Tous les matins du monde
Koch Vision

Réalisateur: Alain Corneau
Année: 1991
Classification: NR
Durée: 115 minutes
Ratio: 1.66:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 2 (DVD-9 + DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon François Langevin
19 mars 2006

Dès ses premiers balbutiements, "Tous les matins du Monde" d'Alain Corneau nous rappelle étrangement l'approche utilisée par Milos Forman dans son film Amadeus. Nous y voyons un vieux Gérard Depardieu raconter à ses élèves musiciens, l'histoire de sa vie d'usurpateur musical. Dès ces segments d'analogie passés, "Tous les matins du monde" prend alors un cap qui lui est propre, celui de la poésie et de l'étonnante musique extirpée des sept cordes de la viole de gambe. Ce merveilleux voyage au cœur de la campagne française du 17e siècle, et de la musique baroque raconte l'histoire de monsieur de Sainte-Colombe, virtuose de la viole, de sa vie d'ermite et de sa relation particulière avec ses deux filles ainsi que de son célèbre élève Marin Marais.

Monsieur de Sainte-Colombe (Jean-Pierre Marielle), il est appelé monsieur, car aucun prénom ne figure au côté de son nom au sein des archives françaises, vient de voir sa femme le quitter pour la mort. C'est dans la musique qu'il vivra son deuil au grand détriment de ses deux jeunes filles qui seront presque abandonnées par un père obnubilé par son art. Quand elles seront en âge de tenir la viole, monsieur de Sainte-Colombe partagera sa passion avec ses deux filles et ils se produiront dans de nombreux concerts pour viole. Leur renommée ira trouver les oreilles du roi, mais monsieur de Sainte-Colombe refusera de se produire à sa cour, préférant la richesse que lui procure sa pauvreté. Un jour, un jeune homme prénommé Marin Marais (Guillaume et Gérard Depardieu) demandera de pouvoir parfaire son apprentissage de la viole auprès du virtuose et c'est ainsi que l'élève s'installera dans le quotidien austère du musicien et dans le cœur de Madeleine (Anne Brochet), sa fille aînée.

Alain Corneau signe un film qui défie les conventions modernes du cinéma. D'un rythme archi lent, de peu de mots, dépouillé au maximum, ce film rigoureux se réfugie dans l'austérité, un peu comme monsieur de Sainte-Colombe, son personnage central. S'inspirant du roman historique de Pascal Quignard, il en fait une adaptation libre fort éloquente dans laquelle Jean-Pierre Marielle signe une magistrale performance. Relégué au second rôle, Gérard Depardieu réussit comme toujours à nous émouvoir, mais sa véritable présence se fait sentir à travers la sublime et omniprésente narration qui s'évertue à remplir les cases blanches laissées par un scénario peu loquace.

"Koch Canada" nous offre une édition toute rematricée de deux disques de ce film unique et le produit final est fort impressionnant. L'image s'est refaite une peau neuve alors que les couleurs ont retrouvé leur brillant d'antan. Les contrastes sont profonds et les noirs bien solides permettant aux nombreuses scènes sombres de prendre vie. Les pistes sonores originales Dolby Digital 5.1 et stéréo sont offertes. Sans être une référence de dynamisme, elle est un super exemple de justesse. La musique, échine de ce film, résonne admirablement bien à travers tous les canaux du cinéma maison. On se sent plongé au cœur de cette tranche de vie historique et nous avons même l'impression d'être assis aux premières loges d'un concert lors de l'interprétation de certaines pièces musicales. Les dialogues et les voix sont justes et audibles en tout temps alors que le mariage entre l'univers sonore et musical est subtil et génial.

Les bonis se retrouvent entièrement sur le second disque. La revue de tournage du film lance le tout. D'une approche très décontractée et libre, on assiste au tournage de quelques scènes, notamment une mettant en vedette Gérard Depardieu. Il est intéressant d'observer l'incroyable rayonnement de cet acteur sur le plateau. Une entrevue faite avec le réalisateur Alain Corneau et animée par Bernard Pivot suit. D'une durée de quelques minutes, nous restons nettement sur notre appétit. Un extrait d'une émission télévisée nous permet de voir Jean-Pierre Marielle expliquer sa préparation pour le rôle de monsieur de Sainte-Colombe. Puis, on nous parle de Jordi Savall, le virtuose derrière l'univers musical du film. Tous les documentaires discutés ci-haut n'ont pas d'introduction ni de fin et donnent l'impression d'avoir été amputés. Ils sont tous présentés en français et des sous-titres forcés en anglais gravent l'image. Cette façon d'amputer les entrevues m'a vraiment déplu et j'avoue avoir trouvé l'exercice passablement brouillon.

La pièce de résistance est sans contredit le documentaire de 65 minutes fait sur le compositeur Jordi Savall. On nous présente l'homme et l'artiste qui voue sa carrière à faire connaître les grands artistes oubliés de l'époque baroque. Ce catalan est considéré comme le plus grand joueur de viole de nos jours et l'artiste nous explique bien le défi qui guette celui qui joue de cet instrument, celui demandant que la grâce soit plus belle que la beauté. Un magnifique livret de huit pages complète le tout. On y retrouve deux essais, un écrit par le critique de cinéma Robert Horton sur les passions que renferme ce film et l'autre fait par l'historien Stuart Gheney sur cet instrument baroque qu'est la viole de gambe. Ces deux articles sont écrits dans la langue de Shakespeare. Il ne manque qu'une trame de commentaires du réalisateur et une autre des comédiens pour que cette édition DVD soit idéale.

"Tous les matins du monde" est un film lent et rigoureux qui demande quelques minutes pour s'y ajuster. Mais dès que l'on vibre au même diapason que la viole de gambe et que l'on boit chacune des paroles émises par monsieur de Sainte-Colombe et par Marin Marais, on se retrouve devant un chef d'œuvre d'écriture et de musique qui nous replonge dans l'ère baroque de Louis XIV. Ce film d'Alain Corneau n'avait rien en soi pour en faire un succès commercial, mais sa musique, son écriture et sa fabuleuse interprétation en firent un succès au box-office. Ce film remporta sept Césars lors de la soirée récompensant le mérite du cinéma français en 1992. "Koch Canada" rend hommage à ce film à travers cette très belle édition DVD qui offre un produit de haute qualité et je vous la recommande sans hésitations.


Cotes

Film9
Présentation7
Suppléments8
Vidéo9
Audio8