Le temps qui reste
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: François Ozon
Année: 2005
Classification: 14A
Durée: 85 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
15 octobre 2006

Le réalisateur français tournant le plus depuis une décennie récidive. Avec "Le Temps qui reste", François Ozon divague entre douce sensibilité mélodramatique et les clichés d'usage. Ce n'est pas catastrophique, mais cela aurait pu être tellement supérieur.

Surtout connu pour son délirant 8 Femmes, François Ozon est le Woody Allen de la France qui tourne un film par année depuis 1997. De récit en récit, il change de sujet, de style et, parfois, d'interprètes. Il peut autant délirer gentiment dans Gouttes d'eau sur pierres brûlantes que tenir en haleine avec Swimming Pool. Récemment, il ennuyait en offrant un Memento amoureux et cynique par l'entremise de 5x2. Pour se remettre de cet échec, il offre le deuxième volume de sa trilogie sur la perte entamée par le supérieur Sous le sable.

"Le Temps qui reste" emprunte presque la même thématique que le douloureux Son frère de Patrice Chéreau. Romain (Melvil Poupaud), un jeune photographe de trente ans, homosexuel légèrement drogué qui n'est jamais capable de nouer des relations à long terme ou de simplement bien s'entendre avec sa famille, est atteint d'un cancer généralisé. Il n'en a plus que pour quelques mois à vivre. Dans ce désespoir, il détruit tout autour de lui en rompant avec son ami (Christian Sengewald), en se moquant de sa sœur monoparentale (Louise-Anne Hippeau) et en s'éloignant de plus en plus de ses parents (Daniel Duval, Marie Rivière) attentionnés. Sur la route de la destruction, il rencontre un jeune couple dont la femme (Valeria Bruni-Tedeschi) lui demande de remplacer son mari stérile afin de tomber enceinte. Profondément égoïste, Romain refuse et va s'isoler chez sa grand-mère (Jeanne Moreau) qui le comprend mieux que personne. Avec le temps et la solitude, il commence à accepter sa propre mort tout en faisant un peu de bien autour de lui.

Fausse bonne idée bâclée tournée un peu trop rapidement, "Le Temps qui reste" séduit tout en irritant. Puisque c'est un mélodrame, les envolées lyriques de la trame sonore deviennent plus supportables, tout comme cette abondance de larmes apparaissant un peu partout. Ozon fait de son personnage principal un être lucide ni bon ni mauvais qui doit accepter la providence. La caméra est alors continuellement braquée sur le corps de Romain, ce qui offre des scènes intimistes à la fois tristes et sardoniques. À un endroit, le condamné parle avec sa grand-mère et lui dit "toi tu me comprends, car tu vas bientôt mourir". Une phrase représentative disant absolument tout. Ces moments justes sont parsemés à quelques endroits, dont cette scène incroyablement touchante entre le protagoniste principal et son père dans la voiture qui peuvent enfin se vider le cœur. Ou encore par l'utilisation poétique de l'appareil photo, devenant le havre de paix de la mémoire.

C'est toutefois un peu trop tard, car ces instants de beauté sont séparés de séquences ordinaires des plus typées. Pourquoi Romain devait-il absolument être gai, instable et drogué? En alimentant ce préjugé et en restant sans cesse dans les mêmes eaux, il n'y a pratiquement aucune innovation. Une fois l'acceptation, c'est le retour en enfance dans les moments clés de l'existence. Pour se terminer symboliquement par le coucher du soleil, pratiquement le même concluant 5x2.

Dans le rôle titre, Melvil Poupaud est correct sans être inoubliable. Son caractère antipathique ne le rend pas facile à aimer et l'acteur fétiche de Raoul Ruiz joue avec une froideur avouée. Autour de lui, il n'y a que des beaux personnages très peu développés. Il y a tout d'abord les retrouvailles de Poupaud avec Valéria Bruni-Tedeschi, treize années après le gentil "Les gens normaux n'ont rien d'exceptionnel". La chimie passe bien sans que la flamme se rallume pour autant. Daniel Duval en père éploré par l'existence, Louise-Anne Hippeau en sœur cherchant à réparer les pots cassés et, surtout, Jeanne Moreau en ange gardien offrant un peu d'espoir : ce ne sont que des figures emblématiques apparaissant et disparaissant trop abruptement.

La musique au piano navigue également entre le tristounet et le pleurnichard. Elle s'avère toutefois discrète, hormis quelques endroits plus dramatiques. La piste sonore Dolby Digital 5.1 n'est guère pertinente, il y a très peu d'éléments sonores qui s'échappent des différents haut-parleurs. L'important, c'est que rien ne vient envahir les voix et dans ce cas-ci, la compréhension est totale. Et dans le pire des cas, il y a des sous-titres anglophones blancs très commodes. En revanche, les images sont assez inégales. Plusieurs scènes sont jolies avec leurs reflets réussis. Mais d'autres abusent de la luminosité et le blocage se veut parfois assez apparent. Une des séquences les plus problématiques est la rencontre, presque au tout début, entre Romain et le médecin. Quelques plans se font envahir par une ligne bleue prédominante et malveillante.

La pochette, à l'effigie d'un Melvil Poupaud et d'un bambin, est une figure de pureté absolue. Elle est beaucoup plus adaptée que le menu principal statique montrant une pose quelconque de l'acteur aperçu dans Le Temps retrouvé. Une pièce instrumentale lyrique se fait entendre et elle rappelle qu'il ne faudra pas laisser la boîte de kleenex trop loin. Les suppléments, riches en matériaux inédits, intéresseront surtout les gens qui veulent en voir davantage et non ceux qui cherchent à saisir les subtilités des nombreux thèmes. Par exemple, le documentaire sur le tournage montre un jeune François Ozon en action, en train de diriger ses acteurs, à déterminer les mouvements de caméra et même à convaincre un comédien à se dévêtir. Il n'y a qu'une dizaine de séquences, mais elles sont longues et elles satisferont tous les amateurs du septième art. Pendant plus de 75 minutes (!), le cinéaste montre au lieu d'expliquer, un procédé inusité qui permet réellement d'apprendre. Ces options sont souvent plus fascinantes que le film lui-même! Entre une bande-annonce un peu trop explicative et une très belle galerie de photos défilant automatiquement, le dernier bonus de grande qualité représente 18 minutes de scènes retranchées. Ces segments, drôles ou profonds, sont incroyablement didactiques et ce n'est vraiment pas une mauvaise idée de les avoir laissés de côté.

Largement supérieur à 5x2, "Le Temps qui reste" demeure toutefois une légère déception. La recette est bonne, les éléments sont seulement un peu mal incorporés. Il pourrait être bénéfique pour un réalisateur comme François Ozon de s'arrêter un peu, consolider les acquis et faire les rectifications nécessaires pour transformer une honnête production en œuvre marquante plus intéressante que potable.


Cotes

Film6
Présentation4
Suppléments7
Vidéo6
Audio7