Claude Miller dirige, Charlotte Gainsbourg joue et "La Petite Voleuse" offre une recréation magistrale d'une époque enterrée et révolue. Du grand art tenant la route presque jusqu'à la fin.
Au début des années 1950, la jeune Janine Castang (Charlotte Gainsbourg), âgée de 16 ans, est mal dans sa peau. Elle multiplie les larcins et les mensonges sans se soucier de son entourage. Désirant à tout prix connaître les joies de l'amour et du sexe, elle courtise un homme marié pour finir dans les bras d'un chenapan sans vergogne qui l'amènera à commettre des actes de plus en plus irréfléchis.
Disciple de François Truffaut, Claude Miller est un cinéaste hors pair braquant son regard sur les laissés-pour-compte de la société. De manière juste, presque chirurgicale, il décortique le destin sans l'embellir ni sombrer dans les balivernes. Pendant les années 1970 et une bonne partie des années 1980, il créait des œuvres puissantes et déchirantes, comme l'excellent Garde à vue et le troublant Mortelle Randonnée. Avec le temps, ses essais devenaient moins mémorables, plus quelconques, et les Betty Fisher et autres histoires ou La Petite Lili s'avéraient très pâles en comparaison des opus d'antan.
Pour cette nouvelle production, il refait équipe avec son héroïne de L'Effrontée, Charlotte Gainsbourg, pour traiter de cette jeunesse qui est vieille comme le monde. Sa Janine est l'archétype de la femme brûlante emprisonnée des conventions prudes de l'époque. Elle personnifie le chaos, le désordre, le grain de sable dans l'engrenage de cette routine douce et sereine. Pourtant, cette fille dévergondée ne demande pas la lune, mais seulement obtenir de l'attention, de l'amour, de l'amitié. Pour y parvenir, elle fera des erreurs, des regrettables maladresses l'amenant à payer pour ses actions. Un personnage mémorable campé par une sublime femme-enfant rayonnante de beauté et de talent, remportant le César de la meilleure actrice pour ce rôle difficile. Est-ce si surprenant que le mentor de Miller se retrouve derrière le scénario original tant les univers se rejoignent?
La fantastique recréation d'époque offre des flashs inventifs et délicieux. Sur un ton léger et féerique, des vieilles publicités reviennent à la vie pour personnifier cette France se relevant de la guerre. Ces transpositions entre la couleur et le noir et blanc laissent toutefois des marques sur la pellicule et de nombreuses égratignures. En revanche, l'image est claire et d'assez bonne qualité. Sauf que ce n'est pas suffisant pour excuser le blocage et l'apparition de nombreux indicateurs de changement de bobines. Les chansons nostalgiques sont également abondantes sans être trop envahissantes, hormis peut-être cette introduction cacophonique. Une partition musicale instrumentale latente soutient les actions, créant des instants de suspense assez surprenants ou des envolées enjouées magiques. Les voix auraient pu être un peu plus élevées. Très souvent, des bruits quelconques viennent les entraver, ce qui est dommage. Surtout qu'il n'y a aucun sous-titre pour compenser ce petit défaut.
Le manque est flagrant au niveau des suppléments. Trois maigres bandes-annonces ouvrent le bal et il n'y a rien d'autre par la suite. Le menu principal du DVD, assez banal, montre un paysage et deux individus dans un véhicule. La vénérable musique cherche à pallier la "staticité" de l'ensemble. Seule la pochette demeure intrigante. Des pieds féminins troquent des souliers confortables pour des talons hauts. Une représentation parfaite du long-métrage.
"La Petite Voleuse" est loin d'être le film le plus marquant de Claude Miller. Le récit s'étire en longueur est les dénouements demeurent assez prévisibles. Sauf que la prestation remarquable de Charlotte Gainsbourg et la bonne humeur apportée à cette renaissance des années 1950 sont amplement suffisantes pour passer un très bon moment.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 6 |