Ce qui est embêtant avec des personnages éternels comme Sherlock Holmes, tirés d'œuvres d'auteurs décédés depuis longtemps, c'est que le nombre d'aventures ou de livres dont ils sont les héros étant fini, on a bien vite fait le tour et les nouvelles adaptations ne sont que des variations sur le thème. On a qu'à penser aux multiples versions du Chien des Baskerville qui revient nous hanter périodiquement sous une forme ou une autre pour s'apercevoir que peu importe la qualité des versions récentes, l'histoire nous est connue et l'effet de surprise n'y est pas. Pour des histoires policières, ça craint!
Or, voici que la télévision d'état britannique, la BBC, nous présente une variante fort intéressante du personnage de Sir Arthur Conan Doyle. Au lieu d'adapter bêtement un vieux roman du grand détective, on a improvisé une histoire toute neuve à partir d'un groupe de personnages ayant fait une brève apparition dans un seul livre. Il s'agit d'un groupe de jeunes enfants de la rue du Londres du dix-huitième siècle, les "Baker Street Irregulars" en question, qui aident Sherlock Holmes dans ses enquêtes par des moyens peu orthodoxes dont la police de Scotland Yard n'approuverait pas.
On est donc ici en présence d'un genre de produit dérivé de qualité où les scénaristes se sont inspirés de personnages secondaires d'une aventure de Holmes et en ont fait les personnages principaux de ce téléfilm. Le scénario raconte donc l'histoire de ce groupe de jeunes sans abris qui ont promis au célèbre détective de l'aider dans une enquête concernant les assassinats de détectives de Scotland Yard, en échange de ses services pour résoudre une autre énigme, celle de la disparition du chef de leur bande. Mais petit à petit Sherlock et ses "irréguliers" s'apercevront que les deux affaires sont indéniablement liées...
Bien qu'on vise évidemment un public de jeunes avec cette nouvelle aventure du personnage de Conan Doyle, le scénario est assez bien écrit et l'intrigue assez intéressante pour les adultes aussi. Jonathan Pryce (le rêveur de Brazil) interprète le détective avec brio, y ajoutant une touche de mélancolie là où ses prédécesseurs jouaient surtout la carte de l'homme sur de lui même, allant même souvent jusqu'à en être antipathique. On retrouve plusieurs petits moments ou Holmes se confie à Watson son fidèle acolyte ou se met à réfléchir sur sa vie et sa carrière avec un air d'amertume et de malheur lui pendant au visage.
Mais heureusement, le ton général de la minisérie de deux épisodes est plutôt à l'humour, à l'aventure et au mystère qu'aux états d'esprit et au spleen de Mr. Holmes, ce qui en rend le visionnement passionnant pour toute la famille.
Au niveau vidéo, le réalisateur Julian Kemp a fait appel à beaucoup d'inventivité et d'audace. Des couleurs explosées par moments, des flous, des ralentis saccadés, un montage rapide et plusieurs autres trucs donnent un look spécial à cette émission. Et comme tout est utilisé à bon escient sans trop forcer la note, ça n'en rend le film que plus excitant. Puis comme le transfert aussi est impeccable, avec tous ces artifices bien rendus, on ne peut qu'en dire du bien.
Au niveau audio, même combat! Les ambiances du Londres du dix-neuvième siècle et les dialogues sont incroyablement bien reproduits. La musique est enlevante et bien mixée, assez présente mais pas trop encombrante. Le son est clair et limpide. Le seul défaut serait pour les voix des jeunes enfants du groupe des "irréguliers", les accents prononcés et trop marmonnés (Cockney?) sont parfois un peu difficiles à saisir et le son aurait eu besoin d'un peu de nettoyage dans les basses fréquences pour améliorer notre compréhension.
Pour les suppléments, on ne retrouve que des filmographies des quatre acteurs principaux et une biographie écrite de quelques pages d'Arthur Conan Doyle ainsi qu'une bibliographie sélective de ses œuvres. Bien que cette biographie soit intéressante, c'est tout de même bien peu...
| Film | 9 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 8 |