À Cannes en 2005, une immense bannière noire annonçait le prochain film de Takeshi Kitano. On pouvait y lire "Takeshis'" en grosses lettres rouges, et "500% Kitano" en petits caractères blancs. C'est tout. Même sur le site officiel du réalisateur, pas de synopsis, pas d'affiche, pas de noms d'acteurs. Mystère et frustration! Quelques mois plus tard, une mini bande-annonce fait son apparition dans les cinémas de Tokyo, montrant Kitano dansant à claquettes sur une voie ferrée. Puis, Kitano débarque à Venise sans avertissement et on annonce à la dernière minute que "Takeshis'" sera le 12e et dernier film en compétition au festival. Surprise et bonheur suivis par un accueil plutôt froid d'un public et de critiques confus et déstabilisés par un film à la structure éclatée, qui cache l'oeuvre la plus personnelle du réalisateur japonais.
Beat Takeshi (Takeshi Kitano, qui se joue lui-même) est une célébrité qui navigue avec aisance dans le monde affairé du show-biz et qui rencontre par hasard son "doppelganger" (double ou sosie), un homme timide nommé Takeshi Kitano qui travaille dans un dépanneur et qui rêve de percer en tant qu'acteur. Après une série d'échecs lors d'auditions, Kitano sombre dans un monde imaginaire où il devient à la fois le violent personnage qu'incarne Beat à l'écran et sa vraie personne.
L'idée de départ avait germé dans la tête du réalisateur il y a 12 ans, pendant le tournage de "Sonatine". Le projet devait s'intituler "Fractals" et montrer comment les rêves d'une personne ordinaire peuvent générer un monde imaginaire où les personnages rêvent eux aussi, pour créer d'autres mondes imaginaires, et ainsi de suite, les événements alternant entre la réalité et ces univers fictifs. Le projet fut mis de côté jusqu'à tout récemment, quand Kitano a retravaillé le scénario et s'est lui-même placé dans la peau du principal protagoniste.
On peut comprendre pourquoi le public ne savait trop quoi penser de cet exercice quasi expérimental. Il n'y a littéralement pas d'intrigue, la réalité se confond dans la fantaisie qui se confond elle-même dans les rêves, et le film est entièrement déconstruit, Kitano utilisant les sons, les images, les comportements impulsifs et les rêves pour créer de multiples ellipses de causes et effets. Le résultat est aussi fascinant que déroutant. Kitano avait d'ailleurs averti le public de ne pas essayer de comprendre le récit puisqu'il voulait qu'il l'aborde comme une expérience et qu'il sorte du visionnement sans savoir quoi dire ou penser. Malheureusement, ni le public ni les critiques ne l'ont écouté! Un Kitano amusé par la réaction négative face au film aurait déclaré: "Parfois, être confus est une bonne chose!". Pour pouvoir apprécier ce film, il faut connaître le personnage et l'oeuvre du cinéaste. "Takechis'" est une gigantesque farce où le réalisateur/acteur se plaît à parodier les multiples facettes de sa personnalité et de son oeuvre, et c'est à cet égard que ce film est son plus personnel. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que le titre du film soit au pluriel, car il existe effectivement de nombreux "Takeshi": le célèbre comique, la star de la télé, le personnage public, l'acteur, le réalisateur, ainsi que le Takeshi ordinaire, qui garde farouchement sa vie privée. Pour les fans, dont je suis, "Takeshis'" propose un fascinant voyage dans le subconscient et l'univers de Takeshi Kitano. Les autres feraient mieux de s'abstenir.
Le transfert proposé par Séville Pictures semble être identique à celui de l'édition japonaise de région 2, c'est-à-dire de qualité moyenne. L'image est claire et propre, mais passablement granuleuse. Le niveau des contrastes et des détails est acceptable, mais on peut noter un saignement des couleurs lors des scènes les plus sombres, ainsi que de nombreux artefacts dus à la compression et une légère accentuation des contours. Pour un film aussi récent, on aurait pu espérer mieux. La piste sonore en Dolby Digital 2.0 est acceptable bien que les enceintes arrière demeurent presque complètement muettes. La séparation des canaux est bonne, les dialogues sont clairs et facilement audibles, et les sous-titres sont de lecture aisée. Par contre, on peut se demander pourquoi la piste en 5.1, plus dynamique, offerte sur l'édition japonaise, n'a pas été incluse. La présentation est minimaliste, le boîtier simple ne contient pas d'encart et les menus sont statiques et accompagnés de musique. Aucun supplément n'est offert sur cette édition.
Pour fans seulement! Les autres désirant s'initier à l'univers Kitano feraient mieux de choisir un autre point de départ pour aborder son oeuvre.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |