Séraphine
Les Films Séville Pictures / E1 Entertainment

Réalisateur: Martin Provost
Année: 2008
Classification: PG
Durée: 121 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 774212000812

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
12 juin 2009

Lors de la dernière cérémonie des Césars, "Séraphine" de Martin Provost a surpris les poids lourds de la compétition (Un conte de Noël d'Arnaud Desplechin et la Palme d'Or Entre les murs de Laurent Cantet) en reportant des distinctions au niveau du meilleur film, de l'actrice, du scénario, de la musique, de la photo, des costumes et des décors! Sept prix mérités pour une des meilleures œuvres de l'année.

En 1913 dans la région de Senlis en France, Séraphine (Yolande Moreau) fait des ménages le jour tout en passant ses nuits à peindre. Personne ne remarque son travail, si ce n'est le collectionneur allemand Wilhelm Uhde (Ulrich Tukur), celui-là même qui a encouragé Picasso et le douanier Rousseau avant leur renommée. Cet homme respectable fait tout pour aider sa nouvelle protégée, mais lorsque la guerre éclate, il doit prendre la poudre d'escampette. Alors que les années passent, Séraphine continue à peindre inlassablement, perdant peu à peu contact avec la réalité, jusqu'au moment où son "mécène" revient pour bouleverser à nouveau sa vie.

Cette formidable biographie romancée marquera le spectateur au fer blanc, tout d'abord par le jeu des comédiens. Yolande Moreau y trouve là le rôle de sa vie, personnifiant à la perfection un être attachant qui ne sera pas épargné par le destin. Une femme forte au début du 20e siècle, cela est si rarement montré dans une production cinématographique. Sa prestation est telle qu'il faut remonter loin dans le temps pour trouver une actrice aussi convaincue et convaincante. Malgré cette réussite éclatante, Ulrich Tukur ne s'en laisse pas imposer, et il arrive à prendre sa place lors de scènes plus tragiques et douloureuses.

La mise en scène fine et distincte du cinéaste Martin Provost tient du travail d'orfèvre. Au premier coup d'œil, tout semble simple et facile. Pourtant, sa réalisation évite le classicisme d'usage en ne s'avérant jamais poussiéreuse. Au contraire, elle suit les personnages en leur donnant beaucoup de latitude, jouant merveilleusement avec les sentiments, évitant toujours d'être lourd en aérant le tout de fines pointe d'humour, de poésie et d'une lumière salvatrice. Le tout est accompagné d'un scénario béton qui explore en filigrane le rôle de la bourgeoisie face au peuple normal, les effets de la religion et de l'éducation, la relation avec l'art et le beau, jusqu'à ces non-dits sur le sacrifice, l'homosexualité et la folie.

Séraphine aimait peindre des fleurs énigmatiques et ses créations prennent littéralement vie au sein de plans sublimes qui ressemblent... à des peintures! La merveilleuse photographie est au service d'une belle image précise aux multiples détails. Les couleurs (dont la palette verte est dominante) évitent d'être trop extravagantes et les contrastes demeurent généralement excellents. Il est seulement un peu dommage que du grain émane de quelques zones plus sombres et que du blocage fait sentir sa présence à quelques endroits.

La piste sonore francophone offre une délicieuse atmosphère d'évasion et de grands espaces. L'héroïne se retrouve souvent dans la nature et les haut-parleurs recréent favorablement tous ces bruits d'oiseaux, de grillons, de vent et d'eau, tout en agrémentant de sons plus contemporains comme des sonneries et des explosions. En tout temps, les voix demeurent audibles, et les très jolis sous-titres blancs en anglais permettent à un nouveau public de ne rien manquer. La délicate musique de Michael Galasso se veut discrète, tout en demeurant poignante aux endroits les plus déchirants.

L'agréable pochette est à l'effigie de l'héroïne qui marche dans l'herbe. Le menu principal du DVD reprend ce concept en demeurant malheureusement statique. Une charmante mélodie se fait toutefois entendre. Les suppléments varient entre l'honnête bande-annonce originale, une série de productions supérieures (le sensible Ce qu'il faut pour vivre, l'odyssée initiatique du Che, le brillant Gomorrah, le chef d'oeuvre Valse avec Bachir) et un fascinant documentaire sur le tournage. Pendant 41 minutes, Yolande Moreau parle de sa relation avec la peinture, Martin Provost revient sur les thèmes et l'équipe technique discute de leur apport non négligeable (aux costumes, aux décors, etc.), elle qui devait constamment respecter les données historiques. Une référence très étoffée dont il manque seulement une piste de commentaires.

"Séraphine" est un opus majeur qui se laisse regarder plusieurs fois. Du jeu des comédiens à la photographie plus grande que nature en revenant sur les charmes de la trame sonore et les sujets explorés, il s'agit indéniablement d'un des coups de cœur de l'année. Un drame comme il s'en fait si peu, et dont il ne faudrait surtout pas passer à côté.


Cotes

Film8
Présentation5
Suppléments6
Vidéo7
Audio8