Passant du film horrifique au drame social avec une aisance désarmante, "Propriété interdite" amène le cinéphile dans un feu roulant de sensations fortes. Ce n'est pas nécessairement un long-métrage qui sera facile à aimer, mais sa finale en marquera plus d'un.
À la mort de son frère, Claire (Valérie Bonneton) et son mari Benoît (Charles Berling) décident de reconstruire la demeure familiale pour pouvoir la revendre. Le plan se complique lorsque la femme commence peu à peu à perdre la tête, elle qui voit des ombres bouger dans le noir et qui passe son temps à téléphoner à son frangin. Selon elle, il y aurait quelqu'un dans le sous-sol, et cette personne tient ardemment à rester dans la maison...
Cette œuvre intrigante au rythme un peu inconsistant ne tarde pas à intéresser. Tous les éléments sont réunis pour faire peur, pour créer un certain malaise. Qui arrivera bien avant la fin, mais pas nécessairement pour les bonnes raisons. Alors que le récit semble vouloir emprunter la voie de l'épouvante avec son tempo en demi-teinte, un élément déclencheur - qu'il mieux vaut taire pour ne pas briser le suspense - vient relever l'intrigue qui avait tendance à fléchir pour l'amener sur un autre chemin. Du coup, le banal thriller se transforme en drame social qui n'aurait pas déplu à Claude Chabrol, où les bourgeois en prennent pour leur rhume en se frottant à la réalité. Cela donne une conclusion hallucinante qui, sans réellement effacer les maladresses de la première partie, restera en tête très longtemps.
La musique mélodique joue pour beaucoup dans le climat malsain de l'ensemble, alors qu'un superbe tube électronique agit en tant que catalyseur de changements, de mutations. La piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 secoue les enceintes de bruits de sonnettes et de sonneries de téléphone sans nécessairement toujours prendre la place qui lui revient. Les voix claires et audibles n'excusent pas l'absence totale de sous-titre, ce qui empêchera un certain public anglophone de parfaitement suivre les enjeux. L'image rugueuse aux couleurs sans éclats, aux contrastes généralement potables et aux teintes plutôt détaillées souffre de la présence un peu omniprésente et envahissante de grain. Cela donne peut-être du style, sauf que ça finit par peser lourd à l'écran.
La pochette montre une fenêtre ensoleillée et une ombre menaçante. Un concept simple, mais efficace, qui pique la curiosité. Une fois l'insertion du disque dans le lecteur, quelques bandes-annonces apparaissent, et ensuite le film débute automatiquement. Il n'y a donc aucun menu principal, et encore moins de suppléments.
Réalisé correctement par Hélène Angel qui a à son service deux très bons comédiens, "Propriété interdite" est une véritable poupée russe. Derrière son synopsis qui ne casse rien se trouvent plusieurs flashs ingénieux et une véritable critique de la société à une époque où justement, la propriété personnelle semble si valorisée. À expérimenter, ne serait-ce que pour sa façon de jouer avec les attentes du spectateur.
| Film | 6 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 6 |