Raconter les horreurs de la guerre et ses secrets terribles peut être nécessaire pour exorciser ses démons et recommencer sur de nouvelles bases. C'est sur ce postulat que se fonde "Grbavica" (ou sa traduction française "Sarajevo mon amour"), une réflexion à la fois profonde et bouleversante sur le désir de passer à autre chose.
Esma (Mirjana Karanovic) est une mère célibataire qui réside à Sarajevo. Elle multiplie les besognes pour subvenir aux besoins de sa famille et pour envoyer sa progéniture à une excursion scolaire. Sa fille Sara (Luna Mijovic) a douze ans et son adolescence sans père l'amène à adopter des comportements souvent inexplicables. Un jour, elle commence à poser des questions. Et les réponses qu'elle finit par obtenir risque de changer sa vie à tout jamais.
Le plus gros malentendu qui plane autour de cette puissante œuvre est son titre. "Grbavica" est un quartier de Sarajevo où a grandi sa réalisatrice Jasmila Zbanic. Au contraire, "Sarajevo mon amour" ne peut que rappeler le mémorable Hiroshima mon amour du maître Alain Resnais. Les conséquences de la guerre sont toujours de mise, mais là s'arrêtent les comparaisons entre deux objets diamétralement opposés qui sont loin d'être du même calibre.
Néanmoins, le récit de Zbanic détient plusieurs atouts dans son jeu. Le sujet, extrêmement délicat, est traité sans fioriture avec une maîtrise irréprochable. L'histoire simple n'est qu'un prétexte à jeter un regard triste sur des réalités qui sont loin d'être évidentes. La mise en scène épurée de la cinéaste demeure dans les eaux du réalisme sans jamais sombrer dans le sordide. Les dernières séquences assez poignantes chavirent le cœur sans appuyer sur les violons. Les émotions sont franches et elles ne paraissent jamais gratuites.
Le jeu des comédiennes est également appréciable. Mirjana Karanovic porte souvent le film sur ses épaules et son Esma tente de garder la tête haute malgré toutes les épreuves qui l'attendent au tournant. La prestation atteint des sommets dans des non-dits, des charges intrinsèques qui ne pourront le demeurer à tout jamais. Dans un rôle plus ingrat figure le garçon manqué Luna Mijovic. Ses comportements provoquent rapidement la hargne du spectateur qui ne peut toutefois que s'intéresser à son sort et ce, même si son personnage est loin d'être particulièrement sympathique. Le reste de la distribution demeure à l'avenant, renforçant l'amour et la haine qui composent les principaux protagonistes.
Les paysages ravagés sont rustres et ils disparaissent allègrement derrière la neige. Les couleurs rudimentaires des scènes extérieures sont annulées par une magnificence des teintes et des éclairages qui surgissent d'une discothèque douteuse. Le blocage se dissout également dans les solides contrastes où de nombreux tons de blancs arrivent à se côtoyer sans s'empiéter. Les pistes sonores en serbo-croate offrent des détails significatifs qui rajoutent beaucoup aux atmosphères, que ça soit des bruits de gens qui courent ou d'une foule qui applaudit. Pour rejoindre un large public, de visibles sous-titres blancs en anglais et en français sont de la partie. La musique diversifiée apparaît souvent à l'écran, plongeant les songes dans une futilité qui fait oublier le moment présent.
Une intrigante pochette montre une Luna Mijovic tête en bas, une pose qui sera reprise quelque part dans l'opus. L'immobile menu principal du DVD reprend exactement cette même image et en prime, il y a une chanson qui demeure aussi sublime qu'intense. La navigation est facilitée par des icônes particulièrement évidentes. De toute façon, entre regarder le film, choisir une scène ou rajouter un sous-titre, il est difficile de se perdre. Cette simplicité à outrance a cependant laissé de côté tous les suppléments, ce qui est plutôt regrettable.
En l'espace de 90 petites minutes, "Sarajevo mon amour" arpente une région dévastée sans sombrer dans l'horreur. La psychologie des personnages atteint son paroxysme dans cette conclusion un peu attendue mais terriblement efficace où deux actrices étonnantes finissent par exploser. Un titre fort intéressant qui n'a malheureusement jamais pris l'affiche dans une salle au Québec. Un vrai scandale pour cet Ours d'Or au Festival de Berlin de 2006
| Film | 8 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |