Le premier jour du reste de ta vie
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Rémi Bézançon
Année: 2008
Classification: 14A
Durée: 114 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 774212100680

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
28 février 2009

Entre les grosses productions américaines, françaises et québécoises qui débarquent chaque semaine sur le marché, rares sont les films possédant autant de charme que "Le premier jour du reste de ta vie". Sans tambour ni trompette et en utilisant un filon qui a amplement réussi à C.R.A.Z.Y. et à l'étonnant Mes plus belles années de Reshef Levy (toujours inédit au Québec), ce très agréable long-métrage de l'Hexagone décortique les membres d'une famille si normale.

De chaque archétype naît généralement une généralité débouchant sur une réalité. C'est ce qui arrive au sein d'une famille comme les autres. Le père Robert (Jacques Gamblin) conduit le taxi et il est incapable d'arrêter de fumer. La mère Marie-Jeanne (Zabou Breitman) essaye de comprendre ses progénitures en les envahissant un peu trop. L'aîné Albert (Pio Marmai) vient à peine de déménager, au grand dam de ses parents. Raphaël (Marc-André Grondin) ne sait pas quoi faire de son existence, si ce n'est écouter de la musique et boire du vin. Quant à la benjamine Fleur (Déborah François), l'adolescence ne sera pas de tout repos, entre premières expérimentations et engueulades multiples.

Sur papier, ce scénario du cinéaste Rémi Bézançon - qui a également réalisé le très charmant Ma vie en l'air en 2005 – ne casse rien. Il s'agit encore d'une chronique du quotidien avec les hauts et les bas, les malaises et les règlements de compte, avec une finale attendue et un ton rassembleur. Ce n'est pas Un conte de Noël, magnifique nouvel opus d'Arnaud Desplechin, mais ce n'est pas plus mal non plus.

La mise en scène, soignée sans être plastique, alterne les années, s'attardant à cinq dates importantes. Le montage, plus rapide que lent, donne du rythme à l'ensemble, passant par-dessus des séquences plus convenues pour donner toute la latitude aux dialogues réalistes. La progression, qui n'évite pas les ruptures chronologiques assez révélatrices, joue la carte de la nostalgie, où une époque précise (celle contenue entre 1988 et 2000) s'écoule sans jamais s'arrêter. Le tout s'effectue avec aisance et un soin constant pour les détails, dont la fabuleuse trame sonore (Indochine, David Bowie, The Divine Comedy, Étienne Daho) fera rapidement le bonheur de l'ouïe.

L'exercice se veut une réussite grâce à l'apport des formidables comédiens. Pio Marmai surprend par sa fragilité et son regard d'acier. Zabou Breitman campe une mère forte et fragile qui fera l'impossible pour ses proches, Jacques Gamblin incarne un père rigide et sincère, alors que Marc-André Grondin n'a aucune difficulté à s'intégrer à cette famille française. Pour sa part, Déborah François, vedette des excellents L'enfant et La tourneuse de pages, donne beaucoup de panache à une jeune adulte qui aurait facilement pu chuter dans les stéréotypes les plus éculés. C'est justement ce qui fait la force de l'ensemble. Les personnages sont vrais, crédibles. Ils représentent n'importe quel membre d'un clan familial, et c'est ce réalisme qui provoque un attachement rapide et irrévocable.

L'image juste et précise ne casse pas de mine au début. C'est pour mieux surprendre par la suite par sa profondeur, ses couleurs riches et ses reflets étonnamment éclatants. De la définition des contours aux contrastes, tout y est beau et subtil, si ce n'est peut-être ce léger blocage. Les pistes sonores francophones utilisent principalement les différentes enceintes pour faire ressortir les instruments des nombreux tubes populaires et des mélodies incroyablement entraînantes. Les voix, un tantinet trop faibles, sont toujours au service des dialogues, généralement clairs et limpides, qui peuvent être accompagnées de très visibles sous-titres blancs en anglais.

C'est le traditionnel album de famille qui figure sur la pochette avec son lot de photographies. C'est également lui qui représente le banal menu principal du DVD, qui est malheureusement statique et sans musique. L'absence presque totale de suppléments laisse peut-être annoncer une édition spéciale dans le futur. Il n' y a que l'honnête bande-annonce originale et une galerie de publicités diverses, ce qui est très peu.

"Le premier jour du reste de ta vie" n'évite pas les pièges des bonnes intentions et les séquences nécessaires (les premières fois, le départ de la maison, la baisse du désir sexuel, etc.). En fait, la prévisibilité de son histoire pourrait jouer contre lui. Il ne faudrait toutefois pas se fier au synopsis, car rien n'indique comment l'ensemble est authentique, de quelles façons les dialogues se veulent pétillants ni même l'exploit des interprètes à donner de la profondeur à des êtres si consensuels. À tel point que ce n'est pas du tout surprenant que le récit a décroché son lot de nominations aux Césars (Marc-André Grondin et Déborah François ont même remporté des prix en tant que révélation masculine et féminine). À la fin, lorsque la musique de Lou Reed envahit l'écran, l'émotion coule à flot, rappelant qu'il est important d'avoir de grands petits films comme celui-ci.


Cotes

Film7
Présentation3
Suppléments1
Vidéo8
Audio7