Vivre avec son père n'aura jamais été aussi compliqué que dans "La régate", un très intéressant premier long-métrage de Bernard Bellefroid. Très Belge dans son approche, le récit n'a aucune difficulté à rendre inconfortable.
Entre Thierry (Thierry Hancisse) et son fils adolescent Alexandre (Joffrey Verbruggen), c'est le chaud et le froid. Les engueulades sont nombreuses et elle se veulent parfois très violentes, autant physiquement que psychologiquement. Afin de garder la tête hors de l'eau, fiston cherche un peu de quiétude en faisant de la régate, devant cette fois se taper l'humeur stricte de son professeur Sergi (Sergi Lopez).
Un pays affiche rapidement ses couleurs. C'est le cas de la Belgique dans la plupart des productions qui arrivent jusqu'au Québec. Généralement tout y est gris, usé, informe, à la limite insalubre. La pauvreté est croissante et les gens normaux doivent travailler fort pour s'en sortir. "La régate" ne déroge pas à cette règle, affichant un esthétisme pas trop éloigné de celui des frères Dardenne, la caméra étant toutefois plus stable, alors que le réalisme vient un peu se résorber par une utilisation astucieuse de la musique (Claude Muno et Luna Boots font bon ménage).
Le film réalisé avec sobriété par Bernard Bellefroid suit deux fils conducteurs. Le principal est la relation entre un père et son fils qui se détestent. Les personnages, forts en gueule et en poings, livrent d'étonnants numéros, étant campés parfaitement par Joffrey Verbruggen et Thierry Hancisse. Ce sont lors de ces moments destructeurs que l'oeuvre atteint des sommets. Les dialogues sont des camouflets d'une rare cruauté qui laissent des traces indélébiles, n'épargnant rien ni personne.
Afin de ne pas étouffer, le récit propose des échappatoires un peu moins soutenues. Notamment vers l'aviron, ce noble sport qui revient à la mode depuis l'excellent The Social Network. Le jeune héros a de la difficulté à fonctionner normalement dans la société et il sera rappelé à l'ordre par un instructeur (très juste Sergi Lopez) qui l'obligera à travailler en équipe, et par une jeune fille de son âge qui lui apprendra les rudiments de l'amour. Des séquences attendues superficiellement explorées qui sont tout de même traitées tendrement.
L'image sobre et précise aux couleurs solides mais sans éclat bénéficie d'une belle définition des contours, de contrastes rigides mais à point et de jolies teintes aux éclats dominés par le bleu. La piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 est généralement très discrète, se contentant à rendre audible les voix et les dialogues. Aucun sous-titre n'est disponible.
L'élégante pochette mise sur un décor spectaculaire, de l'eau, un aviron et deux protagonistes qui semblent en conflit. Le menu principal du DVD opte plutôt pour un agréable montage de scènes et une mélodie à la fois douce et inquiétante. La bande-annonce originale fait figure d'unique supplément.
Film d'atmosphère qui possède beaucoup de caractère, "La régate" ne part pas en vrille pour manquer de souffle avant la fin. Au contraire il prend son temps pour atteindre sa vitesse de croisière, arrivant à éprouver le spectateur par les souffrances qui atteignent son personnage principal. Un portrait nuancé d'une jeunesse sur un fil de fer dont le statu quo est tout sauf envisageable.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |