Turtles Can Fly
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Bahman Ghobadi
Année: 2004
Classification: 14A
Durée: 90 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Kurde (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
30 octobre 2005

Saviez-vous que "Les tortues volent aussi?" Sur leur dos, il est possible de vivre, pour un court instant, de nombreuses difficultés que la population irakienne, et particulièrement les nombreux enfants, vivent au jour le jour. Un voyage aussi magique que violent, à voir absolument pour les êtres qui n'ont pas peur d'être bouleversés.

Peu de temps avant l'invasion américaine en Irak, Satellite (Soran Ebrahim), un jeune homme qui habite un camp de réfugiés kurdes, arrive à se procurer une antenne parabolique. Il devient ainsi la coqueluche de sa localité et n'hésite pas à s'impliquer à gauche et à droite afin d'amener un peu d'espoir à ceux qui l'entourent. Il prend en grippe un adolescent manchot (Hirsh Feyssal), sa sœur (Avaz Latif) plutôt jolie et le garçonnet presque aveugle qui les accompagne afin de les aider à survivre au sein de cette localité coupée du monde entier.

"Les tortues volent aussi (Turtles can Fly)" a fait le tour du monde et ce n'est pas par hasard. À travers un film qui décrit des réalités astreignantes arrosées de larmes, le réalisateur iranien Bahman Ghobadi (Un temps pour l'ivresse des chevaux) dresse un portrait désespéré, délicieux, cynique et non dénué d'humour de l'Irak et de l'effervescence qui a précédé le changement de régime. Tout pouvait arriver, l'espérance des beaux lendemains semblait palpable et pour une fois, l'horreur de vivre continuellement entouré de mines pouvait n'être qu'un affreux cauchemar. D'un réalisme confondant, les situations simples sont évocatrices et passent rapidement du burlesque au drame poignant. Les joies et les peines arrivent peut-être sur un territoire donné, mais elles demeurent universelles et pourraient presque exister à n'importe quel endroit.

Les acteurs, pour la plupart non professionnels, sont d'une justesse implacable et offrent un jeu criant de vérité. C'est le cas de Avaz Latif, dont les yeux expriment la plus fine des émotions. Cette jeune fille est torturée et hantée par son passé qui se matérialise à chaque journée et pour s'en libérer, elle fera l'impensable. Tout aussi solide est un Hirsh Feyssal assez clairvoyant, qui arrive à habiter un personnage trouble qui a des visions avec une économie de moyens. En héros charismatique, Soran Ebrahim est tout à fait à l'aise et il bénéficie de l'apport d'une distribution secondaire exceptionnelle pour le propulser vers de nouveaux sommets. Visiblement tourné vers l'enfance, Ghobadi offre une vision assez sombre des adultes qui sont uniquement des marchants intéressés par le profit, des dirigeants coupés des problèmes ambiants ou des soldats ordinaires transformés en sauveurs par la population locale. Au contraire, les vrais protagonistes sont jeunes, idéalistes, encore naïfs et même si la majorité de ces personnes sont handicapés d'un pied ou d'une main, elles continueront à se battre pour leurs terres et leurs possessions.

Les décors extérieurs sont à couper le souffle et facilitent l'attachement envers les habitants. Les teintes pâles et celles plus foncées demeurent toujours très distinctes et elles arrivent à rester discrètes et sobres pour ne pas étouffer les situations. Les sous-titres, sans être extraordinaires, restent agréables à lire et n'obligent pas l'apport d'une loupe. La musique traditionnelle, souvent pertinente et très particulière, est peu nombreuse. Au moins, elle est en arrière-scène et une séquence douloureuse ne perdra pas de son efficacité à cause d'une trame sonore trop présente. Même si le tout demeure en stéréo, ce n'est jamais très évident. Mieux vaut en faire moins et que le résultat soit sans équivoque.

La pochette du DVD, montrant des enfants perdus dans une région ravagée, affiche rapidement les couleurs. C'est exactement à ça qu'aura droit le spectateur. Le menu principal, d'une facilité déconcertante, est des plus ordinaires. Il est composé d'un léger montage de photos statiques et une petite musique accompagne le tout. Cependant, les trois icônes (le film, les paramètres et l'index) sont beaucoup trop minces et petits et pourra obliger les gens à s'avancer un peu plus près de leur téléviseur. De toute façon, ils n'y resteront pas longtemps, car il n'y a pratiquement aucun supplément! Une énorme déception pour un récit aussi extraordinaire.

En partant de situations réelles, "Les tortues volent aussi" extrapole et romance la réalité pour donner un récit vivant et triste, doux et amer. Ce n'est peut-être pas humoristique comme un long métrage de Emir Kusturica, mais c'est tout aussi émouvant. Une œuvre unique et gratifiante à voir pour en savoir plus sur un cinéma de plus en plus en effervescence... et sur un DVD à l'enrobage simpliste qui n'offre finalement que le film.


Cotes

Film8
Présentation3
Suppléments-
Vidéo8
Audio7