Peu importe que les actrices soient jolies, que les images fassent découvrir un nouveau pays ou que la musique titille les tympans jusqu'à l'infini. S'il n'y a pas d'histoire, l'exercice de style s'avère vain. C'est malheureusement dans ce cul-de-sac que se vautre "Transylvania".
Zingarina (Asia Argento) demande à son amie Marie (Amira Casar) de l'aider à retrouver un homme qui fait battre son cœur. Ensemble, elles mettent le cap sur la Roumanie pour découvrir une région unique en son genre, entre violons tziganes, danses effarantes et décors bucoliques. Assez rapidement, elles font la rencontre d'un musicien (Birol Ünel) qui les emportera dans des aventures trépidantes.
À son actif, le réalisateur Tony Gatlif n'a que des réussites. Il aime lever le voile sur le destin des gens marginaux et c'est cette tendance qui fait sa marque de commerce. Son opus le plus acclamé, Exils, a connu un beau succès dans tous les festivals sur son passage. Bénéficiant d'une popularité beaucoup plus restreinte, "Transylvania" tente de répéter cet exploit. Malgré toutes les bonnes intentions du monde, la magie est loin de se rallumer.
Un peu comme chez Kusturica, Gatlif prend un soin fou à soigner ses décors et sa trame sonore. Les paysages, magnifiques, peuvent paraître austères, mais c'est pour mieux représenter une région ignorée de tous. Les détails significatifs sont nombreux et les éclairages surprennent par leur palette de couleurs. Du début à la fin, le tempo est baigné par une musique jouissive et vivifiante, des danses sans fin qui montrent que l'espoir ne disparaît pas face au misérabilisme. Ces hymnes qui ne laissent personne indifférent bénéficient d'enceintes judicieusement utilisées où les instruments se déchirent et s'enlacent. Puisque les voix entremêlent français, anglais et roumain, il ne faut surtout pas hésiter à incorporer des sous-titres dans la langue de Molière ou de Shakespeare pour bien suivre la progression.
Cette intensité visuelle et sonore met peut-être les sens en ébullition, mais la fadeur de la prémisse a tôt fait de ramener les esprits sur le plancher des vaches. En fait, il n'y a pratiquement aucune histoire. Les filles assistent à des numéros de chants, elles s'engueulent, se réconcilient et continuent leur progression. Peu d'éléments ressortent sur les aspects politisés et économiques de la région. La démarche de Gatlif est double et contrairement à ses précédents opus, il arrive mal à joindre la fiction aux éléments plus documentaires. La Roumanie dévoile ses charmes et son lustre sans toutefois atteindre la magnificence de l'Arménie dans un certain long-métrage de Robert Guediguian.
Non seulement la prémisse tourne en rond, mais les personnages manquent cruellement d'attrait et de saveur. Asia Argento en fait beaucoup trop, surtout lorsqu'elle coure dans les bois comme une hystérique. De son côté, la Marie d'Amira Casar se veut plus ou moins bien développée, disparaissant dès que son minois commence à charmer. Le jeu physique de Birol Ünel sied toutefois bien à son être illuminé et son charisme risque d'attirer plusieurs regards sur lui.
Il n'y a pas que la trame narrative qui soit maigrichonne, les suppléments le sont tout autant. Seule la bande-annonce originale a été retenue en guise de bonus. La pochette est cependant soignée. Une lumineuse Aisa Argento émerge de formes disparates rouges. Le menu principal du DVD est tout aussi élégant. Une femme montre sa main où un œil est dessiné à l'intérieur de sa paume. Le fond bouge quelque peu sur une distrayante mélodie.
Les amateurs de chants, de danses et de musiques tziganes se délecteront des charmes si particuliers de "Transylvania". Les autres regretteront amèrement l'absence d'enjeux et de fils conducteurs cohérents dans cette découverte d'une Roumanie qui s'avère, finalement, beaucoup plus intéressante que la banale histoire d'amour proposée. Tony Gatlif est peut-être mieux de retourner à une forme de cinéma plus simple basée sur les personnages et non entièrement sur l'atmosphère.
| Film | 5 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |