Saraband
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateur: Ingmar Bergman
Année: 2003
Classification: 18A
Durée: 112 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Suédois (DD20)
Sous-titres: Anglis, Français, Portugais
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
31 décembre 2005

Plus de vingt ans après la sortie en salles du chef-d'œuvre Fanny & Alexander, une nouvelle production du légendaire Ingmar Bergman voit finalement le jour un peu partout sur la planète. En "Saraband", c'est probablement le chant du cygne d'un des réalisateurs les plus importants du cinéma des soixante dernières années.

Diffusé à la télévision suédoise en décembre 2003, "Saraband" a pu faire le tour du monde grâce à la grande actrice Jeanne Moreau qui a convaincu le cinéaste après être tombé en amour avec le long métrage. Cette suite directe au supérieur Scènes de la vie conjugale reprend la destinée des deux personnages principaux. Trois décennies après son divorce, Marianne (Liv Ullman) décide de prendre des nouvelles de Johan (Erland Josephson) en le visitant quelques semaines. Malgré le passage du temps, cet homme est aussi colérique qu'avant. Pourtant, au fond de lui, elle voit un homme qui a peur de la mort et qui se sent incapable de vivre dans la solitude. Cette maison en apparence tranquille sera également témoin des déchirements entre Henrik (Borje Ahlstedt) et sa jeune fille Karin (Julia Dufvenius) qui semble être incapable de s'émanciper. Depuis la mort de son épouse, Henrik est devenu dépendant de sa progéniture et il accumule les dettes pour pouvoir lui payer les meilleurs cours musicaux possibles. Afin d'y voir plus clair, Karin demande des conseils à Marianne avant d'être tentée par une proposition assez intéressante de son grand-père Johan.

Même s'il n'est pas obligatoire d'avoir vu le premier volet pour bien apprécier "Saraband", il faut être conscient qu'entrer dans l'univers de Bergman n'est pas toujours aisé. Il faut s'attendre à du théâtre filmé, un canevas découpé en plusieurs actes, de longs dialogues en plan séquence et une réalisation hyper conventionnelle qui met les êtres humains en avant plan. S'il y a la moindre pointe de fatigue, mieux vaut passer son chemin et y revenir lorsque la concentration sera démesurée. Surtout que la dernière réalisation de l'homme derrière Sonate d'Automne ne comporte pas la même fougue destructrice que ses œuvres phares comme Cries and Whispers, Persona, The Seven Seal et Wild Strawberries. Par exemple, après de longs moments séparés, les anciens époux se retombent aisément dans les bras, ce qui n'est pas toujours vraisemblable et même un peu facile.

En faisant fi de toutes comparaisons par toujours avantageuses, "Saraband" demeure une entité distincte qui ne finit plus de bouleverser. Peut-être pas sur le moment présent, car les personnages froids et le rythme lent momifient l'atmosphère, mais à long terme. Les quatre pôles se donnent des électrocutions sanglantes à l'aide de dialogues finement écrits et intensément réalistes. La méchanceté est à chaque tournant et l'humour sardonique fera rire jaune en de nombreux moments. Ce film à la fois simple et intense sur des thématiques universelles et nécessaires comme la peur de la mort, la vie avec la solitude et la quête incessante de l'amour prend forme de duels. Chacune des séquences est habitée par deux protagonistes qui se disent enfin les quatre vérités pour pouvoir évoluer. Aux premiers abords, la psychologie nage dans les archétypes. Marianne est l'amie noble et distincte, Karin personnifie l'innocence, Johan a une tête de cochon et Henrik, c'est le manipulateur invétéré. Mais à la suite de diverses révélations, ces concepts deviennent chancelants. L'homme est vil alors que la femme possède les munitions pour s'en sortir. Sauf qu'à un moment ou autre, la souffrance sera nécessaire et elle hantera le spectateur. La douleur muette si parfaite de Liv Ullman (qui a déjà été la compagne du cinéaste), les déchirements physiques de la superbe Julia Dufvenius, la prise de conscience tardive et grotesque, mais tellement belle du vieux routier Erland Josephson et celle, désespérée, d'un Borje Ahlstedt qui est si facilement détestable. Une distribution parfaite à tout point de vue.

Si la musique très discrète berce les dialogues sans enterrer les voix, quelques pièces de Bach représentent habilement la confusion grâce à des élans de violons ou de violoncelles toujours aux bons endroits. De la quiétude, la trame devient presque stridente, toujours déchirante. Cependant, le rendu sonore tarde à désirer. Puisque tout tourne autour des dialogues, ce n'est pas trop grave si les enceintes arrière ne sont pas utilisées. Sauf qu'à la moitié du long-métrage, et surtout dans la séquence où Marianne et Henrik se retrouvent dans une église, des parasites sonores (comme un léger cillement) se font entendre. Et ceux-ci vont perdurer jusqu'à la fin du récit. Très étrange. Serait-ce le fantôme d'Anna (la mère de Karin) qui vient hanter les vivants? Au moins, cela n'affecte pas les superbes images. Les détails sont précis et les ombres toujours distinctes. Surtout dans le court moment en noir et blanc. Malheureusement, tout n'est pas parfait. Le blocage est évident en de nombreuses occasions et il faudra être très habile pour pouvoir différencier les lettres et les mots pendant le générique. L'opus étant tourné en suédois, des sous-titres jaunes plutôt visibles sont disponibles en portugais, en anglais et en français.

Voir deux personnes âgées enlacées est toujours inspirant. De ce côté, la pochette est très réussie. Surtout qu'à l'arrière de celle-ci, les photos montrent des personnages qui semblent se murmurer de belles choses. Des moments extrêmement ironiques pas toujours représentatifs. C'est cependant dommage que, pour une œuvre de cette qualité, le menu principal du DVD ne soit pas à la hauteur. Il ne fait que reprendre l'image sur la pochette. Il n'y a pas de musique ou de scènes du film qui se déroulent, mais uniquement les icônes habituelles (écouter le récit, choisir une scène, incorporer des sous-titres) et deux options. Il y a une bande-annonce et, surtout, un documentaire fascinant de 45 minutes sur la production. On y voit un réalisateur vieillissant (c'est normal, il est né en 1918) qui se fie à son instinct pour toujours mettre la caméra aux endroits nécessaires. La maison où se déroule l'action n'est qu'un décor, les feuilles de la forêt sont peintes et les paysages, de simples photographies. Chez Bergman, tout est faux, sauf les émotions. Et pour que ses acteurs atteignent la perfection, il les conseille amplement. Le maître se positionne à côté de ses élèves pour les inspirer et les motiver. Mais contrairement à un Stanley Kubrick, il n'est pas nécessaire de reprendre une prise une centaine de fois pour qu'elle soit juste. Voilà trois gros quarts d'heure qui passent à la vitesse de l'éclair et qui compensent presque pour toutes les entrevues ou les commentaires du réalisateur ou des artisans qui ne sont pas présents. Vivement une édition spéciale!

Depuis des décennies, la sortie d'un nouveau Bergman est toujours un évènement. Sans être son meilleur cru en carrière, "Saraband" pique la curiosité instantanément par son souffle glacial, ses interprètes merveilleux et ses thématiques déchirantes. Probablement la dernière œuvre maîtresse d'une espèce en voie de disparition: celle du visionnaire qui ne se soucie d'aucune convention pour bâtir une filmographie unique et universelle.


Cotes

Film8
Présentation2
Suppléments6
Vidéo5
Audio7