La petite Jérusalem
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Karin Albou
Année: 2005
Classification: PG
Durée: 79 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
6 août 2006

Entre la philosophie et l'enracinement familial, difficile de s'affranchir de ses proches lorsque les gens sont si unis. C'est à ce constat implacable que se heurtent les deux personnages féminins de "La Petite Jérusalem", un film en demi-teinte qui n'a rien d'inoubliable.

Dans une banlieue parisienne vit une famille juive religieuse et traditionnelle. La mère habite avec ses deux filles et ses petits-enfants, tout en suivant les directives de son beau-fils (Bruno Todeschini) qui ne semble plus avoir beaucoup de plaisir au contact de son entourage. Sa femme Mathilde (Elsa Zylberstein) est inquiète et soupçonne une infidélité. Se sentant responsable des malheurs des siens, cette mère de famille et fervente pratiquante recherchera des conseils pour pimenter sa vie de couple. Sa jeune sœur Laura (Fanny Valette) ne vit pas du tout les mêmes problèmes. Célibataire, elle n'aspire qu'à se plonger dans la philosophie pour échapper aux rites de sa religion. En jouant l'autruche, c'est le reste de ses proches qui s'inquiéteront pour son avenir. Jusqu'au moment où l'amour passe dans l'air et qu'il amène avec lui la tentation et les premiers ébats fusionnels.

Pour son premier vrai long métrage, la cinéaste Karin Albou ne prêche pas par un excès de superflus. Son film est direct et simple, sans doute un peu trop conventionnel dans sa mise en scène. Les évènements s'enchaînent lentement, au gré des répétitions, des sous-entendus et des répercussions parfaitement prévisibles. Le scénario n'a guère d'importance, ce qui prime, ce sont les messages. Ils sont abondants, mais pas toujours concluants. Le bénédicité de l'ignorance, les troubles familiaux, la peur de la sexualité, la fuite dans la raison: tant de thèmes qui reviennent encore et toujours. L'universalité de l'histoire trouvera facilement un écho. Sauf que c'est ce sentiment de déjà-vu qui pourra également titiller.

Cette mélodie connue agit en tant que réminiscence et n'aide pas à l'appréciation totale du récit. Lorsqu'une scène de "La Petite Jérusalem" provoque des frissons ou de la réflexion, la suivante vient près de tout gâcher. Après un début tortueux, les corps se réchauffent et les esprits s'unissent. Les segments sont sans doute un peu trop prudes pour le sujet, mais ce n'est pas grave. La passion filtre un moment pour disparaître lors d'un comportement peu approprié ou clairement stéréotypé. La fille qui cherche à se suicider aux pilules après une déception amoureuse, c'est un peu primaire comme canevas! Tout comme celle qui sourit aux anges après avoir mis en application des conseils sexuels.

Généralement laissés à eux même, les interprètes sont souvent justes et exquis. Malheureusement, il est difficile de vraiment s'intéresser à leur sort. Fanny Valette rivalise de talent et de beauté pour camper cette jeune femme perdue qui s'abandonne enfin à son plaisir. Son authenticité est évidente, il ne mène finalement qu'à très peu d'émotions. Difficile d'établir le moindre lien familial avec l'excellente Elsa Zylberstein tant la chimie est absente. Quant à Bruno Todeschini, il est convaincant en être antipathique, quoiqu'il est définitivement plus l'aise lorsque c'est Patrice Chéreau qui le dirige.

Soutenue par des notes de piano rappelant par moment Eyes Wide Shut et des chants beaucoup plus élevés, la trame sonore navigue entre délicatesse et rage volcanique. Les enceintes avant sont généralement bien utilisées et, sans réellement détonner, elles favorisent l'immersion d'un milieu nouveau. Les voix honnêtes ne triomphent pas toujours du bruit, elles ne sont toutefois pas inaudibles pour autant. Les sous-titres blancs pourraient donner un meilleur dépannage. Ici, ils ne sont pas toujours aisés à saisir. La photographie majestueuse offre d'excellents contrastes, des couleurs qui ne se mélangent jamais. Les images sombres et précises font fi du blocage, d'égratignures et de grains pour éclater, surprendre. Il faut noter ses ombres sublimes dans la première partie, amples et très étudiées.

Sujet mondialisé aux connotations multiples, les suppléments n'arrivent jamais à étoffer ce mystère perpétuel de la psyché humaine. Il y a une bande-annonce honnête du long-métrage et des essais de la lumineuse Fanny Valette. Cinq minutes et deux scènes, ce n'est presque rien. Cela ne l'empêche pas de briller en utilisant le strict minimum, alors que la comédienne incarnant la mère, Sonia Tahar, fait parler la réalisatrice en se trompant allègrement. Cette pénurie d'options est triste et désolante. En contrepartie, la pochette est assez jolie. Elle montre la toujours sublime Valette assise dans un lit, regardant et analysant la lumière qui semble lui dicter le chemin à suivre. Le menu principal du DVD épouse cette pose en la rendant immobile. Une pièce musicale atmosphérique, douce et trop courte agrémente la navigation.

À la fois maîtrisé et profond que lassant et glacial, "La Petite Jérusalem" est un autre de ces drames de mœurs maladroits qui n'est pas assez singulier ou novateur pour sortir de la masse. Ni géniale ni désastreuse, cette œuvre ne laisse qu'un peu trop indifférent.


Cotes

Film6
Présentation5
Suppléments2
Vidéo7
Audio7