Longue chronique à la fois très classique et généralement intéressante, "Sanguepazo" ressasse une page d'histoire pas toujours glorieuse de l'Italie moderne. Pour les amateurs de la Seconde Guerre mondiale au cinéma, probablement le genre le plus usé du septième art.
Les décisions sont capitales dans la Botte européenne lors de la Deuxième Guerre mondiale. Le gouvernement de Mussolini s'allie avec celui d'Hitler et la population décide d'adhérer à cette mouvance... ou de la combattre secrètement au péril de leur vie. Il semble si facile de passer de la Gauche à la Droite, surtout au sein de la bourgeoisie. C'est ce qu'apprendront à leur dépend les populaires acteurs Osvaldo Valenti (Luca Zingaretti) et Luisa Ferida (Monica Bellucci) lorsqu'ils devront affronter les conséquences de leurs gestes.
Ce très long film (154 minutes!) n'attire pas l'attention pour son originalité. De tels récits, qui multiplient les ellipses chronologiques en abordant un sujet connu de tous, sont nombreux. Mais pour une fois, le regard est celui de l'Italie, avec ses trahisons et ses règlements de compte, ses amours impossibles et le sort de la fatalité. Reprenant un canevas proche du superbe Le dernier métro de Truffaut, l'ensemble puise dans l'art de la guerre, recréant le théâtre de la vie où des artistes doivent jouer des rôles - en mettant le costume de l'ennemi par exemple - pour survivre.
Même si elle marque moins les esprits que sa précédente saga Nos meilleures années, cette nouvelle réalisation du vétéran Marco Tullio Giordana tient la route par le soin apporté à la mise en scène, un brin poussiéreuse, mais pas trop, qui relate sans brouiller inutilement les cartes ces essors politiques et économiques où la censure et les injustices étaient de mise. L'interprétation un peu froide, mais néanmoins appropriée permet de prendre en considération le sort des personnages. Luca Zingaretti brûle l'écran et il ne fait qu'une bouchée de Monica Bellucci, mal à l'aise et pas toujours crédible. Alessio Boni fait également très bonne figure en jeune cinéaste qui ne met jamais au rancard ses convictions.
Bien qu'agréable avec ses cordes dramatiques, la musique de Franco Piersanti prend parfois beaucoup trop d'espace, surlignant ce qui se passe à l'écran. Les pistes sonores italiennes et françaises en Dolby Digital 5.1 sont appréciables, agrémentant les enceintes de bruits de voitures, d'éclairs, d'aboiements, d'oiseaux et d'obus. Les voix demeurent claires, la traduction tout à fait acceptable, la version originale est bien entendue supérieure et les sous-titres jaunes se lisent sans aucune difficulté. La qualité des images ne laisse pas à désirer non plus. Même si les contrastes manquent parfois de jus et que du blocage puisse se faire ressentir, la palette de couleurs demeure dans le ton, développant de belles teintes et un séduisant noir et blanc qui ne lésine pas sur les archives.
La pochette en apparence banale (un homme et une femme qui s'embrassent) prend sa signification au sein du long-métrage, déjouant ultimement les attentes. Le descriptif au dos du boîtier laisse à désirer, dévoilant un peu trop les retournements de situations. Le menu principal du DVD, statique et sans mélodie, reprend mécaniquement deux protagonistes et les couleurs du drapeau italien. Aucun supplément n'est disponible, si ce ne sont ces bandes-annonces diverses.
"Sanguepazo" nage dans la mer des conventions sans faire trop de vague. Rien pour marquer les esprits, mais rien pour faire décrocher le spectateur non plus. Un essai imparfait, mais néanmoins prenant sur les apparences de la guerre et les sacrifices de la population. Les amateurs du genre seront sans doute satisfaits.
| Film | 6 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |