The Sea is Watching (Umi wa miteita)
Columbia TriStar Home Entertainment

Réalisateur: Kei Kumai
Année: 2002
Classification: 14A
Durée: 119 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Japonais (DD51)
Sous-titres: Anglais, Portugais, Espagnol, Thaïlandias, Chinois, Coréen
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Robert Bélanger
17 janvier 2004

Akira Kurosawa, décédé en 1998, a laissé derrière lui plusieurs scénarios qu'il n'a pu filmer pour diverses raisons. Celui de "The Sea is Watching" (Umi wa Miteita), écrit il y a une dizaine d'années et pour lequel il avait laissé des notes de production ainsi que des scénarimages détaillés, en fait partie. Basé sur deux nouvelles de Shuguro Yamamoto, dont l'oeuvre avait auparavant servi d'inspiration à Kurosawa pour, entre autres, Yojimbo et Red Beard, "The Sea is Watching" aurait pu s'inscrire logiquement dans la lignée des films au style contemplatif qui marquèrent les derniers films du maître. Quand la décision fut prise de tourner le film, la tâche fut confiée par le fils de Kurosawa au vétéran réalisateur Kei Kumai (Death of a Tea Master), reconnu pour ses aptitudes à mettre en images avec délicatesse et un rhytme lent, mais délibéré, des mélodrames à haute teneur émotionnelle de même facture que "The Sea is Watching".

Lorsque Fusanosuke (Hidetaka Yoshioka), un jeune samurai qui a blessé un homme lors d'une bagarre, vient se réfugier dans le bordel où travaille Oshin (Nagiko Tono), elle et ses collègues décident de le cacher des autorités. Par la suite banni par sa famille pour avoir utilisé son katana lors de l'altercation, Fusanosuke reviendra fréquemment visiter Oshin qui tombera amoureuse de lui. Quand il annonce à Oshin qu'il a non seulement été pardonné et qu'il a retrouvé son statut, mais qu'il se prépare à épouser sa promise, Oshin est dévastée. Ses consoeurs qui vivaient au travers d'Oshin l'illusion de pouvoir un jour échapper à leur vie de femmes déchues, le sont tout autant. Arrive plus tard Ryosuke (Masatoshi Nagase), un jeune itinérant désespéré qui se confie à Oshin. Celle-ci tombera de nouveau amoureuse malgré la mise en garde de Kikuno (Misa Shimizu), prostituée plus âgée elle-même éprise d'un yakuza violent. Pendant une terrible tempête où la mer se déchaînera et inondera tout le quartier, une confrontation entre Ryosuke et le yakusa aura lieu. Laissées à elles-mêmes et incapables de fuir la fureur des flots, Oshin et Kikuno n'auront d'autre choix que de prendre refuge sur le toit du bordel et d'attendre les secours ou la mort.

En visionnant ce film je pensais à A.I.. Pas à cause du sujet, mais parce qu'il s'agit d'un autre film à "deux têtes" qui ne reflète ni tout à fait l'univers de Kubrick, ni celui de Spielberg. On reconnaît parfois Kurosawa dans "The Sea is Watching", par exemple par sa structure en deux temps où un protagoniste principal disparaît abruptement au milieu du film pour faire place à un autre, et par la fascination et la compassion du réalisateur pour la souffrance des classes inférieures de la société japonaise. Mais Kei Kumai, dont la direction demeure compétente, ne possède pas la maîtrise visuelle de Kurosawa. Par contre, les personnages forts des films de Kurosawa sont essentiellement masculins et il n'a jamais été reconnu pour ses aptitudes à pouvoir cerner avec profondeur et justesse l'univers féminin. Les personnages et leur quotidien ne sont qu'esquissés, souvent avec une surdose de mélodrame et on a de la difficulté à s'y intéresser et à s'y attacher. Le résultat bien qu'intéressant, demeure artificiel.

Le transfert masterisé en haute définition de "The Sea is Watching" propose une image nette et des couleurs vibrantes qui servent à merveille l'excellente cinématographie de Kazuo Okuhara. Je n'ai noté aucune tache, égratignure, ou artefact de compression. La piste sonore offre une présence adéquate concentrée dans les avants, mais qui nous enveloppe de façon efficace lorsque la tempête se déchaîne . Les dialogues sont clairs et les sous-titres apparaissant en jaune sont précis et faciles à lire. Les menus sont statiques et faciles à naviguer. Difficile de demander mieux pour la présentation technique de ce DVD.

Les suppléments nous offrent un court, mais frustrant, documentaire de huit minutes qui comporte des entrevues avec le réalisateur, la fille de Kurosawa, d'autres artisans du film, et quelques scénarimages originaux de Kurosawa. Malheureusement, non seulement aurions-nous aimé plus de détails sur la production, mais les sous-titres lors de ce segment ne semblent pas traduire le quart de ce qui se dit et souffrent d'une fixation sur les mots "chic Edo", répétés une douzaine de fois sans autre explication (1). La bande-annonce du film ainsi que celles d'autres titres de répertoire offerts par Columbia sont également incluses.

On peut féliciter la famille Kurosawa et Kei Kumai pour avoir porté à l'écran une oeuvre inachevée du maître. Malheureusement, le film réussit rarement à s'élever au-dessus d'un mélodrame générique.


(1) Après recherche, Edo fait référence non seulement au nom original de la ville de Tokyo, mais à la période de l'histoire du Japon de 1603 à 1867 qui symbolise tout ce que les Japonais considèrent comme "traditionnel" dans leur culture.


Cotes

Film6
Menu5
Suppléments5
Vidéo8
Audio8