"Stupeur et tremblements" d'Alain Corneau est un film tiré d'un roman de l'écrivaine belge Amélie Nothomb. La totalité du film se déroule au Japon et met en scène une seule comédienne occidentale (et francophone), Sylvie Testud. Le reste de l'excellente distribution étant entièrement nippon. Il va donc sans dire que l'ensemble du film se joue en japonais, donc sous-titré, narration de l'héroïne belge exceptée.
Le film raconte l'histoire d'une jeune fille occidentale ayant été élevée au Japon et qui retourne y travailler pour un contrat d'un an après quelques années passées chez elle en Belgique. Engagée d'abord comme traductrice par une firme de Tokyo, elle apprendra très vite que non seulement les occidentaux ne peuvent que rarement accéder à des postes importants et prestigieux, mais que chaque geste professionnel posé suit un code sévère qui doit à tout prix être respecté. Elle finira, de déchéance en déchéance, dans un poste très loin de celui pour lequel elle avait été engagée et faisant appel à bien peu de compétences!
Tout au long du film, on suivra aussi, surtout par la narration nous dévoilant les pensées d'Amélie, une espèce d'histoire d'amour platonique ou du moins d'admiration sans borne entre la narratrice et sa supérieure hiérarchique immédiate, qui finira par révéler ses vraies couleurs. Il s'agit ici d'une relation ambiguë, à sens unique, tout comme dans le roman d'ailleurs, mais qui sert de prétexte à une démonstration pratique des différences culturelles majeures entre le Japon et l'occident. L'espèce de vénération que voue l'héroïne à Fubuki, sa chef, lui fera marcher sur son orgueil et accepter les pires bassesses tout en jouant volontairement le jeu pervers de sa patronne qui croit en la supériorité du cerveau nippon!
Avec son humour particulier, Corneau a réussi à bien recréer l'ambiance du livre en grande partie autobiographique de Nothomb. Comme dans beaucoup de ses livres et dans les entrevues qu'elle accorde, il est en effet toujours difficile de faire la part entre la réalité et la fiction avec cette auteure surprenante. Ce que le réalisateur , me semble-t-il a accompli, en trouvant le ton juste. La comédienne Sylvie Testud aussi s'en sort très bien dans ce rôle de personnage un peu perdu et tordu.
Le choix musical étrange (les variations Goldberg de Bach) nous rappelle l'amour du réalisateur pour la musique classique (Tous les matins du monde) et fonctionne étonnement bien dans cet univers hyper contrôlé et aseptisé de toute émotion. Les réflexions philosophiques et anthropologiques très détachées d'Amélie-san, bien qu'elle soit le propre sujet de ses observations, se marient assez bien avec les thèmes zen de Bach. Une sorte de pont entre l'orient et l'occident. Le son très sobre et clair du film ajoute aussi à cette ambiance à la fois étrange et tendue.
Au niveau visuel, tout le film se déroulant dans un seul décor, soit celui des bureaux de la compagnie (à l'exception près des scènes d'enfance et de celles où Amélie survole Tokyo en rêve), on a utilisé beaucoup d'originalité pour rendre le décor vivant. Des travellings, des grands angulaires, et même la steadycam ou le plan de grue occasionnel. La qualité de l'image est impeccable, avec des éclairages tamisés et une surprenante maîtrise des ombres, travail impeccable du directeur photo. Le transfert DVD est plutôt fidèle et toutes les gammes de gris sont bien transcrites. On n'en attendait pas moins pour faire justice au travail d'Yves Angelo, le directeur photo.
Au niveau des suppléments, seulement un petit bout de l'arrière-scène du tournage, filmé avec une caméra modèle consommateur, probablement par quelqu'un du bureau de production ou de la famille du réalisateur en visite au Japon pour un jour ou deux. Rien de bien excitant, pas d'entrevues ni de secrets révélés. La seule séquence qui en vaut la peine est celle où on voit la comédienne Sylvie Testud répéter son texte japonais avec son coach de dialogues. On s'aperçoit alors du travail immense demandé à cette actrice pour apprendre tous les dialogues de son personnage dans une langue qu'elle ne connaît pas et qui est assez éloignée phonétiquement du français.
| Film | 7 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |