Le réalisateur japonais Shinya Tsukamoto est surtout connu pour Tetsuo: The Iron Man, ce film culte cauchemardesque de science-fiction cyberpunk qui traite de l'auto-mutilation du corps et qui rappelle l'univers de Lynch et de Cronenberg. Mais si on regarde l'ensemble de sa filmographie, le thème principal est presque toujours associé à la cellule familiale, plus précisément au couple, et aux influences qui le menacent. Ceci n'a d'ailleurs jamais été aussi apparent que dans "A Snake of June", où Tsukamoto, laissant presque totalement de côté les éléments horreur et fantastique, utilise le triangle amoureux pour explorer la dynamique des relations de couple.
Rinko (Asuka Kurosawa) et Shigehiko (Yuji Kotari) forment un couple mal assorti. Elle, jeune et jolie et lui, plus âgé, gros, presque chauve et névrosé obsédé par la propreté. Ces différences physiques se reflètent dans leur relation qui est presque totalement dénuée d'intimité. Il n'y a cependant aucune haine entre eux et chacun semble vivre confortablement sa vie de façon plus ou moins indépendante. S'ils ressentent du désir et des pulsions sexuelles, ceux-ci sont complètement refoulés. Quand Rinko reçoit une enveloppe contenant des photos d'elle se masturbant et que l'expéditeur menace d'en envoyer des copies à son mari, elle se voit obligée de se soumettre à une série de jeux sexuels à mi-chemin entre l'humiliation et le plaisir. Le voyeur, interprété par Tsukamoto lui-même, connaît exactement tous les fantasmes de Rinko et la force à les réaliser un par un.
On pourrait qualifier "A Snake of June" de thriller érotique surréaliste, mais bien que le sujet s'y prête, le film ne tombe jamais dans l'exploitation pure et encore moins dans la porno. Tsukamoto traite ici de la séparation entre le corps et l'esprit et de désirs réprimés avec finesse et intelligence. Rinko n'est pas ici qu'un objet dont le corps est utilisé par un voyeur lubrique, mais une femme qui se libère des tabous d'une société rigide en prenant peu à peu conscience de son corps, en prenant confiance en elle, et en laissant sa personnalité s'exprimer en dépit des règles dictées par son environnement. Le style de Tsukamoto est par ailleurs immédiatement reconnaissable. Bien que tourné en noir et blanc, le réalisateur a ajouté à son film une teinte bleutée qui, avec la pluie qui tombe sans arrêt, ajoute à la sensualité et à l'aspect surréaliste qu'il tente de transmettre. La cinématographie est superbe et le montage parfois frénétique rappelle ses efforts précédents. On y retrouve même deux scènes où il incorpore cette imagerie biomécanique qu'il affectionne particulièrement.
Fidèle à ses habitudes, Tsukamoto a tourné son film en 16mm pour par la suite le "gonfler" en 35mm. L'image granuleuse donne au film un aspect sale et rugueux qui sied bien à l'ambiance générale. Les contrastes et le niveau des détails sont adéquats, mais l'image est un peu douce si on la compare à celle d'extraits présentés dans les suppléments. Je n'ai noté aucun problème d'accentuation des contours ou d'artefacts dus à la compression. La piste sonore n'est pas très dynamique et, sauf pour la trame musicale et quelques effets d'ambiance (la pluie), l'activité est essentiellement concentrée dans les enceintes avant. Les dialogues sont clairs et facilement audibles. Le menu principal est joliment animé et accompagné d'effets sonores, et l'accès aux menus secondaires est rapide. Quelques suppléments sont également offerts. "Playing a Snake of June" nous offre des entrevues avec les trois acteurs principaux qui nous parlent de leur personnage et de ce qui les a attirés dans ce projet singulier. Dans "Shooting a Snake of June", le réalisateur et les autres artisans du film discutent des aspects techniques reliés à leur tâche respective. Ces deux revuettes offrent un contenu particulièrement intéressant qui nous permet de nous familiariser avec le style et les thèmes de prédilection du réalisateur. Une galerie photo et quelques bandes-annonces viennent compléter les suppléments.
"A Snake of June" n'est pas d'approche facile et plaira surtout aux fans de cinéma d'auteur au sens le plus extrême du terme.
| Film | 7 |
| Menu | 7 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |