça soit les longueurs dans le lait, les légumes géants ou les confessions à des enfants qui ne le sont plus. Ces instants de grâce dédramatisent les situations, allégeant allègrement le rythme.
Les thèmes sur l'immigration et les étrangers sont également d'actualité. Les nouveaux arrivants doivent passer une multitude de tests à savoir s'ils sont "aptes" à être accueillis sur cette oasis promise. Ce processus de sélection "artificielle" évoque autant l'idéologie nazie que les nouveaux dogmes de sécurité post 11 septembre. Une vision qui ne devrait surtout pas être reprise pour fermer les frontières d'un pays...
Les interprètes crédibles marquent le ton et transforment le récit en chronique familiale ponctuée de quelques hauts et de plusieurs bas. Charlotte Gainsbourg porte admirablement la robe d'époque et elle est capable d'effacer son personnage froid derrière des sourires enjôleurs. Face à elle se trouve un Vincenzo Amato qui laisse peu à peu de côté sa mauvaise humeur pour laisser échapper des bribes d'humanité. La distribution secondaire joue dans la note, solidifiant au passage le récit.
La pochette montre une multitude de gens qui se tassent sur un navire. Cette pose est reprise pour le menu principal du DVD. Sur une mélodie irrésistible s'affichent des nuages qui défilent à l'écran et un bateau mené par le cours des eaux. Gentil, sans plus. Outre la bande-annonce du nouveau film de Woody Allen Cassandra's Dream, aucun supplément n'a réussi à se terrer un chemin jusqu'au Québec.
Contrairement au brillant The New World de Terrence Malick, "La porte d'or" s'intéresse plutôt au voyage. Au départ, le navire austère évoque un peu longuement la vieille Italie. Une fois sur le bateau, des relations se dessinent, dont une improbable histoire d'amour. À l'arrivée, le sort sera fixé, plongeant quelques destins dans le cynisme propre à chaque époque. Si le réalisateur Emanuele Crialese ne bouleverse finalement que peu d'âmes avec sa mise en scène classique, ses dessins d'un cycle qui se répète encore et encore s'avèrent souvent d'une beauté implacable.
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |