Selon François Langevin 9 décembre 2004
Radley Metzger a donné au cinéma américain des années 1960 ce que Hugh Hefner a donné au monde du magazine dans les années 1950 avec son "Playboy Magazine", c'est à dire une vitrine sur l'érotisme exploitant les charmes féminins d'une façon particulière alliant style et sensualité. Il a tout d'abord commencé par distribuer certains films européens au début des années 1960 avant de passer à la réalisation de ceux-ci. Dans les années 1970, il réalisera un genre de films que l'on retrouve derrière les portes battantes du club vidéo du quartier. Ses films "hard" porteront la griffe d'Henry Paris dont le célèbre The Opening of Misty Beethoven qui figure aux palmarès des chefs d'œuvre des films pornographiques. First Run Features a eu la brillante idée de présenter une rétrospective des meilleurs films érotiques de Radley Metzger dans une série de trois coffrets dont le premier vient tout juste d'atterrir en magasin.
Ce premier boîtier des classiques de ce réalisateur propose les films "Camille 2000", "Alley Cats" ainsi que "Thérèse et Isabelle" tous réalisés entre 1966 et 1969. Voici un bref synopsis de ces trois films et c'est par ordre chronologique que je vous les présente.
Alley Cats
Leslie (Anne Arthur) et Logan (Charlie Hickman) sont deux jeunes bourgeois qui s'aiment et qui songent au mariage, mais chacun connaîtra une aventure extraconjugale avec une femme remettant leur amour en question. Une période de réflexion et une série d'expériences amoureuses plus tard, ils auront à faire un choix sur leur union.
Personnellement, ce film est le moins intéressant des trois proposés. L'atmosphère donnée au film est agréable, kitsch et sur une musique "Lounge" qui nous imprègne de la décennie des années 1960, mais le charme s'arrête là. L'histoire est trop linéaire et les dialogues trop prévisibles pour donner vie au film. Il reste quelques bons moments à savourer dont celui où une femme est séduite par une autre et un autre ou les plaisirs libidineux peuvent être joués à plusieurs.
Thérèse et isabelle
Un des meilleurs efforts de Radley Metzger qui a tenté de fusionner érotisme et cinéma populaire dans un film lent où une passion se développe entre deux étudiantes d'un collège. C'est en remontant la tumultueuse rivière des tabous et préjugés que Thérèse (Essy Persson) et Isabelle (Anna Gaël) tenteront de conserver cet amour et de nourrir la passion qui l'alimente.
Se déroulant encore dans une Europe bourgeoise, on a droit à un film plus intellectuel où les dialogues occupent l'avant-plan. L'abondante narration, qui peut en irriter plus d'un, sert souvent à mettre en mots ce que le réalisateur n'aurait pu mettre en image, car le propos est salace. On a encore droit à un film très stylisé laissant place à de beaux plans de caméra qui ne sont pas sans rappeler l'univers de Roger Vadim.
Camille 2000
"Camille 2000" est une adaptation libre du livre La Dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils. C'est dans une Rome opulente et riche que l'action se passe (décidément, la bourgeoisie devait être sa classe sociale fétiche). Ça raconte l'histoire d'Armand, jeune aristocrate qui se voit offrir une compagne parmi plusieurs filles. N'écoutant pas l'avis de ses amis, il se tournera vers Marguerite (Danielle Gaubert) qui affectionne la vie à 100 milles à l'heure, passant d'un flirt à l'autre et adepte de la vie artificielle par intraveineuse. Sentant ses jours comptés, elle fera en sorte d'éloigner Armand de sa vie, mais la passion prendra le dessus sur la raison et seul le destin pourra résoudre ce dilemme du cœur.
Ce film est certes le plus érotique des trois et la scène finale, véritable fête de la décadence et de la débauche introduit des éléments provenant du catalogue fétichiste et sadomasochiste et prouve hors de tout doute l'incroyable acuité artistique du réalisateur quand vient le temps de mettre l'érotisme en image. Malheureusement, hormis ce climax final et quelques autres scènes montrant l'anatomie féminine dans une enveloppe esthétique de premier plan, on a droit plutôt à un film moyen où les dialogues sont trop lourds et souvent insignifiants.
Le rendu visuel de ces films est très moyen. Dans tous les cas, nous avons droit à une image comportant des égratignures et des parasites. Sans être dramatique, on sent quand même que le temps a fait son œuvre et qu'aucun processus de restauration n'a été entrepris. "Thérèse et Isabelle" ainsi que "The Alley Cats" proposent une pellicule noir et blanc et elle offre tout de même une belle palette de gris. Dans le cas de "Camille 2000", nous avons droit à des couleurs ayant perdu quelque peu leur lustre, mais le tout demeure de même très acceptable. L'aspect audio montre aussi des signes de vieillissement et c'est sous forme de bruits de fond persistants "Hiss" qu'ils se manifestent. Tout le débit sonore des trois films passe par les enceintes avant et aucune stéréophonie n'existe. Les dialogues sont tout de même audibles et justes et la superbe trame musicale de ces films, qui leur donne vie et atmosphère, résonne de fraîcheur et se marie admirablement bien aux trames sonores.
Le menu des trois films est monté de la même façon et propose une image de ceux-ci sous une musique invoquant l'ambiance et le rythme qui nous attendent. Les suppléments sont à peu près les mêmes pour les trois films. Tout d'abord, on a droit à un synopsis écrit de Nathaniel Thompson. Suivent la filmographie et la biographie de Radley Metzger et une galerie de quelques photos sur chaque film. Une série de bandes-annonces est également au rendez-vous sur chaque DVD. Le film "The Alley Cats" propose en plus un segment de scènes alternatives de nu qui dure à peine une minute. Le film "Camille 2000" possède deux scènes retranchées d'à peine une minute et qui sont sans intérêt et une galerie de photos des costumes faits par Enrico Sabbatini pour le personnage de Camille.
"Radley Metzger Collection" est composé de trois films indépendants qui ont fixé les balises de la sexualité dans le cinéma d'auteur des années 1960. Il est vraiment intéressant de voir combien les tabous et les préjugés sexuels ont été repoussés depuis trente ans. Ces films auraient aujourd'hui une cote "PG-13" ou au plus "16 ans +" alors qu'au moment de leur projection au grand écran, le propos scabreux et les images de nudité forçaient l'auditoire à être d'âge adulte. Ces trois films sont devenus une denrée rare et il est agréable de voir la compagnie First Run Features les remettre en circulation dans ce coffret (First Run Features les avait préalablement mis en circulation en 1999). Il est juste regrettable qu'aucun effort de restauration n'ait été entrepris. Je recommande aux amateurs de films répertoire et de cinéma indépendant de jeter un coup d'œil à ces films qui ont su marquer son époque d'une griffe sensuelle très esthétique.
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