Les antipodes se rencontrent et l'amour se fait attendre dans "Raja", une œuvre douce et délicate qui nage malheureusement un peu trop dans les clichés les plus répandus.
Quelque part dans la grosse ville de Marrakech au Maroc vit Frédéric (Pascal Greggory), un séducteur occidental. Ce Français, à la mi-quarantaine et possédant beaucoup d'argent, réside dans une grosse maison. Celle-ci est gérée par de nombreuses domestiques qui s'occupent de faire le ménage et d'entretenir le jardin. Une de ces personnes est Raja (Najat Benssallem), une jeune fille pauvre de dix-neuf ans, orpheline, mais avec un frère envahissant qui la surveille sans cesse et un petit ami jaloux. Dès que Frédéric la voit, c'est le coup de foudre instantané. Même si la langue, l'âge, la hiérarchie sociale et les expériences de vie sont différentes, rien ne peut empêcher un cœur de battre.
Film profondément humain transpercé par une mélancolie ambiante, "Raja" propose des variantes pertinentes à l'éternelle histoire d'amour entre deux individus que tout oppose. Ici, l'important n'est pas de savoir comment cela va se terminer, mais de quelles façons ce désir pourra se transmettre et dissiper l'équivoque. Car l'héroïne est loin d'avoir les mêmes sentiments que son prétendant. Son corps et son âme ont été blessés par la vie et elle fera l'impossible pour obtenir un emploi décent, ce qui la laisse à la merci de cet homme qui peut devenir, à tout moment, une véritable bête sauvage.
Cette façon de décrire la relation entre le possédant et la possédée deviendra de plus en plus trouble. Lorsque Fred manipulera sa proie, Raja lui rendra la monnaie de sa pièce en lui faisant du chantage et vice-versa. Jusqu'à cette séquence dans le lit qui viendra tout bouleverser. Pour une rare fois de sa vie, la fille pourra prendre le dessus, mais elle n'y arrivera pas... au propre comme au figuré. C'est un peu dommage que pour arriver là, les sociétés occidentale et orientales sont assaillies par de nombreux préjugés. L'homme blanc est riche, il cherche à forniquer le plus souvent, il se veut plus intelligent que les autres et il fera tout ce qui est en son pouvoir pour obtenir le fantasme de ses désirs. De son côté, la femme colorée n'adhère qu'à l'argent, alors qu'elle ne pourra aimer que le beau et le jeune garçon viril. Clichés ou réalité?
En vieux professionnel, Jacques Doillon (l'auteur du formidable Ponette en 1996) offre une réalisation légère et experte, donnant la belle part aux dialogues et non aux actions. Son dernier long métrage pourra peut-être souffrir d'un rythme lent, mais cela permet aux personnages de prendre toute la place. Dans le rôle titre, Najat Benssallem est très crédible. Débutant dans la naïveté, elle arrive à passer à un stade supérieur qui amènera des larmes. Sans jamais forcer la note, la jeune actrice séduit sans être brillante. Beaucoup plus affable est Pascal Greggory, l'acteur chéri d'Éric Rohmer et de Patrice Chéreau. En yuppie blasé qui reprend goût à la vie, il est fascinant et repoussant, mais jamais reposant. Une grande figure inconnue qui trouve un personnage à sa hauteur.
Ce long métrage tourné au Maroc bénéficie d'une belle photographie qui se répercute directement sur le DVD. Les lieux sont magnifiques, enchanteurs. Le rendu est soigné et, sans être extraordinaire, il demeure toujours très acceptable. Quelques séquences nocturnes vers la fin offrent un grain un peu pâle, mais dans l'ensemble, il n'y a rien pour se plaindre. Si les sous-titres se lisent très facilement, c'est regrettable qu'ils soient littéralement brûlés dans l'écran et qu'on ne puisse les enlever. Puisque le film alterne entre les langues françaises et arabes, le texte en anglais peut devenir mélangeant dans la compréhension du récit. De son côté, il est très difficile de bien déterminer la qualité audio, tant la musique est pratiquement inexistante. Il y en a bien au début et dans quelques scènes, mais c'est tout. Au moins, les voix sortent toujours bien et ne se perdent jamais dans le bruit. C'est déjà ça de positif!
Comme pour son compatriote Viva Laldjérie, "Raja" fait partie d'une collection spéciale de seize titres qui sont disponibles uniquement dans les clubs vidéo pour le moment. Sensiblement, la pochette blanche, le menu qui s'ouvre sur un moment clé bercé par la musique et les options peu nombreuses sont sensiblement les mêmes. Encore une fois, le spectateur est en mesure d'en savoir davantage sur la compagnie Mongrel Media et il pourra visionner la bande-annonce du film Water.
Œuvre qui méritait tellement plus de soin que deux misérables suppléments, "Raja" est un séduisant récit de Jacques Doillon. Même si parfois, les facilités sont de la partie, c'est certainement un des meilleurs efforts du réalisateur de Vengeance d'une femme.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |