Spring, Summer, Fall, Winter, and... Spring
Columbia TriStar Home Entertainment

Réalisateur: Kim Ki-duk
Année: 2003
Classification: 14A
Durée: 102 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Coréen (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Robert Bélanger
19 septembre 2004

Malgré un certain engouement pour le cinéma asiatique ces dernières années, le cinéma coréen demeure peu connu chez nous. Dommage, car ce pays nous offre depuis quelque temps déjà le cinéma le plus original, inventif et éclaté de toute l'Asie. Le prolifique réalisateur Kim Ki-duk est une des figures emblématiques de ce qu'il est convenu d'appeler le "Nouveau Cinéma Coréen". Mais curieusement, celui qui avait l'habitude de mettre en scène des inadaptés sociaux en quête d'acceptation qui trouvent leur exutoire dans la violence, et que l'on a souvent qualifié de misogyne à cause du traitement qu'il réserve à ses personnages féminins, nous offre ici un film atypique, d'une simplicité et d'une beauté désarmantes. Évolution, changement de cap ou simple intermède pour ce cinéaste des émotions à fleur de peau?

Un temple bouddhiste posé sur un radeau flottant au milieu d'un lac, un vieux moine et son élève, quatre saisons qui servent de métaphore au cycle de la vie, voilà ce que nous propose "Spring, Summer, Fall, Winter... and Spring". Le film débute alors que l'apprenti est un tout jeune garçon et on suit son parcours initiatique au fil des saisons:

"Spring": Notre jeune apprenti se familiarise avec la vie au temple et apprend à fabriquer des remèdes médicinaux à partir de plantes qu'il devra aller cueillir. Lorsque son maître (Yeong-su Oh) le surprend en train de profaner la nature, il lui enseignera à respecter toutes les créatures vivantes et le jeune garçon perdra son innocence.

"Summer": L'élève est devenu un jeune homme. Une mère arrive au temple avec sa fille très malade et supplie le vieux moine de la soigner. La jeune femme passera quelque temps au temple et on assistera à l'éveil des sens de l'apprenti.

"Fall": Plusieurs années ont passé et le vieux moine lit dans un journal que son ancien élève a des ennuis avec la justice. Ce dernier reviendra au temple fou de rage et le maître l'obligera à effectuer divers travaux pour lui apprendre à maîtriser ses émotions et à canaliser son énergie destructrice.

"Winter": L'apprenti devenu un homme d'âge mûr (Kim Ki-duk lui-même), retourne au temple abandonné et décide de le remettre en état et de reprendre les travaux de son maître décédé. Il devra auparavant réapprendre la discipline mentale et spirituelle requise pour atteindre la sagesse et pouvoir se dévouer entièrement aux enseignements de Bouddha.

"...and Spring": Le cycle recommence alors qu'un jeune apprenti est assis aux pieds du nouveau maître.

On pourrait penser qu'il s'agit d'un film sur la religion ou sur la vocation religieuse, mais ce n'est pas le cas. En aucun moment on ne sent que le cinéaste nous sermonne. Il a d'ailleurs lui-même avoué qu'il ne connaissait absolument rien au Bouddhisme avant de tourner son film. Il utilise en fait ce "Bouddhisme de cinéma" pour nous démontrer que même dans un cadre idyllique l'homme n'est jamais à l'abri des tentations, celles-ci étant essentielles à notre cheminement en tant qu'individu. Et que l'accession à la sagesse étant le fruit de la lutte de l'individu contre lui-même, elle doive obligatoirement passer par la maîtrise de soi. La simplicité et la beauté tranquille de cet environnement magique servent donc de contraste à la complexité de la vie.

Visuellement, le film est remarquable. Chaque saison, chaque scène, prenant l'aspect d'un tableau peint de la main d'un grand maître. Malheureusement, le transfert n'est pas à la hauteur et ne rend pas justice à la qualité de la cinématographie. Les couleurs apparaissent délavées, l'image est souvent granuleuse et laisse entrevoir plusieurs artefacts de compression. Ayant pu visionner précédemment l'excellente édition coréenne du film, j'ai été quelque peu déçu de ne pas retrouver cette même splendeur visuelle. Dommage. Heureusement, le traitement sonore est quant à lui sans reproches. La trame musicale, utilisant un mélange de musique traditionnelle et de musique électronique nouvel-âge, nous offre une variété d'ambiances auditives qui nous bercent et nous enveloppent, et qui se marient parfaitement avec les somptueuses vignettes qui se dessinent sous nos yeux. Le film étant présenté en version originale coréenne, les dialogues, peu nombreux, sont sous-titrés en anglais et sont faciles à lire. Les menus sont statiques, sans accompagnement musical et de navigation aisée.

Comme seuls suppléments, on retrouve quelques bandes-annonces de films de Columbia Tristar. Dommage encore une fois puisque la simplicité du traitement de "Spring, Summer, Fall, Winter... and Spring" cache plusieurs niveaux d'interprétation et de réflexion et aurait mérité, au minimum, une piste de commentaires avec le réalisateur ou avec un expert du cinéma coréen.

Avec un minimum de dialogues et une approche éthérée, Kim Ki-duk laisse parler l'image et nous entraîne avec un doigté remarquable dans cette méditation sur la destinée. Son chef-d'oeuvre minimaliste nous en révèle davantage sur la nature humaine que bien d'autres films utilisant une tonne de dialogues et qui nous martèlent de messages. Il ne reste qu'à espérer que son film reçoive un jour la présentation DVD qu'il mérite.


Cotes

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