Le petit lieutenant
Métropole Films Distribution

Réalisateur: Xavier Beauvois
Année: 2005
Classification: 13+ (QC)
Durée: 115 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 15
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
7 janvier 2007

Coup de théâtre! Sans avoir jamais livré un film totalement satisfaisant, Xavier Beauvois persiste et livre "Le Petit lieutenant", une oeuvre d'acier pas trop éloignée du documentaire. Un scénario béton aux thématiques d'argile pour des comédiens en or.

Fraîchement diplômé de l'École de Police, le jeune et naïf Antoine (Jalil Lespert) débarque à Paris pour découvrir que sa vie ne ressemblera pas à celle des figures des longs-métrages de son enfance. Il choisit d'intégrer la deuxième division de la Police Judiciaire et il y découvre un microcosme saisissant, entre honneur, désillusion et digression. Il fait la connaissance de ses collègues dont se démarque Caroline Vaudieu (Nathalie Baye), une femme de marbre revenant à ses anciens amours après avoir combattu son alcoolisme. Après la découverte d'un corps flottant à la dérive, l'enquête qui suivra amènera la bande sur des chemins tortueux et mystérieux.

Xavier Beauvois est un jeune cinéaste qui réalise peu. En 1995, il attirait le regard par son sensible N'oublie pas que tu vas mourir. Depuis, qu'une petite fiction sans conséquence (Selon Matthieu). Pour son nouvel essai, il mélange la réalité au septième art en dépeignant dans les moindres détails l'existence des flics. Ces hommes ne sont pas des héros, mais des humains avec leurs forces et leurs faiblesses. En partant de cette étude quasi-anthropologique, c'est l'exploration de l'âme, des souffrances, des joies et de la tristesse infinie par l'entremise d'une multitude de thèmes. L'éloignement comme source de disputes amoureuses, la filiation entre celui qui est assez jeune pour remplacer le fils décédé et celle qui pourrait être la mère, l'alcoolisme, la peur des rechutes, les oasis chimériques, les cycles perpétuels, le racisme, la situation des sans-abri, etc.

Ce mélange ne paraît jamais artificiel. Il est profond, délicat et toujours tempéré. Si le scénario s'avère parfois anecdotique, c'est pour laisser les acteurs triompher. Jamais Nathalie Baye n'aura été aussi vulnérable et inaccessible, une tempête de larmes se cachant derrière un roc à l'apparence inébranlable. Cette actrice magistrale a été récompensée pour ce rôle difficile par le César de la meilleure actrice et ce n'est pas un hasard. Elle est l'épave reprenant la mer en vue d'une quiétude sereine et elle est ramenée à l'ordre de la façon la plus brutale possible. Sa composition déchirante ne porte pourtant jamais de l'ombre à celles de ses collègues masculins. Déjà solide dans Le Promeneur du champs de Mars, Jalil Lespert est la fébrile attache, l'innocence incarnée dans une société de plus en plus maladive et torturée. Ce héros des temps révolus séduit par son minois tout en se fondant parfaitement au sein d'une distribution toujours très solide et crédible, dont émane un fascinant Roschdy Zem.

Dans ce drame de mœurs, le réalisme est de mise. La musique est inexistante. Il n'y a qu'un orchestre qui joue dans un bar et une multitude de sons qui possèdent littéralement les haut-parleurs situés sur les côtés. Un tambour, des échos, une télévision restée allumée, des armes qui se déploient, le bruit de la circulation, le flash d'appareils photos, la mer qui déferle : l'atmosphère recréée est totale. Le jargon utilisé, très parisien, n'est pas compréhensible immédiatement, mais les voix sont toujours très claires et au besoin, il y a des potables sous-titres anglophones blancs. Dans la même optique, les images épurent le superflu pour garder le concret. La couleur blanche domine la majorité des scènes et son utilisation est souvent symbolique. En contrepartie, les contrastes sont toujours justes et la définition des contours demeure excellente. Une ou deux séquences offrent un peu de blocage, mais les superbes paysages auront tôt fait de faire oublier ce petit détail.

Tout de ce film sent le naturel. La pochette montre l'arrestation d'un individu sans souligner le visage d'une des vedettes présentes. Une fois l'insertion du DVD, des publicités de Jean-Philippe, L'ivresse du pouvoir et Le Voyage en Arménie apparaissent. Sur un ton de musique militaire, le menu principal offre un montage animé de quelques plans qui ne défilent pas trop rapidement. Pour une œuvre de ce calibre, il est extrêmement décevant de ne pas découvrir plus de suppléments. Il n'y a que la bande-annonce un peu trop explicative et une très belle galerie de photos.

Très opposé d'une vision stylisée utilisée dans le divertissant 36 Quai des Orfèvres, le travail de Beauvois pourrait presque s'approcher du célèbre "dogme". Des gros plans, aucune musique, beaucoup d'improvisations, une simplification des moyens, une histoire dominée par les dialogues au détriment de l'action, etc. Cette réalisation professionnelle n'est pas terne ou banale. Au contraire, c'est dans un souci de transparence qu'elle devient limpide, claire, sans fioriture ou d'effets spéciaux monopolisateurs. C'est la triste réalité que cherche à recréer "Le Petit lieutenant" et en alliant une trame narrative incassable, des thèmes essentiels et des interprétations de haut niveau, la satisfaction en est que plus grande.


Cotes

Film8
Présentation6
Suppléments1
Vidéo8
Audio8