September 11
First Run Features

Réalisateurs: Youssef Chahine, Amos Gitai, Alejandro González Iñárritu, Shohei Imamura, Claude Lelouch, Ken Loach, Samira Makhmalbaf, Mira Nair, Idrissa Ouedraogo, Sean Penn, Danis Tanovic
Année: 2002
Classification:
Durée: 135 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais/Français/Japonais/Arabe/Nosnien/Hébreux/Farsi (DDST)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Sébastien Cassou
17 octobre 2007

Suite aux terribles attentats du 11 septembre 2001 sur le World Trade Center, la planète étant encore sous le choc, la communauté cinématographique américaine a pris plus de temps que normal pour se remettre et pour commencer à tourner des films sur la tragédie. C'est pourquoi le premier film à sortir sur le sujet était plutôt une production française réunissant onze réalisateurs du monde entier qui chacun devait faire un court-métrage de onze minutes, neuf secondes et une image sur les événements. Pas de censure, pas de directives imposées, une liberté de parole totale.

Les résultats sont inégaux en qualité cinématographique, mais ils restent toujours intéressants d'un point de vue humaniste. De voir onze points de vue émergeant de onze cultures différentes et de voir comment chacun aborde un tel drame reste tout de même fascinant pour quiconque a un peu de curiosité face aux cinémas mondiaux et à l'histoire humaine. C'est sûr que comme pour tous les films à sketches - et il fût une époque où ils étaient plus populaires que maintenant et où beaucoup de grands réalisateurs s'y essayèrent, qu'on pense à Louis Malle, François Truffaut, Federico Fellini, Michelangelo Antonioni, John Huston, Yves Robert, Roger Vadim et autres- tous les courts-métrages ne peuvent pas être réussis, mais somme toute, la majorité de ces petits films reste intéressante.

Certains cinéastes comme l'Indienne Mira Nair ont choisi une approche directe avec les événements, situant l'action au cœur des États-Unis au moment des attentats, alors que d'autres comme le Britannique Ken Loach, le Bosniaque Danis Tanovic ou l'Israélien Amos Gitaï ont choisi de comparer certains événements terroristes ou dramatiques étant survenu au même moment dans leur pays. Pour le Burkinabé Idrissa Ouedraogo, le Français Claude Lelouch, l'Américain Sean Penn ou l'Iranienne Samira Makhmalbak, les tours s'écroulant servent de toile de fond, parfois à la présence à peine perceptible, à des histoires humaines dramatiques et touchantes. Le Japonais Shohei Imamura et l'Égyptien Youssef Chahine ont quant à eux préféré la fable philosophique sur la guerre sainte ou économique, touchant à peine ou pas du tout aux événements de New York.

Le film le plus étrange de tous est sans contredit celui du Mexicain Alejandro González Iñárritu qui a choisi de faire un collage de sons et d'images retransmises par les médias à l'époque. Conversations de cellulaires des condamnés des vols fatidiques, images (vites censurées par les médias américains) des gens sautant des tours jumelles, commentaires consternés des animateurs télés, le tout mêlé, cacophonique, parfois inversé ou accéléré donne une dimension à la fois surréaliste et hyper dramatique à ce petit onze minutes intense.

Mon préféré est celui de Ken Loach qui fait le rapprochement entre les attaques terroristes du 11 septembre 2001 et le 11 septembre 1973, jour du coup militaire au Chili ayant vu la prise du pouvoir par le Général Augusto Pinochet et l'assassinat de son président socialiste élu, Salvador Allende. Il compare les discours de Bush sur les mécréants et les assassins ayant perpétré ces crimes horribles aux actions américaines de l'époque supportant le nouveau dictateur et renouant les relations économiques avec le Chili enfin "sauvé" des mains des communistes. Il fait aussi le rapprochement entre les trente mille morts et disparus sous le régime Pinochet, supporté, aidé et approuvé par les États-Unis, et les trois milles innocentes victimes de New York. On parle de torture, d'intimidation de disparition d'exécutions sommaires, et on nous rappelle qu'en 1973, au Chili, les rôles étaient inversés et que les mécréants et les assassins étaient amis des Américains et marchaient main dans la main avec l'administration Nixon.

Un autre excellent est celui de Imamura qui raconte l'histoire d'un soldat japonais de la Deuxième Guerre mondiale qui rentre des combats dans son village et se prend pour un serpent. Il rampe, mord et mange des rats vivants à la surprise et à la honte des villageois. Chacun essaye d'expliquer cette attitude à sa façon, forme de réflexion collective sur la guerre, mais personne ne parvient à le faire redevenir homme. Le film s'achève sur une phrase prononcée par un vrai serpent croisé par le protagoniste lors de son retour dans la jungle : "Il n'y a pas de guerre sainte!"

Au niveau de la qualité vidéo et audio, la plupart des films sont impeccables. Chacun et chacune ayant tourné dans son pays avec les moyens locaux, les résultats varient légèrement. À part le film du Mexicain González Iñárritu qui utilise des images et des sons enregistrés à la télé pour son montage, les autres ont tous tourné en pellicule 35mm. Le rendu des couleurs est excellent et il est même possible de voir la différence entre les lumières naturelles de chaque pays d'origine. Le son est aussi excellent en général, avec une tension sous-jacente bien rendue dans les films se déroulant simultanément aux événements de New York. La musique liant les onze films aide aussi à maintenir cette ambiance de tristesse et d'expectative. En suppléments, des bandes-annonces et des biographies d'une page de chaque réalisateur.


Cotes

Film7
Présentation9
Suppléments5
Vidéo7
Audio7