Alors que Paul Haggis en prépare déjà une version hollywoodienne, le suspense français "Pour elle" débarque de ce côté de l'Atlantique en s'attardant à la longue odyssée d'un homme qui ferait l'impossible pour venir à la rescousse de la femme qu'il aime. Lorsque les thrillers de l'Hexagone ressemblent de plus en plus à des films... américains!
Cela pourrait arriver à tout le monde. Puisqu'elle était au mauvais endroit au mauvais moment, Lisa (Diane Kruger) est accusée du meurtre de sa patronne. Incarcérée, les preuves l'accablent. Incapable de vivre convenablement en compagnie de son fils Oscar (Lancelot Roth), le professeur Julien (Vincent Lindon) décide de faire évader son épouse. Pour ce faire, il doit concocter le plan parfait, trouver des passeports, mettre la main sur suffisamment de liquidités et faire une croix sur son passé.
Ce premier film du talentueux Fred Cavayé rappelle tous les Ne le dis à personne de la planète cinéma. Il s'agit de suspenses maîtrisés et bien réalisés qui auraient très bien pu venir des États-Unis. Ce qui prime ce n'est pas l'originalité de la mise en scène, mais son efficacité. S'il est généralement difficile de tenir en haleine, le cinéaste s'en sort plutôt bien, malgré un scénario pas toujours cohérent qui cumule des fils blancs et certaines approximations (le personnage de Diane Kruger ne semble pas trop souffrir de son passage en prison, Vincent Lindon écrit son plan d'évasion sur le mur de son appartement et il oublie de le brûler par la suite...).
Ce qui n'aurait pu être qu'une production clinquante et luxueuse se transforme en une expérience psychologique louable qui aurait pu être encore plus profonde et complexe. Le réalisateur fait rapidement le vide autour de son protagoniste, limitant le plus possible ses interactions auprès de sa propre famille. Au lieu d'échanges acidulés avec son paternel (incarné avec humanité par Olivier Perrier), Julien reste généralement seul à ruminer son désarroi. C'est lorsqu'il a le film sur ses épaules que Vincent Lindon livre ses meilleures performances. Sans autant élever son jeu que dans le brillant La moustache, l'un des meilleurs comédiens de la francophonie sauve le long-métrage de la banalité. Il est le cœur et l'âme du récit, son principal combustible. C'est lui qui amène Diane Kruger à se surpasser et malgré une distribution secondaire assez relevée (Olivier Marchal est savoureux dans une apparition éclair), il ne s'en laisse jamais imposer.
Dommage que le metteur en scène a décidé de tout ensevelir sous la musique. Les mélodies du vénérable Klaus Badelt sont tellement présentes qu'elles désamorcent presque complètement la tension. Les pistes sonores francophones sont efficaces, utilisant les enceintes pour y faire ressortir des bruits de voitures et de sirènes de police. Les voix, compréhensibles et assez élevées, peuvent être soutenues par de visibles sous-titres blancs en anglais. Les images comportent des contrastes précis et envoûtant, une réaliste palette de couleurs dominée par le gris et quelques sauts dans le temps joliment stylisés. Tout pour faire oublier ces quelques traces de blocage.
La pochette présente cette petite famille qui fera l'impossible pour rester ensemble. Le menu principal du DVD montre plutôt une tache de sang sur un efficace montage de séquences et une mélodie haletante. Hormis la bande-annonce et quelques publicités, les suppléments se terminent sur un documentaire sur le tournage. Pendant 26 minutes, le cinéaste et les protagonistes abordent les thèmes et les enjeux, l'importance de recourir à de bons comédiens et les dilemmes moraux qui découlent d'une telle histoire. Efficace, mais pas autant qu'une piste de commentaires.
Même si le cinéma français ne manque pas d'excellents suspenses authentiques (De battre mon cœur s'est arrêté, Le petit lieutenant, La moustache, etc.), il est surprenant que ce soit les titres les plus consensuels qui sont l'objet de remakes américains. Malgré ses nombreuses qualités et le jeu viscéral de Lindon, "Pour elle" est loin d'avoir l'ampleur de "L'homme qui voulait savoir", et il laisse si peu de souvenirs impérissables qu'à peu près tout le monde l'aura oublié d'ici la sortie de la mouture d'Haggis (Crash, In The Valley of Elah).
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |