Après avoir notamment campé un ami qui parlait peu dans Un air de famille et un mari inquiet au volant de Feux rouges, le toujours excellent comédien Jean-Pierre Darroussin passe derrière la caméra pour "Le Pressentiment", un récit simple et rafraîchissant sur le combat des classes.
Charles (Darroussin) est un avocat issu du milieu bourgeois. Un jour, sans crier gare, il décide de mettre de côté femme, famille et amis pour aller vivre anonymement dans un petit quartier populaire de Paris. Son expertise, il décide de la mettre au service des moins nantis. En multipliant des comportements humanistes (dont recueillir une jeune fille de 13 ans chez lui), ses actions font discuter. Favorablement et négativement. Il y a aussi les ancrages de son ancienne existence qui revient le harponner, dont la présence de son fils.
Ce n'est pas très surprenant que Jean-Pierre Darroussin ait décidé d'adapter le roman éponyme d'Emmanuel Bove, originalement paru en 1935. Tout y est une question d'affrontements de classes sociales. Le riche fait vœu de pauvreté, sauf qu'il garde encore ses comportements distingués. Malgré son bon vouloir, le protagoniste est incapable de s'engager et il cherche sans cesse à avoir recours à un domestique pour tenir la maison familiale. Cela ne l'empêche pas de quitter ses pénates sécurisants pour vivre pleinement sa vie. Que ça soit pour racheter des erreurs du passé ou pour se regarder enfin dans le miroir. L'acteur devenu cinéaste fait partie de la grande famille de Robert Guédiguain et pour sa première réalisation, il a même fait appel au chef opérateur Bernard Cavalié. Étrangement, tout y est ici plus subtil, moins revendicateur.
Homme de peu de mots, Charles se révèle légèrement plus dans sa voix-off drôle et parfois cynique, qui trahit quelque peu les origines littéraires de l'ensemble. Ce procédé narratif n'est cependant pas trop utilisé. Le reste du temps, le personnage est montré déambulant dans Paris sur sa bicyclette, observant les alentours, répondant aux questions sans jamais se mettre en danger. La musique d'Albert Marcoeur arrive à être harmonieuse, sensible, émouvante et organique, sans jamais être trop présente ou collante. Elle donne beaucoup de relief à l'ensemble, venant parfaitement compléter les dialogues sans jamais prendre le dessus. Si la piste sonore francophone utilise très peu les différents haut-parleurs, elle est de qualité appréciable, et les sous-titres anglophones plairont sans doute au public qui ne maîtrise pas totalement la langue de Molière.
La photographie tend à être le plus réaliste possible. Dans un milieu déjà défini, difficile de passer outre. Cela n'empêche pas les paysages extérieurs d'accaparer le regard et les couleurs de prendre toute la place, que ça soit ce vert, ce bleu ou ce brun qui s'harmonisent parfaitement aux scènes. Sans être parfaits, les contrastes se terrent quelque part entre la blancheur immaculée et l'éternelle noirceur. Plus le récit avance et plus les ombres et la pénombre se feront ressentir, absorbant même ce blocage qui peut émaner.
Avec sa pochette fleur bleue, ce long-métrage ne semble rien casser. Il y a un homme qui regarde droit devant lui et la nature semble le bercer, le réconforter. À prendre ou à laisser. C'est toutefois plus intéressant que le menu principal du DVD, statique et sans musique, séparés en trois compartiments : un pour le protagoniste, l'autre pour une femme secondaire et le dernier à l'effigie de la verdure. Très ordinaire. Les bonus comprennent une honnête bande-annonce originale et un court-métrage de 15 minutes. De façon encore plus épurée, Daroussin raconte la fin d'un autre cycle entre deux personnages et des conséquences qui s'ensuivent. Moins magique et essentiel, mais pas dénué d'intérêts pour autant.
"Le Pressentiment" présente un combat entre les pauvres et les riches en demeurant ancré sur ces hommes et ces femmes toujours humains, à la fois généreux et lâches. Les interprètes, d'une authenticité à toute épreuve, relèvent constamment ce fil conducteur un peu mince qui se termine abruptement, quoique d'une façon assez prévisible. En demeurant simple et profond, Darroussin ne se cache derrière aucun masque. Bien au contraire, il est touchant et mélancolique avec sa barbe mal entretenue. De belles touches d'humanité pour un récit qui mérite vraiment l'attention.
| Film | 8 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |