Pars vite et reviens tard
Christal Films Distribution

Réalisateur: Régis Wargnier
Année: 2007
Classification: 13A (QC)
Durée: minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
22 décembre 2007

Le polar a la cote et la plupart des réalisateurs l'essaient un jour ou l'autre. Le dernier nom en liste est monsieur Est-Ouest Régis Wargnier et son "Pars vite et reviens tard", sans surprendre outre mesure, se veut généralement intéressant les après-midi de pluie ou les soirs de neige.

Le commissaire Adamsberg (José Garcia) a des soucis. Son amoureuse (Linh Dan Pham) le quitte sans s'expliquer et sur les heures du bureau, il doit trouver pourquoi un hurluberlu peint le chiffre quatre sur la porte des appartements. Cette enquête de routine se transforme rapidement en obsession, surtout depuis que des gens meurent et que la rumeur du retour de la peste se fait de plus en plus pesante. Avec l'aide de son bras droit (Lucas Belvaux), d'un vieux monsieur mystérieux (Michel Serrault) et d'un crieur (Olivier Gourmet), les moindres détails suspects seront scrutés à la loupe.

À l'origine, "Pars vite et revient tard" est un roman de Fred Vargas (ou plutôt Frédérique Audoin-Rouzeau). Son personnage fétiche, Jean-Baptiste Adamsberg, n'a peut-être pas la classe du commissaire Maigret de Simenon, mais il n'est pas piqué des vers non plus. Ce livre, populaire et récompensé, a été passé au hachoir du cinéma, ce qui nécessite des reconstructions et des simplifications. Sans éviter les revirements cousus de fils blancs et une conclusion plus que fastidieuse, le résultat risque de plaire aux mordus du genre. Surtout que les thèmes abordés n'hésitent pas à lorgner du côté de la peur (de l'étranger, de la maladie) et qu'ils créent rapidement un climat de tension.

Tout est une question d'atmosphère et de ce côté, le cinéaste derrière Une Femme française ne s'en sort pas mal. Le spectre de la noirceur envahit progressivement l'écran, laissant les protagonistes dans le néant. La structure narrative est souple et il n'y a finalement que trois scènes d'action. Pour le reste, c'est l'enquête qui tourne en rond, les tergiversions, les probabilités qui fondent comme neige au soleil. Les détours plus sentimentaux handicapent quelque peu le rythme, mais l'intrigue a tôt fait de repartir sur des chapeaux de roue. Les inusables flash-back font leur effet et c'est surtout l'apport musical de Patrick Doyle (déjà compositeur sur l'Indochine du même Wargnier) qui évite de mettre en évidence que ce beau chemin a déjà été arpenté à plusieurs reprises par le passé.

Le manque d'envergure de "Pars vite et revient tard" joue rapidement contre lui. Avec la distribution réunie, c'est difficile de croire que l'œuvre ne soit pas plus réussie et mémorable. La plupart des personnages sont glaciaux et ils s'avèrent peu charismatiques. Le flegme de José Garcia lui permet d'être gauche et lunatique... sans toutefois atteindre des sommets comme c'était le cas dans Le Couperet. De ses habituelles mimiques comiques, il devient ici très sobre et sérieux. Après son excellent La Raison du plus faible, Lucas Belvaux retourne uniquement devant la caméra et son Danglard aurait mérité d'être encore plus développé. Un constat qui s'apparente également au pauvre type incarné avec talent par un Olivier Gourmet amaigri et méconnaissable. Dans un de ses derniers rôles, il y a le toujours suave Michel Serrault, encore une fois très à l'aise en vieil homme dégourdi.

L'utilisation de Paris comme géante scène de crimes est intéressante. La réalisation de Wargnier lui rend bien avec ses effets réussis de lumières et ses reflets ingénieux. Dommage que les images manquent de clarté. Les contrastes sont également trop opaques, il y a du blocage gênant à quelques endroits et les couleurs auraient pu détonner davantage. Ces désavantages ne nuisent heureusement jamais au résultat final. Les deux pistes sonores francophones offrent un bon niveau d'interactivité, multipliant les sons d'oiseaux, de souris, de klaxons, de voitures, d'eau et de vent des différentes enceintes. Les voix sont aisées à saisir et les jolis sous-titres blancs en anglais permettront à un nouveau public de suivre l'histoire. Pour sa part, la musique précieuse est très présente, entre suspense haletant et airs jazzés plus lourds.

La pochette est sombre, renforçant l'obscurité nébuleuse de l'intrigue et la solitude du personnage principal. Le menu principal du DVD est assez singulier, avec ce "4" ensanglanté, un habile montage de scènes et une chanson sinueuse. Il y a trois bonus pour poursuivre le plaisir une fois le visionnement terminé. Un documentaire de 19 minutes permet à des docteurs d'analyser les scènes de crimes, l'utilisation de la morgue et la véracité des faits avancés sur quelques sujets, que ce soit la peste qui existe toujours au 21e siècle, le rôle des puces et les termes employés. Un court bêtisier met l'emphase sur des séquences ratées qui font souvent rire. Et il y a trois segments supprimés où le cinéaste explique les différentes raisons de leur retrait. Intéressant sur des points de vue scénaristique et cinématographique.

Le suspense n'a pas besoin d'être ultra violent ou de se terminer par une révélation finale pour être réussi. Il lui faut cependant les éléments nécessaires pour intéresser le public, et ce, du début à la fin. Le dernier Wargnier agence une belle brochette de comédiens à une mise en scène soignée qui aurait toutefois mérité encore plus d'attention et d'eau pour pousser de façon plus uniforme.


Cotes

Film6
Présentation7
Suppléments4
Vidéo6
Audio7