Dans le genre érotisme, on retrouve une foulée de styles différents : mauvais, très mauvais et ignobles. Cependant, il arrive de ces exceptions qui, sans casser de briques, permettent d'alléger la sauce et offrir au spectateur un minimum de logique, d'histoire et de scénario plutôt qu'un amalgame maladroit de scènes torrides mal filmées. Les années 80 ont donc à juste titre vu l'apparition de ce petit objet qu'est "Premiers Désirs", film du réputé photographe David Hamilton.
Trois adolescentes parties en mer font naufrage lors d'une tempête. Échouées sur une île presque inhabitée (non dépourvue de civilisation moderne), elles tentent de retrouver leur chemin et parcourent par le fait même les éveils de leurs premiers désirs. Elles font la rencontre notamment de Julia, une pianiste de renommée mondiale ainsi que son mari, celui qui, selon toute vraisemblance, aurait sauvé l'une des jeunes femmes de l'eau.
Univers pastel où se mélangent l'érotisme et les formes lascives, le film de David Hamilton comporte en cela qu'il dépeint le corps féminin comme d'un objet d'art. Véritable obsession traduite dans le personnage incarné par Emmanuelle Béart, toujours à la recherche discrète de ce qui fait flipper. Le script comporte son lot d'invraisemblances puisque les trois jeunes femmes rencontrent trois hommes en qui chacune d'elle tombera graduellement amoureuse, tel un conte de fées naïf. Les dialogues de Bertrand Levergeois ne sont pas non plus des plus travaillés, répliquant souvent le discours des adolescents de l'époque (1983). Difficile également de se reconnaître en un personnage puisqu'ils semblent être tous calqués sur un modèle unidimensionnel. Les rares moments d'humour tombent un peu à plat, brisant le rythme déjà lent du film. En ce qui a trait à la photographie, pas de doute, le réalisateur est compétent. Il livre la marchandise en adoptant le point de vue de chaque femme, submergeant l'écran d'une innocence et d'une beauté on ne peut plus éphémère. Peut-être est-ce là le but visé par le réalisateur : nous faire prendre conscience qu'à une certaine époque, nous rêvions également de ce type d'aventure avant de nous lancer dans l'âge adulte à jamais. Sans provoquer de nostalgie, Hamilton réserve son lot de surprises par un érotisme libertin justifié et une histoire, bien qu'alambiquée, naïve et juste de ton. Les interprètes livrent une performance adéquate, en signalant l'émergence d'une Emmanuelle Béart, laquelle semble vieillir aussi rapidement que Johnny Depp (donc très peu), dans l'un de ses premiers rôles.
L'image est floue tout au long du film et recèle de particules dérangeantes, témoins d'une compression largement exagérée. Les actions demeurent esquissées, au mieux, et l'on pouvait s'attendre à mieux en guise de définition. Les contrastes ne possèdent ni le charme ou la charge érotique présente dans l'édition européenne (ni son panache), ici davantage offerte comme une VHS de luxe. Le son est correct, mais ne possède aucun penchant 5.1 ou quelque caractéristique lui permettant de se hisser au-dessus de la norme. En fait, plusieurs réparations de la bande auraient été nécessaires, mais comme le dit le dicton : avec 25$ de budget, le mieux que l'on puisse faire est ceci.
Les suppléments? Quels suppléments? Hé, nous sommes déjà sûrement TRÈS chanceux de pouvoir visionner le film, faut pas trop en demander. L'abus mène au côté obscur de la Force. Donc, aucun bonus de prévu. Aberrant. Il n'y a même pas de sous-titres, ce qui est davantage confondant. Le menu du DVD est d'un ridicule humiliant puisque nous avons droit à une page principale indiquant le titre du film, un montage de scènes sous la musique sirupeuse de Philippe Sarde et la seule indication interactive : "Jouer le film". Aucune page de sélection de scène, aucun langage, aucun extra. Voilà qui est probablement l'une des pires éditions qu'il m'ait été donné de voir depuis l'existence du format numérique.
En conclusion, ce film est d'une légèreté savoureuse qui se distille à mesure que le métrage se déroule. Cependant, tout le reste du transfert digital est si mal exécuté qu'il semblerait juste de prononcer ces derniers mots : une édition plusieurs "Koch" en dessous du minimum pour atteindre un nouveau plancher.
| Film | 6 |
| Présentation | 1 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 4 |
| Audio | 5 |