La profondeur pourfend la superficialité chez "Les Sœurs fâchées", film imparfait qui mérite peut-être le détour pour sa confrontation véhémente entre Isabelle Huppert et Catherine Frot.
Deux sœurs sont aux antipodes l'une de l'autre. Martine (Isabelle Huppert) semble tout posséder : un riche mari (François Berléand) qui lui permet de ne pas travailler, un appartement à Paris, des amies bourgeoises et une bonne pour s'occuper de son fils. Son univers synchronisé est bousculé lorsque sa sœurette débarque en ville. Louise (Catherine Frot), une esthéticienne de passage pour une entrevue importante, arrive avec sa simplicité de la campagne, son sourire enjôleur et son positivisme légendaire. Le choc se produira rapidement, un séisme dérobant des blessures ensevelies.
"Les Sœurs fâchées" est un étonnant mélange de clichés volatiles et de scènes plus graves. Le tout débute comme une horrible comédie niaise, terriblement démodée et simpliste, accumulant des blagues bonasses et des situations prévisibles. Peu à peu, cette couche superflue se dérobe pour laisser entrevoir des doutes, de la douleur intrinsèque. Les figures linéaires s'épaississent et surprennent au passage. Une phrase en apparence anodine se transforme en confrontation assassine, aussi méchante que déstabilisante. La noirceur des sentiments est perceptible à quelques occasions, distillée çà et là dans une mer d'occasions et de possibilités. Pour son premier film, Alexandra Leclère ne voulait pas se transformer en penchant féminin de Michael Haneke et s'il y a quelques séquences inquiétantes, il n'y a finalement rien pour déstabiliser le père du sublime Caché.
Les personnages, manichéens au possible, sont également transpercés par ce clair-obscur, ce changement incessant de teintes et de tons. Isabelle Huppert est parfaite en dame chiante, figure hautaine facilement détestable. De La Pianiste à Gabrielle, cette actrice excelle dans la suffisance et l'opulence. Si bien qu'elle est diamétralement opposée à la Louise de Catherine Frot, une enfant noble et naïve, trop parfaite et un peu nunuche, directement en lien avec son rôle dans le désopilant Un Air de famille. Le combat est en tout point admirable, l'eau et le feu s'affrontent pour mieux se mélanger. À un tel point qu'il est facile d'oublier François Berléand, mémorable en époux désirant ardemment être ailleurs.
Ce duo féminin évolue dans des univers aseptisés. Par surprenant que les couleurs manquent parfois d'éclats. Les tons gris et blancs personnifient l'implacable réalité, le monolithisme de la vie. Les effets ternes sont donc normaux. En contrepartie, la définition des contours est excellente et le niveau des contrastes est irréprochable. La musique luxueuse et riche de Philippe Sarde porte également à confusion. Au départ, elle énerve légèrement, mais graduellement, elle entraîne les protagonistes vers de nouvelles étapes de leur évolution. Puisque les mélodies sont présentes principalement pour lier les actions, elles ne viennent jamais entraver les voix. Ces dernières demeurent tout à fait audibles. Quoique entre une piste sonore francophone Dolby Digital 2.0 et une en 5.1, il y a très peu de différence. L'orchestre est légèrement plus poussé... et c'est pas mal tout.
Tout en demeurant dans l'esprit du sujet, la pochette ne se veut pas très imaginative. Sur un fond blanc, il y a un banc. Isabelle Huppert est à gauche, Catherine Frot à droite et les deux sœurs semblent se bouder. Un parallèle beaucoup trop évident. Une fois l'insertion du disque, quatre publicités de productions de Christal Films apparaissent. Le menu principal du DVD reprend l'image du boîtier en l'améliorant sensiblement. Il y a maintenant un montage intéressant de quelques scènes, des icônes adaptées et une douce envolée au piano. La section des suppléments n'offre aucune information réellement pertinente. Il y a une bande-annonce plus ou moins satisfaisante et un gros documentaire sur le tournage séparé en trois sections. La première laisse Catherine Frot parler de son personnage. Elle lit des journaux, elle est dans la voiture et quelques séquences sont tournées. La seconde, très similaire, met cette fois l'emphase sur Isabelle Huppert. L'actrice décortique le titre tout en abordant les costumes et les répliques. Dans un même ordre d'idée, la cinéaste Alexandra Leclère traite de sa démarche et de son amour pour sa paire féminine. Trente minutes plus soporifiques que mémorables.
Les intentions parfois troubles de la réalisatrice et le duo majestueux de comédiennes ne résistent pas toujours à ce subterfuge de la raison, à cette fuite vers la facilité (grosse musique luxueuse aidant au passage) et à cette conclusion expédiée qui se veut trop belle pour être plausible. En se conditionnant à ne pas partir dans les premières minutes, il est beaucoup plus facile d'être sensible aux charmes délicats de "Les Sœurs fâchées". Une essence divertissante pour une œuvre au potentiel universel à peine esquissé.
| Film | 6 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |