Karin Viard envie Agnès Jaoui dans "Le Rôle de sa vie", une œuvre qui s'intéresse au culte que vouent certains individus à des personnalités culturelles. Pas mal pour un film qui a remporté les prix de la meilleure actrice et du meilleur scénario au Festival des Films du Monde de Montréal en 2004... mais c'est loin d'égaler le génial All About Eve de Joseph L. Mankiewicz.
Claire (Karin Viard), une pigiste introvertie, vient en aide à Élisabeth Becker (Agnès Jaoui), une des stars les plus en vue du cinéma français. De fil en aiguille, une amitié semble se tisser entre ces deux femmes complètement différentes. Lorsque la mademoiselle du peuple en apprend davantage sur le monde élitiste de son idole, plusieurs chimères risquent de fondre comme neige au soleil.
La misère des riches, la jalousie des pauvres, vivre selon le regard des autres, les caprices de la bourgeoisie, l'entêtement de l'adoration, la gloire qui corrompt, la solitude ambiante, etc. Le premier long métrage de François Favrat, "Le Rôle de sa vie", s'intéresse à tous ces maux qui lient les vedettes à leur public. Un peu à la façon d'un Comme une image ou Le goût des autres, mais sans les répliques acerbes assassines. Si le sujet n'est pas très original, la présence de deux actrices au sommet de leur art sauve la mise.
À commencer par une Karin Viard qui arrive totalement à s'effacer derrière son personnage sans colonne vertébrale. Ses réactions sont crédibles, alors que sa personnalité défaitiste lui permet d'éviter les stéréotypes d'usage. Aux premiers abords, le rôle tenu par Agnès Jaoui semble beaucoup plus caricatural avec ses teintes marquées vers l'égoïsme. Il ne faut toutefois pas se fier à ses premières impressions. La psychologie de son Élisabeth mue peu à peu en un papillon gris qui cultive autant l'amertume que la naïveté. Pris entre ces deux excellentes madones se trouve un Jonathan Zaccaï en pépiniériste qui n'est que le faire-valoir de ces dames.
Étrangement, le long métrage tarde à trouver son rythme. Quelques passages sont comiques sans être drôles. Un soupçon de romantisme se pointe à l'horizon, s'efface et revient à la charge à la toute fin. Il y a même quelques éléments de suspense qui pourrait transformer l'entreprise en un Single White Female. L'attente sera en vain, car le film n'arrivera jamais à se brancher.
La musique originale concoctée par Philippe Rombi et les pièces populaires sont agréables à l'oreille. Il n'y en a pas beaucoup, mais c'est toujours bien utilisé. Cependant, il y a très peu de défis, parce que les haut-parleurs sont utilisés de façon très conventionnelle. La trame sonore sert presque uniquement à lier les scènes entre elles. C'est très rare que l'on entende une voix par-dessus. Cependant, lorsque Agnès Jaoui chante (elle n'est pas doublée!), le rendu est tout à fait satisfaisant. Ce n'est toutefois pas le cas des images, qui déçoivent amèrement. Au départ, il faut s'habituer à ces teintes sombres pas toujours bien définies qui font très vieillottes. Par la suite, c'est un peu mieux. Il y a encore plusieurs scènes douteuses (par exemple, celle où le personnage de Karin Viard roule en bicyclette) où différentes couleurs émanent sans raison, mais rien de trop majeur. Les sous-titres se lisent généralement bien, quoique la police d'écriture laisse un peu à désirer.
La pochette est simple, classe, parsemée de blanc, de noir et de rouge. Le menu principal reprend l'image sur le boîtier. Il est immobile, mais une courte mélodie espagnole détend l'atmosphère. Le manque de parcimonie au niveau des suppléments est décevant. Il y a un bref documentaire d'à peine plus de quatre minutes sur l'enregistrement de la chanson "Lodudo" qui est présente dans quelques séquences de ce long métrage. On y voit Agnès Jaoui répéter pendant un long moment et ensuite, François Favrat donner ses instructions. Ça ne sert pas à grand-chose. Surtout qu'à plusieurs endroits vers la fin, l'image est saccadée. Des barres apparaissent ici et là, gênant la vision. Ces effets déplaisants sont également présents au sein de la bande-annonce qui en dit beaucoup trop. Dans les derniers moments, les couleurs pâles et le titre sautillent abruptement. Très fatigant. Une option qui s'intitule "Fin alternative" est également présente. Cependant, il n'y a aucune scène du film. Seulement le réalisateur qui explique avoir tourné une fin beaucoup plus descriptive pour faire plaisir aux producteurs et que finalement, il avait eu le dernier mot. C'est dommage qu'on ne puisse la voir. Le seul moment franchement intéressant est une entrevue de douze minutes avec Favrat qui parle de ses anciennes coopérations, de ses personnages, de ses influences et de sa peur de travailler avec deux immenses actrices. C'est un peu répétitif et quelques images sont les mêmes que dans le documentaire, mais c'est facilement ce qu'il y a de mieux à se mettre sous la dent.
Avec un sujet en or et un duo féminin époustouflant, "Le Rôle de sa vie" semble s'étirer en longueur à quelques moments. Au lieu de partir dans toutes les directions, le réalisateur aurait peut-être dû choisir une voie et d'y aller à fond. Ou, tout au moins, de ne pas faire de fausses promesses avec des suppléments incomplets.
| Film | 6 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 7 |