Save the Green Planet
Koch Lorber

Réalisateur: Jeong Jun-hwan
Année: 2003
Classification: NR
Durée: 117 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Coréen (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 13
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible avec couverture "Tame" chez: Amazon.ca Archambault.ca
Ce DVD est disponible avec couverture "Torture" chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Robert Bélanger
23 octobre 2005

Contrairement au cinéma hollywoodien qui n'aime pas prendre de risques, celui provenant d'Asie n'hésite pas à s'aventurer dans les extrêmes et à mélanger allègrement les genres. Déstabilisant pour le spectateur nord-américain qui se demande pourquoi les policiers dans un thriller sérieux se comportent parfois comme les Keystone Cops des films muets, il n'en demeure pas moins que ce cinéma original et inventif apporte souvent une bouffée d'air frais dans un paysage dominé par les productions suivant une formule préétablie. Premier film du réalisateur coréen Jang Jun-hwan, qui s'était fait remarqué en 1994 avec son court métrage 2001: Imagine, "Save the Green Planet" est tout sauf conventionnel. En fait, c'est un film tellement bizarre que même les auditoires coréens, pourtant habitués aux excès, l'ont boudé, ne sachant pas trop quoi penser. Les critiques l'ont par contre encensé et, de festival en festival, il s'est rapidement gagné la réputation de film culte.

Lee Byeong-gu (Shin Ha-kyun) est un jeune homme fortement médicamenté, qui n'a pas toute sa tête et qui croit que des extraterrestres venant d'Andromède se préparent à envahir notre chère planète verte (elle est bleue, mais il vaut mieux ne pas contrarier Lee alors chut!). Après des recherches exhaustives basées sur des films de science-fiction de série B et des bouquins du même acabit, il conclut que le chef des extraterrestres est déjà sur Terre et qu'il se fait passer pour le président du conseil d'administration d'une multinationale renommée. Puisque la survie de l'humanité en dépend, Lee et sa grassouillette amie, artiste de cirque, décident de kidnapper le président Kang (Baek Yun-shik) dans le but de faire échec à l'invasion. Alors que nos deux comparses prendront tous les moyens pour faire parler un Kang perplexe qui se retrouve en plein cauchemar, un détective excentrique en disgrâce se verra confier la tâche d'enquêter sur sa disparition.

"Save the Green Planet" débute comme une comédie, mais le ton change rapidement alors que Kang se retrouve emprisonné dans un sous-sol humide et inhospitalier qui rappelle l'atmosphère oppressante de Silence of the Lambs. Le film bascule alors dans l'horreur et certaines scènes de torture sont à la limite du supportable. Mais l'humour, qui passe par ces personnages aussi savoureux qu'inquiétants, demeure par contre toujours présent et le spectateur est constamment déchiré par des sentiments contradictoires. C'est d'ailleurs la force de ce scénario audacieux, écrit par Jang lui-même, qui fait éclater la structure narrative traditionnelle, prend le contrôle de nos émotions et nous manipule comme un manège de montagnes russes. Alors que Lee nous apparaît au départ comme un héros un peu fêlé, mais sympathique, et que Kang est hautain et détestable, la progression du film dans la violence et le désespoir nous amène à reconsidérer notre attachement envers les personnages. D'ailleurs, tous les protagonistes offrent des prestations solides et Shin Ha-kyun (Sympathy for Mr Vengeance), en particulier, est remarquable dans le rôle de Lee. Comme la plupart des jeunes cinéastes coréens, Jang fait preuve d'une maîtrise technique impressionnante. La cinématographie est superbe et il combine avec aplomb l'imagerie crue d'une violence extrême avec des scènes aux accents surréalistes. Son utilisation de la musique est également particulièrement efficace. La scène finale, que j'ai personnellement interprétée de façon allégorique, vous laissera complètement médusés. Jang a eu le mérite d'oser et, malgré quelques excès, il réussit à nous offrir un mélange délirant de genres, véritable numéro de funambule, sans se casser la gueule. Un exploit.

Le transfert anamorphosé offert sur cette édition est excellent. L'image est claire et propre bien que les couleurs paraissent parfois un brin sursaturées. Le niveau des contrastes est impeccable et laisse apparaître les moindres détails, même si la majorité du film se déroule dans un environnement peu éclairé. Je n'ai pas noté de problèmes de compression, ni d'accentuation des contours. La piste audio est très dynamique et la séparation des canaux est nette. Plusieurs effets ambiophoniques viennent nous chatouiller les oreilles et le haut-parleur des graves fait sentir sa présence aux moments voulus pour nous offrir une expérience des plus immersives. Les dialogues sont clairs, sans distorsion apparente, et les sous-titres sont de lecture aisée et dénués d'erreurs typographiques. La présentation est standard et deux boîtiers différents (Ce DVD est disponible avec couverture "Tame" chez: tame, ou pour toute la famille, et torture) sont disponibles. Ces deux jaquettes, ainsi que les menus, animés et accompagnés de musique, laissent penser qu'il s'agit d'une comédie grand public. La preuve qu'il ne faut pas se fier aux apparences!

Plusieurs suppléments sont offerts sur cette édition. Tout d'abord, le réalisateur commente huit scènes retranchées en les plaçant dans leur contexte et en nous expliquant pourquoi il a décidé de les couper. En fait, il s'agit plus de scènes étendues que de scènes complètement retranchées. Ensuite, on retrouve plusieurs entrevues avec le réalisateur et avec quelques acteurs qui répondent même aux questions des fans du film. Quant on dit film culte! Le plus intéressant demeure Jang qui, de son domicile, nous entretient avec candeur de son début de carrière et nous montre divers objets qu'il a ramassés pendant le tournage et qui ont une importance particulière pour lui. Suivent deux revuettes sur la production qui nous entraînent dans les coulisses du tournage et explorent plusieurs facettes de la production, des décors aux effets spéciaux, en passant par la musique et le travail des cascadeurs. On y retrouve plusieurs entrevues avec les artisans du film et avec le réalisateur qui nous entretient des principaux thèmes du film et des personnages. Ces segments sont particulièrement informatifs. Pour terminer, nous avons droit au vidéoclip de la chanson-thème, à la bande-annonce originale du film et à celle conçue pour le marché nord-américain. En tout et partout, une belle brochette de suppléments, malgré le fait que l'on retrouve un documentaire sur la production plus exhaustif, ainsi qu'une piste de commentaires avec le réalisateur et l'acteur Shin Ha-kyun sur l'édition coréenne et celle de Tartan disponible en zone 2.

Suspense, comédie, drame, horreur, science-fiction, "Save the Green Planet" est un hybride inclassable, imprévisible, touchant et jouissif, qui nous entraîne dans une aventure souvent hilarante et férocement divertissante, tout en nous incitant à réfléchir sur les pulsions destructrices de l'homme qui range souvent ses principes humanitaires au placard quand il embrasse une cause qu'il croit noble et juste. Quand on pense que ce film n'a coûté que trois millions de dollars à produire, on peut conclure que l'argent ne remplace pas l'imagination et le talent!


Cotes

Film9
Présentation6
Suppléments7
Vidéo8
Audio8