Quant on constate l'impressionnante feuille de route de Jesus Franco qui contient au-delà de 180 films réalisés sous une pléthore de pseudonymes, qu'une légion de fans le vénère malgré la médiocrité de la plupart de ses films, que Fritz Lang l'appelle pour le féliciter et que quelques grands acteurs fétiches tel Christopher Lee, Klaus Kinski et Herbert Lom acceptent de tourner pour lui, cela mérite que l'on s'attarde à son oeuvre. Sauf que ce marginal de donne pas dans le cinéma à grand déploiement et Espagnol de naissance, il est surtout connu en Europe, mais heureusement que la compagnie Blue Underground s'intéresse à ce phénomène et qu'elle nous permet d'avoir accès à quelques-uns de ces films marquants. Tout dernièrement, deux de ses classiques sont arrivés en kiosque. Il s'agit du film 99 Women tourné en 1968 et de "Venus in Furs" tourné en 1970 dont j'ai la chance de vous parler dans le cadre de cette critique.
Jimmy Logan (James Darren) est un trompettiste en mal d'inspiration qui découvre, par un beau matin, le corps à moitié nu et mutilé d'une femme que la mer noire vient de rejeter sur une plage d'Istanbul. Reconnaissant la victime qu'il avait déjà croisée lors d'une soirée mondaine et pendant laquelle il avait été témoin d'un rituel sexuel assez particulier incluant la torture, la taillade et impliquant cette femme (Maria Rohm) et trois aristocrates décadents. Traumatisé par cette découverte, Jimmy ira s'échouer à Rio pour oublier et surtout retrouver l'envie de jouer. Il y fera la rencontre d'une mystérieuse inconnue vêtue d'un vison et en tout point identique à cette femme qu'il avait repêchée un an auparavant. Malgré le fait qu'une idylle naîtra entre ces deux êtres, le mystère de son identité et du passé de cette femme demeurera entier et Jimmy cherchera à découvrir qui se cache vraiment sous ce vison.
S'inspirant librement d'une histoire écrite par Cornell Woolrich intitulée Black Angel et d'un souvenir qui lui fut raconté par le jazzman Chet Baker, Jess Franco nous propose un cocktail mélancolique composé de quelques onces de vengeance, de romance et d'un zeste obsessionnel servi sur un plateau confus et légèrement surréaliste. Reconnu pour ces scénarios gruyère, Jesus Franco fait preuve ici d'une surprenante concision et nous présente une histoire nébuleuse bien charpentée. Que ce soit par les décors, les scènes tournées à extérieur, ses plans de caméra flous ou la splendide musique composée par le groupe Manfred Mann, le réalisateur se surpasse et nous présente vraiment une de ses œuvres les plus mûries. La distribution est très solide avec, en tête, la radieuse Maria Rohm qui nous en met plein la vue qu'elle soit en blonde, en brunette et surtout vêtue d'un vison. Klaus Kinski campe naturellement un aristocrate psychopathe qui obtient du plaisir dans la souffrance et Dennis Price, un régulier des films de Jesus Franco, personnifie un pervers silencieux de façon convaincante. Seul le choix du rôle masculin principal est surprenant quand on pense que James Darren était l'idole de la jeunesse américaine au début des années 1960 en jouant dans les films Gidget. Jess Franco voulait initialement confier le rôle à un acteur de couleur, mais les producteurs ont vite fait de l'empêcher craignant un embargo des distributeurs.
L'image est généralement de bonne qualité, mais elle souffre d'inconsistance de temps à autre. Nous pouvons admirer un merveilleux plan extérieur offrant de très belles couleurs sur une pellicule hyper propre pour se retrouver au plan suivant devant une image égratignée composée de couleurs délavées. Il faut dire que ce décevant contraste de qualité n'arrive pas souvent, mais j'avoue que ça irrite l'œil. Le débit sonore passe strictement par les canaux avant, mais les dialogues, l'abondante narration et la très belle musique de jazz composée par Manfred Mann s'harmonisent très bien et ne souffrent pas de fluctuation au niveau sonore. Aucun bruit de fond ou autre parasite ne résident sur cette trame.
Un menu en mouvement nous amenant vers la Vénus du film est une belle entrée en la matière et mérite d'être souligné. Côté suppléments, une entrevue d'une vingtaine de minutes intitulée "Jesus in Furs" nous relate les décisions de casting fait par le réalisateur, des influences du jazz sur son film et de quelques anecdotes comme la provenance du titre du film. Une entrevue audio avec Maria Rohm nous parle beaucoup du réalisateur et du très grand plaisir qu'elle a eu à travailler avec Herbert Lom et Christopher Lee et de la difficulté à tourner avec Klaus Kinski. Elle a refusé d'être filmée pour cette entrevue préférant que les gens se souviennent d'elle à travers l'œuvre de Jesus Franco. Nous avons également accès à une biographie du réalisateur faite par Tim Lucas mais nous y avons seulement accès via l'ordinateur. Une galerie de photos et la bande-annonce complètent la section des suppléments.
"Venus in Furs" est un autre exemple de ce qui peut être accompli avec peu de moyens et beaucoup d'idées. Les fans de Jesus Franco et les maniaques de films cultes seront comblés par cette très belle édition DVD qui est d'une facture très kitch, qui contient une section de suppléments très intéressante et qui nous permet de découvrir cet homme aux mille identités.
| Film | 7 |
| Menu | 5 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |