La mondialisation et le manque de travail sont au cœur de "La raison du plus faible", un drame social enlevant porté par des comédiens convaincus. Comment avoir froid dans le dos sans sortir de la maison.
À Liège en Belgique, les emplois se font rares. Malgré ses diplômes, Patrick (Éric Caravaca) doit rester à la maison pour s'occuper de son fils et de son jardin pendant que sa copine Carole (Natacha Régnier) ramène l'argent à la maison. Il est ami avec Robert (Claude Semal) et l'handicapé Jean-Pierre (Patrick Descamps), deux anciens employés de l'usine locale qui a décidé de licencier ses salariés afin d'embaucher des travailleurs moins dispendieux. Lorsque le mystérieux Marc (Lucas Belvaux) sort de prison, un plan de vol se dessine et commence à s'exécuter. Mais à quel prix?
Après son excellente trilogie formée de Cavale, Après la vie et Un couple épatant, le réalisateur et acteur Lucas Belvaux change de registre. Il s'attaque cette fois au chômage et à la mondialisation, à l'obsession d'avoir un travail pour être représenté dans la société. Il met bien entendu la caméra du côté des moins bien nantis, ceux qui souffrent en silence, humiliés par la vie, et qui décident de prendre les armes et de se venger contre leurs sources de maux : l'entreprise qui les a exploités pendant une vie et qui s'est départie de leurs services.
À partir de ces thèmes engagés qui demeurent toujours subtils, enracinés au fond de la trame narrative, il y a une histoire d'une simplicité déconcertante – le vol parfait – qui deviendra de plus en plus problématique à mesure que le hasard détruit la donne, se mettant invariablement du côté des plus forts. Il faudra donc bien plus qu'un plan ingénieux et des armes pour changer de classe sociale. Grâce à une mise en scène sobre et précise, Belvaux prêche pour le réalisme, privilégiant les dialogues forts en tenant toujours l'humour à ses côtés. Cela donne une œuvre qui, sans payer de mine, s'avère nettement plus raisonnée que la moyenne et qui prend vie par la qualité des interprètes et ces nombreux silences si révélateurs.
Le long-métrage tend souvent à être atmosphérique sans toutefois se perdre dans l'abstraction. La musique se fait rare, il n'y a qu'un leitmotiv étouffant et perçant qui revient sans cesse, comme cet étau qui se resserre sur sa proie. Les différentes pistes sonores en Dolby Digital 5.1 et en 2.0 sont efficaces, surtout la première qui exploite passablement bien les différentes enceintes, rendant vivante cette tôle qui se froisse, cette usine en pleine ébullition et cette nature tranquille. Outre quelques accents, les voix sont faciles à saisir et il y a des sous-titres blancs très visibles en anglais afin de permettre à plus de personnes de suivre la progression.
Les images tendent vers le réalisme et elles offrent généralement des détails très précis. Parfois, un peu de blocage peut émaner des chandails rayés. Cela n'arrive toutefois pas souvent. Les teintes s'assombrissent à mesure que le récit avance sans toutefois nuire aux appropriés contrastes. Généralement, il n'y a rien d'exceptionnel, mais rien pour faire détourner le regard non plus.
La pochette est d'une sobriété effarante. Des tours d'habitation se dressent dans le noir avec un soleil qui tend à s'échapper des nuages. Au bas se trouve un revolver qui viendra sceller quelques existences. Le menu principal reprend le tout sans y apporter le moindre mouvement. Une mélodie lourde et émotive est heureusement de la partie. Ce n'est toutefois pas assez pour excuser l'absence totale de suppléments. Encore une fois, la qualité de l'œuvre semble remplacer l'existence du moindre bonus. Mais bon, un excellent film sans rien pour l'accompagner demeurera toujours supérieur à un navet assorti d'un nombre incommensurable d'entrevues et de pistes de commentaires.
Sans être trop politisé et cartésien, "La raison du plus faible" est un opus qui se visionne de différentes façons. Le simple divertissement est assuré par le suspense qui se crée, la préparation du plan et la résolution de l'intrigue. La charge plus engagée émane des situations et des non-dits, des intentions et des mots balayés sous le tapis, jusqu'à cette séquence finale en hélicoptère qui résume le tout en quelques secondes. Solide et sans flafla.
| Film | 8 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |