Roman de gare
Christal Films Distribution

Réalisateur: Claude Lelouch
Année: 2007
Classification: G (QC)
Durée: 101 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 14
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
29 février 2008

Pour son 41e film, Claude Lelouch persiste et signe. Écoeuré de se faire pointer du doigt par la critique (son récent Le courage d'aimer a été injustement vilipendé à gauche et à droite), le cinéaste français se terre derrière un pseudonyme - Hervé Picard - et accouche de "Roman de gare", un de ses meilleurs longs-métrages depuis plusieurs années.

Ce qui est simple paraît compliqué. Un dangereux pédophile vient de s'échapper et cela pourrait bien être cet homme bizarre (Dominique Pinon) qui insiste royalement pour réconforter la malheureuse Huguette (Audrey Dana). Qui est-il et que veut-il réellement? Pendant ce temps, une femme (Myriam Boyer) cherche en vain son mari et une célèbre romancière (Fanny Ardant) présente son nouveau chef d'œuvre littéraire. Entre ces individus, des liens subtils sont déjà tissés et les rompre n'est pas toujours évident...

Derrière sa construction artificielle et préfabriquée, le nouveau film du créateur de Les uns et les autres s'avère une œuvre manipulatrice au possible, qui cumule les fausses pistes, les mises en abyme et les jeux de miroirs. En fait, deux adages y triomphent. Le premier est que les mensonges sont partout et le deuxième qu'il ne faut jamais se fier aux apparences. À partir de là, en acceptant d'emblée de ce postulat, il est facile d'embrasser cette danse tout à fait distrayante et divertissante, qui ne manque surtout pas d'humour, de rebondissements et de dialogues finement travaillés.

Dans une mise en scène étudiée qui multiplie les clins d'œil à Hitchcock, il y a d'intéressants personnages aux relations tordues. Le plus inquiétant est certainement Dominique Pinon, si loin des facéties bucoliques de chez Jeunet. Il intéresse et rebute tout à la fois, tout comme les compositions névrosées de Fanny Ardant et celles, plus criardes, d'Audrey Dana. Entre ces trois pôles se trouvent peut-être des êtres qui ne servent à rien et de brusques ellipses temporelles, mais ces atouts servent à brouiller davantage les cartes, les rendant les plus opaques possible.

La dernière figure importante du lot serait sans doute la musique de Gilbert Bécaud, omniprésente du début à la fin. Lorsque ses mélodies sont absentes, c'est pour faire ressortir des airs de suspense qui créent un malaise chez le spectateur. Efficace, tout autant que ces profondes pistes sonores francophones en Dolby Digital 5.1 qui titillent les enceintes, faisant ressortir des sons de sirènes, d'éclairs, de klaxons et de vagues. Il n'y a toutefois rien pour brimer la profondeur des voix, qui peuvent être accompagnées de sublimes sous-titres blancs en anglais. Les images décident de s'effacer derrière des couleurs sombres (du brun, du noir), reflétant l'état psychologique des protagonistes. Le niveau des détails n'est cependant pas au point, car du blocage s'échappe à quelques occasions et les contrastes s'avèrent par moments trop lumineux ou trop foncés.

Il faut s'approcher de la pochette pour que ses charmes deviennent évidents. De loin, il n'y a que les visages des trois principaux comédiens. Mais de près, une multitude d'écrans apparaissent, représentant ces pages de romans tournées à toute vitesse. Un principe qui s'applique également à la bande-annonce très rapide qui se trouve en guise de supplément. Après une multitude de publicités pas toujours convaincantes, le menu principal du DVD s'ouvre par l'entremise d'une voiture qui défile, avec la radio allumée pour rendre plus agréable la navigation. Au total, il y a trois bonus qui méritent le coup d'oeil. Il y a tout d'abord un documentaire de 20 minutes sur le tournage. Le réalisateur étudie son film et il est montré en train d'élaborer ses scènes et de diriger ses troupes. Un segment qui va loin et qui en apprend beaucoup. Tout autant que cette petite entrevue où Claude Lelouch traite des apparences, revenant sur le besoin d'être rassuré. Il évoque même Montréal au passage, un indice qui laisse deviner que le tout a été filmé lors de son passage en 2007 pour le Festival des films du Monde. Le dernier tronçon est une entrevue avec Audrey Dana. L'actrice parle de son personnage et de sa scène préférée (celle de l'orgasme), revenant sans cesse sur les façons dont le metteur en scène finit par obtenir ce qu'il désire.

"Roman de gare" est loin d'être le chant du cygne d'un cinéaste très prolifique. Hormis cette finale un peu kitch, il s'agit même d'un retour éclatant et sophistiqué d'un homme qui se moque de sa carrière en réglant ses comptes avec ses détracteurs. Ces romans de gare du titre rappellent ces essais qui plaisent à monsieur et madame tout le monde... tout en donnant de l'urticaire aux critiques. Un reflet des derniers travaux de Lelouch? Peut-être bien. Dans tous les cas, rarement le créateur de Un homme, une femme aura pris un aussi malin plaisir à mener tout le monde en bateau.


Cotes

Film7
Présentation7
Suppléments6
Vidéo6
Audio7