Rassemblez les clichés les plus utilisés du cinéma, ajoutez à cela une pincée de scénarios sans grande originalité parsemée de plusieurs litres de sang, remuez jusqu'à ce que la consistance soit amusante et vous obtenez "Tragic Ceremony", un menu plutôt sans saveur qui pige dans toutes les assiettes pour offrir un buffet tiède, mais savoureux quand on laisse tomber tout second degré. Initialement, il s'agit d'un bon petit film de suspense-thriller-horreur pourvu de quelques scènes sortant du lot. Pour revivre la gloire du cinéma de série B italien des années 70, et pour comprendre une partie de l'hommage que fut le méconnu et pourtant astucieux Grindhouse, ce film saura vous répondre en partie.
Lors d'un petit voyage dans la campagne de l'Italie, quatre jeunes gens sont surpris lorsque survient un orage qui les force à se rendre à l'habitation la plus rapprochée. Ils tombent par hasard sur un château de riches et sont accueillis par une demoiselle charmante (Luciana Paluzzi) ayant des vues mystérieuses sur la jeune femme du groupe (Camille Keaton). L'hôtesse offre aux voyageurs la possibilité de rester pour la nuit (jusqu'ici, on marche en sentiers TRÈS battus...), mais leur demande également d'excuser son absence puisque celle-ci est convoquée dans le sous-sol. La jeune fille, logeant dans une chambre voisine, est attirée par des sons, des balbutiements étranges provenant de la cave. Une fois rendue, elle est surprise pour ensuite être offerte en sacrifice lors d'une messe noire. Les autres jeunes hommes parviennent à interrompre la "cérémonie tragique" (d'où le titre), cependant, les participants sombrent dans une folie meurtrière et s'entretuent tous, laissant les voyageurs sains et saufs... ou presque, car suite à un bulletin télévisé prouvant la disparition de la richissime hôtesse, les survivants du massacre commencent à disparaître à leur tour (à quatre, cela risque d'être court).
Film à prendre d'abord avec un grain de sel (il n'existe que pour capitaliser sur les effets d'horreur et toute la recette connue), il est important de reconnaître ce type de cinéma italien pour ce qu'il est : un divertissement pur et simple. En cela, le rythme du film s'en trouve forcément alourdi puisque muni de longueurs et de dialogues insipides, aurait très bien pu se passer en dessous de la barre des 50 minutes. L'exposition du fils richissime et complexé offrant à sa mère un pendentif de perles pour finalement en faire cadeau à sa petite amie ne manque pas de rappeler à Œdipe tandis que Camille Keaton, la beauté possédée du film, offre des regards vacillant entre sensualité et manque d'acting. Le tout n'est pas dénué d'un certain érotisme puisque la seule femme du trio de voyageurs est souvent montrée généreusement en habits très flatteurs de silhouette. Le métrage est donc une enfilade de scènes ultra connue n'amenant rien de nouveau sous le soleil du cinéma. Pourtant, à le regarder, on voit immédiatement l'inspiration de certains réalisateurs des années 80, notamment Sean S. Cunningham pour son futur Friday the 13th ou tout autre slasher des années 80 tel que Sleepaway Camp. Le carnet des clichés de l'époque est respecté : jeune hippie à guitare, jeune fille innocente, riche fils à ne savoir qu'en faire, etc. Néanmoins, un film à savourer pour ses clichés, sa saveur prise d'un peu partout et un ton quelque peu craspec. Pour un peu, la silhouette de Christopher Lee vêtu de sa cape de Dracula nous effleurerait l'esprit.
Pour souligner le 25e anniversaire du film, Dark Sky y est allé d'une entrevue avec Camille Keaton, qui y va d'anecdotes tirées de productions dans lesquelles elle a tourné dans les années 70 ainsi que quelques trucs durant le tournage du film. Il y a ensuite la bande-annonce originale italienne du film qui clôt le tout. Ça peut sembler peu, mais c'est suffisant pour passer une bonne soirée entre amis dévoreurs de cinéma bis.
La qualité de l'image est surprenante, surtout pour un film aussi peu connu (de moi en tout cas). Il demeure un grain tout au long du film (on est quand même loin de la restauration magistrale des James Bond dans sa plus récente édition) et quelques égratignures, mais cela ne fait qu'ajouter en charme à l'expérience "grindhouse" de regarder ce film. Les couleurs sont saturées à juste échelle et demeurent stables et les contrastes, même s'ils sont un peu accentués, offrent une touche plus "documentaire" au métrage. Quant au son, il est en italien d'origine avec des sous-titres optionnels en anglais. Il y a bien quelques égratignures sur la piste sonore et un peu de "poussière" tel un vieux disque vinyle, mais tout sonne correctement. En cela, l'expérience est complète et dans le ton voulu. La page principale du menu est musicale et fixe tandis que le reste demeure muet et immobile.
Si vous avez vu "Grindhouse" ou hésitez à le voir, vous retrouverez ici une partie des racines de ce chef-d'œuvre hommage à un cinéma disparu. Pourquoi s'en priver?
| Film | 6 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |