Le cinéma d'auteur germanique n'a pas le sourire facile depuis quelques années. Les thématiques abordées, autant sociales, culturelles que psychologiques, dépeignent souvent une rage, un désespoir et un mal d'aimer peu commun. On n'a qu'à penser au couple passionnel de Fatih Akin dans son film Head-On ou bien la relation orageuse entre Polonais et Allemands dans le film Lichter de Hans-Christian Schmid. Le nouveau venu Michael Schorr (sa première réalisation) change pas mal de registre en nous présentant une première œuvre plus enjouée, dépouillée de budget et pleine d'idées avec son "Schultze Gets the Blues", étonnante excursion dans la vie d'un retraité allemand qui carbure à la musique cajun.
Contraint à prendre une retraite anticipée, Schultze a maintenant un quotidien à garnir, car il n'aura plus jamais à travailler à la mine. Dans cette petite municipalité allemande de Saxe-Anhalt où cette mine est l'épicentre de l'économie régionale, il n'y a pas grand-chose à faire de ses dix doigts, sauf celui de voir ses copains, eux aussi mis à la retraire, aller à la pêche avec ceux-ci et jouer de l'accordéon de temps à autre. Changer une routine pour en adopter une autre, voilà ce qui guette cette bande de retraités. Syntonisant par inadvertance une chaîne de radio dédiée au blues, Schultze se voit soudain pris d'une frénésie pour la musique cajun. Lors de la cérémonie commémorant le 50e anniversaire du club musical, il abandonnera sa traditionnelle polka pour interpréter un air de son nouveau répertoire à la grande surprise d'un public stoïque. Il sera envoyé au Texas pour participer à un festival folklorique et proximité obligeante, Schultze partira en pèlerinage vers l'inconnu en remontant le golfe du Texas et le bayou pour goûter à la Louisiane, mère cajun d'Amérique.
Loin de redéfinir l'écriture cinématographique, "Schultze Gets the Blues" est un film d'une étonnante sérénité. D'une facture minimaliste et de propos très humaniste, ce croisement entre About Schmidt et Bagdad Cafe est une taciturne odyssée de la conformité qui se voit prise d'une irrésistible envie de franchir les layons de la dérogation menant au changement. Contemplatif et lent, ce voyage dans le quotidien de l'homme et de son monde résonne de vérité. Écrit et réalisé par Michael Schorr et interprété sobrement et brillamment par Horst Krauze, comédien aux antipodes des stéréotypes hollywoodiens, ce film est un éloge aux effets positifs engendrés par le changement et aux petits bonheurs authentiques et simples qui se cachent à travers le canevas du quotidien. Une mise en scène très éthérée permet aux personnages de bien s'installer dans cette histoire toute simple où le langage corporel et les silences sont plus révélateurs que la parole.
Le rendu vidéo proposé par cette édition est de très bonne qualité. L'image est riche en détail et se compose d'une très belle palette de couleurs. La cinématographie d'Axel Schneppat est mise en valeur par ce très beau transfert. Aucun artefact de compression ou autres parasites ne sont apparents. Le volet audio propose la trame originale allemande. La grande majorité du débit sonore passe par les enceintes avant et la musique ainsi que les timides effets ambiants viennent se répandre jusqu'aux canaux arrière. Un menu statique, sans beaucoup d'originalité et de navigation très élémentaire nous accueille.
Il y a peu de suppléments sur cette édition DVD et il est clair que la trame de commentaires présentée par le réalisateur est le fait saillant. Celle-ci est commentée en Allemand et des sous-titres anglais sont disponibles (Dieu merci!). D'un ton monocorde, cette trame se veut tout de même informative. Le réalisateur nous parle de l'idée de départ, de son approche artistique, des choix de casting et des lieux de tournage. Quelques bandes-annonces, dont celle du film, complètent ce segment. Aucun encart ne vient garnir cette édition DVD passablement dépouillée.
La réplique de conclusion (Tagline) de la bande-annonce de "Schultze Gets the Blues" dit qu'il n'est jamais trop tard pour refaire l'accord de son âme, et c'est exactement ce que ce film nous offre à travers un lent regard feutré vers le changement où le poids de l'image est mis à l'avant-plan. J'invite les amateurs de films de répertoire et d'auteurs à se mettre au diapason de ce périple portant sur l'exotisme du changement, œuvre récompensée par une dizaine de prix internationaux.
| Film | 8 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |