Vers le sud
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Laurent Cantet
Année: 2005
Classification: 14A
Durée: 107 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
15 octobre 2006

Plus de quatre années après l'extraordinaire L'emploi du temps, Laurent Cantet est enfin de retour avec "Vers le sud", un récit exotique tiré de trois nouvelles du recueil La chair du maître de Dany Laferrière. Lorsque les fantasmes peuvent venir à bout de la solitude.

Autant Haïti peut être un pays difficile pour ses habitants, autant il s'avère un paradis pour les visiteurs. C'est dans cette région balnéaire que plusieurs femmes célibataires d'âge mûr comme Helen (Charlotte Rampling), Branda (Karen Yong) et Sue (Louise Portal) viennent assouvir leurs libidos. En couvrant de cadeaux et d'argent la jeune population masculine, elles obtiennent des services sexuels en échange. Un jour, un des objets de désir (Ménothy César) aura des problèmes avec les autorités et très rapidement, les illusions envers cette fausse oasis fondront comme neige au soleil.

Sujet extrêmement original s'il en est un, "Vers le sud" s'attarde à deux catégories de personnes souvent mises à l'écart : le sexe féminin et les Noirs. Ensemble, volontairement, ils s'échangent des services pour mieux vivre. Les femmes payent pour recevoir de l'affection, car trop souvent, après un certain âge, c'est peut-être plus difficile d'en obtenir. Les Haïtiens se prostituent contre une certaine protection et un sentiment d'être bien traités. De plus en plus, ces différents personnages se rendent à l'évidence que leur mode de vie ne peut plus fonctionner et pour s'en extirper, il n'y a pas trente-six solutions.

Avec ces images attendues de sable brûlant et d'eau douce, Laurent Cantet dénature cette idée du paradis. Celui-ci devient rapidement éphémère, pour laisser beaucoup plus de place à la dure réalité de l'existence. Après une introduction qui explique rapidement les nombreuses thématiques, le film navigue allègrement sur le drame de mœurs pour faire légèrement naufrage à l'arrivée. Dès que la violence entre en jeu, les lieux deviennent beaucoup plus communs, déjà arpentés. Si les clichés font sourire (il faut entendre Charlotte Rampling dénaturer l'accent québécois), vers la fin, ils sont un peu trop présents.

Au passage, de sensibles prestations ont le temps d'exister et de convaincre. Comme toujours, Charlotte Rampling joue une bourgeoise un peu chiante... un rôle qu'elle connaît par cœur. Voilà pourquoi c'est Karen Young qui surprend par sa vulnérabilité et son magnétisme. À côté d'elle, tout le monde ne peut que s'éclipser. Cela explique peut-être pourquoi Louise Portal est si peu présente. Quant à Ménothy César, il utilise efficacement son corps pour faire oublier la fadeur de son personnage.

Les magnifiques paysages font voyager. Pour réchauffer une journée froide, il n'y a rien de mieux. Les images sont précises et les différents tons de bleu ne se mélangent pas. La définition des contours est excellente et les dichotomies jour et soir, plage et zone urbaine ne saturent jamais l'écran. La musique, très peu présente, vient souligner quelques scènes. Les deux pistes sonores sont pertinentes sans être extraordinaires. Celle en Dolby Digital 5.1 débute en canon. Une atmosphère de plage est déployée avec cette brise de vent et le va-et-vient d'eau. Impossible de ne pas se croire au bord de la mer. Par la suite, l'ambiance est nettement moins développée et il n'y a que quelques bruits provenant de la ville. Dans tous les cas, les voix sont distinctes. Le mélange de langues peut rendre la compréhension hasardeuse et les sous-titres blancs ne sont pas parfaits. La police d'écriture laisse à désirer et il y a quelques erreurs d'orthographe.

La pochette du film est jolie et représentative. Sur une terre lumineuse, Charlotte Rampling se retourne pour regarder Ménothy César. Le menu principal du DVD épouse exactement cette séquence. Une musique vivante vient compenser pour cette ambiance statique un peu superficielle. Outre une honnête bande-annonce aux sous-titres déformés, l'unique supplément est composé d'une entrevue de trente minutes avec le cinéaste Laurent Cantet. Il aborde une dizaine de sujets sans trop se perdre dans le méandre des explications techniques. Ainsi, il parle de sa visite à Port-au-Prince, de la colonisation d'Haïti, du régime de Baby Doc (Jean-Claude Duvalier), de sa réaction face aux écrits de Dany Laferrière, de son choix des différents acteurs, des thèmes chauds, etc. De quoi tenir en haleine jusqu'à la fin, mais une piste de commentaires aurait également été la bienvenue.

Tout comme ses précédents Ressources Humaines et L'Emploi du temps (qui demeure, et de loin, le meilleur ouvrage du réalisateur), Cantet base les prémisses de "Vers le sud" sur la fuite de la réalité. Même si son dernier long-métrage a tendance à battre un peu de l'aile à la toute fin, il demeure néanmoins fort évocateur d'une détresse infinie qui caractérise, en vrai ou en chimère, une bonne partie de l'existence.


Cotes

Film6
Présentation4
Suppléments5
Vidéo8
Audio7