Romanzo Criminale
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Michele Placido
Année: 2005
Classification: 14A
Durée: 153 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Italien (DD51, DDST), Français (DDST)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
4 novembre 2007

La nouvelle génération de films italiens ne rime plus seulement avec Benigni ou Moretti. Grâce à "Romanzo Criminale", le vieux routier Michele Placido prouve qu'il est encore capable de produire des œuvres accessibles et profondes, implacables et politisées. Un peu moins de références auraient toutefois été une bonne idée...

L'Italie des années de plomb (de la fin des années 1960 au démantèlement du mur de Berlin) est transposée en parallèle des évènements historiques. Pendant que de nombreux groupes terroristes - les plus connus sont les Brigades rouges - affrontent perpétuellement l'État, des petites frappes arrivent à contrôler le trafic d'héroïne à Rome. Cette organisation est principalement dirigée par trois hommes d'impact. Il y a le chef enragé appelé le Libanais (Pierfrancesco Favino), l'assoiffé de vengeance Freddo (Kim Rossi Stuart) et le plus sympathique, mais énigmatique Dandy (Claudio Santamaria). Le destin parsemé de sommets et de précipices de cette bande sera exploré à la loupe, des enlèvements aux assassinats, des trahisons aux relations amoureuses, de la mainmise des instances supérieures à l'obsession d'un flic courageux (Stefano Accorsi).

Comme dans toutes les sagas qui se respectent, "Romanzo Criminale" prend amplement son temps (environ 150 minutes) pour raconter son histoire. La première moitié arpente différents chemins connus pour dresser un portrait froid et prévisible d'un milieu qui baigne dans le désordre. Le montage allumé évoque par moments l'inoubliable Cidade de Deus sans verser dans la violence stylisée, les quêtes existentielles reprennent les mêmes éléments que le culte Scarface, alors que les confrontations entre les gentils et les méchants lorgnent vers Heat. Bien entendu, le cinéma de Martin Scorsese se retrouve partout, du rythme souvent effréné aux situations dangereuses en passant par une trame sonore extrêmement populaire.

Une fois cette très longue introduction passée, le long-métrage de Placido peut finalement prendre forme. Son adaptation du roman éponyme de Giancarolo De Cataldo évoque une époque souvent méconnue de l'Italie et même si sa prémisse épouse la fiction, de nombreuses réalités apparaissent ici et là. Des images ou des dialogues d'archives sont mélangés pour rendre l'authenticité encore plus grande et relancer le spectateur au cœur des enjeux. La fin est peut-être prévisible, mais le parcours ne sera pas de tout repos pour les personnages.

En dehors des explosions de sang, c'est la qualité de l'interprétation qui retient l'attention. S'il est très difficile de s'attacher au sort des individus au début du film, cela change considérablement avant la tombée du générique. Les mimiques des comédiens sont dans la norme et ça ne prend pas beaucoup de temps avant que Stefano Accorsi affiche son charisme. Le rôle un peu secondaire de la gent féminine est relevé par deux actrices qui savent pimenter des situations, sans toutefois amener leurs hommes à leur perte.

Un réel souci d'authenticité s'affiche de ces images grises qui évoquent les films américains engagés des années 1970. Les couleurs sont sombres et appropriées, ne venant jamais heurter ces solides contrastes qui prennent graduellement de l'importance. La musique, un peu trop présente, transporte beaucoup d'émotions, variant entre les airs populaires, les rythmes entraînants ou encore les mélodies plus tristes. La piste sonore italienne en Dolby Digital 5.1 utilise des valeurs éprouvées (balles de fusils, explosions) pour égayer les différentes enceintes. Entre une traduction francophone très moyenne et d'excellents sous-titres français ou anglais, mieux vaut sélectionner ces derniers pour être transporté au cœur des enjeux.

La pochette respecte cet esprit stylisé, pas trop éloigné de la bande dessinée. Des hommes se dressent, regardant droit devant eux. À la gauche se trouve l'éternelle femme fatale. Les couleurs, dans des tons de rouge, de blanc et de gris, s'avèrent être les teintes dominantes du récit. Le menu principal du DVD superpose des icônes à l'effigie des personnages à un montage précis de scènes. Le tout est accompagné d'un air pop-rock assez irrésistible. Le seul supplément présent est un documentaire de 19 minutes. Le réalisateur discute des faits historiques, touchant au passage à l'adaptation du roman. Plusieurs séquences du tournage sont montrées. Ce segment finit cependant par être assez superficiel. Les enjeux sont rarement expliqués et les informations rapportées manquent de tonus et de profondeur. Dommage.

"Romanzo Criminale" ressemble peut-être à une multitude de productions, elle n'en n'est pas mauvaise pour autant. Entre les nombreux hommages, le film arrive à exister par lui-même, entre leçons romancées d'histoire et divertissement à toute épreuve La violence masculine n'est finalement qu'un prétexte pour dépoussiérer une époque oubliée dans le flou politique.


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments2
Vidéo7
Audio7