Still Life
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Zhang Ke Jia
Année: 2006
Classification: PG
Durée: 108 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Mandarin (DDST)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
20 mai 2008

Lion d'Or à la 63e Mostra de Venise en 2006, "Still Life" a fait le tour de la planète avant d'aboutir sur les écrans québécois en 2007 et en format DVD l'année suivante. Si le nouveau film du réalisateur Jia Zhang Ke, 24 City, brigue la Palme d'Or au Festival de Cannes de 2008, pourquoi ne pas redécouvrir sa meilleure œuvre à ce jour?

En Chine dans la ville de Fengje, le barrage des Trois Gorges a complètement inondé des villages entiers. Pour ne pas périr, les gens ont dû migrer et se déplacer en aval ou en amont. Pour les retrouver, ce n'est pas toujours évident. San Ming (Han Sanming) cherche son ex-femme et sa fille qu'il n'a plus vues depuis 16 ans. Shen Hong (Zhao Tao) aimerait plutôt savoir ce qui est arrivé à son mari, car cela fait deux ans qu'elle n'a pas eu de ses nouvelles. Dans leur périple, ces deux âmes vont découvrir un pays en pleine mutation et ils côtoieront des êtres aussi perdus qu'eux.

Jia Zhang Ke rumine ses obsessions depuis ses premiers longs-métrages. Dans Plaisirs inconnus et The World, il montrait sa Chine natale en évolution, remplaçant ses paysans à la terre par une mondialisation plus sauvage où l'être humain n'a aucun repère, se perdant dans une société de rapaces où l'importance de l'argent est parfois primordiale. Après son documentaire Dong sur le barrage des Trois Gorges, il pousse sa réflexion et sa dénonciation encore plus loin avec "Still Life". Loin de se répéter, le cinéaste offre un autre portrait hallucinant de personnages en constants exodes. Les individus sont en mode introspection, regardant le paysage qui s'offre à eux au lieu de rouspéter.

Un peu comme le récent - et inférieur - Up the Yangze de Yung Chang, ce nouvel opus d'un des réalisateurs les plus prometteurs du moment est un récit fleuve qui ne s'adresse pas nécessairement à tout le monde. L'histoire ne tient parfois qu'à un cheveu et le metteur en scène utilise son temps pour bien camper son atmosphère. Il en résulte une œuvre lente, contemplative et langoureuse, mais également mélancolique, poétique et hypnotisante. De longs plans séquences déroulent de gauche à droite de l'écran, montrant une communauté plus vraie que nature.

La meilleure façon d'y adhérer est de se perdre dans les magnifiques paysages. La sublime photographie mélange le vieux monde au nouveau, superposant les couches au sein de plusieurs palettes de couleurs qui bercent la rétine. L'image à la fois brute et stylisée demeure cependant un peu trop sombre, avec ces contrastes souvent inégaux. La piste sonore en mandarin est en Dolby Digital 2.0 et il y a heureusement des sous-titres blancs en français et en anglais afin que le spectateur puisse suivre l'intrigue. Les caractères auraient toutefois mérité à être plus gros. Des sons de voix, d'eau et de klaxons ressortent allègrement des différentes enceintes, alors que la musique mélange chansons kitchs ou tristes et mélodies instrumentales plus lunaires et étranges.

La pochette présente les deux protagonistes devant une terre riche en promesses et en désillusions. Après une courte publicité, le menu principal du DVD reprend l'idée du boîtier sans y superposer de mouvements. La belle chanson solennelle compense largement pour cette lacune, ce qui n'est toutefois pas le cas de l'absence totale de suppléments. Avec un essai aussi flamboyant et intéressant, il est normal d'en vouloir davantage.

"Still Life" n'est pas le film le plus facile à aimer. Son ton lent et dénué d'action en frustrera plus d'un. Pourtant, il s'agit d'un poème à la vie et aux racines, décrivant avec une rare précision les dérives de la modernité. De solides comédiens et des images d'une étonnante beauté font de ce long-métrage une réussite incontestable, peut-être même la plus belle de son auteur. Déjà, Jia Zhang Ke annonce les couleurs de son nouveau 24 City en revenant constamment sur le sort parfois malheureux de miniers... Une autre carrière qu'il faudra suivre de près.


Cotes

Film8
Présentation5
Suppléments-
Vidéo7
Audio7