Le Brésil semble peser lourd sur sa jeunesse. Dans Cité de Dieu, des gangs de rue se partagent un marché lucratif de drogue. Du côté d'"Amour à vendre" ("Love for Sale" en anglais et "O céu de suely" en version originale), le désarroi est plutôt vécu à travers les yeux de Hermila (Hermilla Guedes), une jeune mère qui décide de retourner chez ses parents en attendant son copain. Lorsque ce dernier se fait attendre, la femme de 21 ans décide de récolter de l'argent pour quitter son bled et ainsi échapper à sa classe sociale. Pour y arriver, elle décide de faire une loterie, une façon de récolter de l'argent en vendant son corps.
Le réalisateur Karim Aïnouz aime les portraits plus grands que nature. Son avant-dernier film, Madame Sata, s'intéressait au quotidien de Joao Francisco. Ici, il colle à la peau de son héroïne, plaçant la caméra à sa hauteur, la suivant dans son odyssée à fuir (ou à accepter) ses démons. Dans le rôle principal, Hermilla Guedes fait preuve d'une belle vigueur, mordant à belles dents dans un personnage fort, n'hésitant pas à se dévêtir lors de quelques scènes intimes plus cliniques et froides que chaudes et excitantes.
Ce regard tend cependant à être un peu trop superficiel. Ce mal de vivre, ce manque d'amour et ce désir de goûter le jardin vert du voisin ne sont jamais réellement expliqués. Au lieu de bien saisir les motivations de la protagoniste, le spectateur reste très souvent en retrait, attendant la moindre explosion d'émotion. Autour de Guedes figurent des comédiens qui apportent très peu d'éléments nouveaux au récit, que ce soit cette mère, cette sœur, cette grand-mère ou ce garçon qui aimerait obtenir une relation amoureuse exclusive.
Avec sa mise en scène réaliste et sa magnifique photographie, Aïnouz filme un Brésil à fleur de peau, entre la campagne et l'urbanisation. C'est toutefois dommage que les qualités vidéo déçoivent à ce point. Les couleurs n'étonnent pratiquement jamais. Les images sont souvent ternes et sombres. Les contrastes s'avèrent parfois inégaux, un peu de grain apparaît lors des séquences foncées extérieures et du blocage se fait sentir ici et là. Rien de radicalement mauvais, mais rien de vraiment recommandable non plus.
Cela se passe un peu mieux du côté audio. La piste sonore portugaise est seulement en Dolby Digital 2.0, sauf que les différentes enceintes laissent échapper quelques notes de chansons, des bruits de voitures et des cris de criquets. Afin de suivre le déroulement du récit, il y a de visibles sous-titres blancs en français et en anglais. La musique suit parfois des chemins plus doux et dramatiques. C'est toutefois pour mieux rejoindre un sentier plus populaire où les airs dansants sont à l'honneur.
Sans étonner outre mesure, la pochette s'avère intéressante. Une demoiselle au regard coquin se trouve sur une moto, laissant dans le flou un paysage et un homme au bord de la route. Le menu principal du DVD reprend ce thème en le laissant très statique. Une pièce mélodique se fait toutefois entendre, rendant la navigation moins brute et sèche. Comme c'est souvent le cas pour des films étrangers qui n'ont pas reçu de sorties sur les écrans québécois, les suppléments se superposent au néant le plus total.
Malgré sa faible durée (à peine 86 minutes) et son sujet lourd traité avec beaucoup de légèreté (trop même, le recours à la prostitution semble être le seul moyen de gagner de l'argent facilement), il faut parfois s'accrocher pour ne pas décrocher de "Amour à vendre". Il ne s'y passe presque rien, le réalisateur tend à rester en surface et les situations s'avèrent parfois répétitives. Pourtant, il y a de belles idées qui ne méritent que d'être ramassées, et une talentueuse interprète en Hermilla Guedes qui réussit à porter le film sur ses épaules, offrant son charme et sa fraîcheur naturelle à un cinéaste qui sait bien la mettre en valeur. Un gentil tour de piste, mais espérons que Karim Aïnouz offre quelque chose de plus substantiel.
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 6 |