Le réalisateur suisse Fredi M. Murer suit à la trace un enfant génie dans "Vitus" en oubliant quelque peu son récit sur le coin du feu. Après une entrée en matière succulente et un plat qui s'annonçait mémorable, le gâteau perd nettement de sa saveur avant la fin.
Vitus (Fabrizio Borsani) a six ans, il adore les chauves-souris et il impressionne tout le monde au piano. Son père inventeur (Urs Jucker) et surtout sa mère très présente (Julika Jenkins) décident de lui mettre de la pression sur le dos afin qu'il devienne le meilleur. Seul son grand-père paternel (Bruno Ganz) continue à le traiter normalement en faisant des jeux d'enfants. À 12 ans, Vitus (Teo Gheorghiu) se blesse et il perd mystérieusement ses fabuleux pouvoirs, au grand désarroi de ses parents. Sentant que la situation économique de sa famille devient précaire et chancelante, il mettra tout en œuvre pour impressionner ses proches...
"Vitus" porte la marque de son cinéaste, Fredi M. Murer, un réalisateur très connu dans son pays dont les productions arrivent difficilement au Québec. Ainsi, le héros est un enfant et il a une passion fulgurante pour tout ce qui peut voler dans le ciel. Le film ressemble surtout à son personnage principal. Au départ, il est plein de promesses. Un garçon génial qui ne connaît pas son potentiel et des parents qui miroitent le succès. À partir de là, tout peut arriver. Surtout que les différents acteurs jouent dans la note, que ce soit les deux garçons qui incarnent le jeune prodige et Bruno Ganz en grand-papa aimable, à mille lieues de son rôle dans Downfall.
Malheureusement, en vieillissant, le récit perd de son mordant. Les invraisemblances ponctuent le cheminement, ce qui est un peu dommage. Comment un garçon de 12 ans peut-il gagner de l'argent à la bourse et se louer un appartement sans que ses parents le remarquent? Et pourquoi son grand-père lui confierait les économies de toute une vie? Le ton devient également plus moralisateur et la finale n'hésite pas à verser dans le mélo pour faire passer ses messages. Même les enjeux se détractent. Il n'est presque plus question des malaises d'un individu génial, mais d'un petit garnement très intelligent qui sent que le meilleur moyen d'aider ses proches est de récolter de l'argent. Capitalisme, lorsque tu mènes le monde...
Les images sont tout aussi décevantes. Au départ, la luminosité est jolie et les couleurs réalistes ressortent aisément. Mais le temps passe et les zones sombres apparaissent, amenant avec elles quelques égratignures, du blocage et, malheureusement, une omniprésence de grain qui vient sérieusement enlaidir certaines scènes plus foncées. Une autre déception. Cela se passe beaucoup mieux au niveau de la musique. Les airs sont généralement classiques, de Mozart à Bach en passant par Liszt et Schumann et il y a même quelques dérivés plus rock et pop. La piste sonore allemande est de bonne qualité, recréant convenablement des bruits de cloches d'église, de vaisselle, de pluie et d'applaudissements. Les voix sont aisées à saisir et heureusement, il y a de très beaux sous-titres jaunes en anglais, en français et en espagnol pour pouvoir suivre l'histoire.
L'intéressant continue à côtoyer le plus oubliable. La pochette est loin d'être recommandable. Il y a un gamin au piano avec des adultes derrière lui. Très moyen. Tout autant que le menu principal du DVD qui reprend cette même pose sans y apporter de mouvements ou de mélodies. Le comble pour une œuvre dont le sujet principal est la musique. Les bonus sont cependant de qualité. Un documentaire de 55 minutes s'étend sur le tournage et il montre le réalisateur diriger ses acteurs, traitant au passage la genèse du projet, expliquant la pertinence du titre, revenant sur le choix de ses comédiens. Complet à souhait. Lors d'une courte entrevue, Bruno Ganz fait des comparaisons entre le théâtre et le cinéma et il est possible d'avoir accès à sept scènes supprimées qui n'apportent cependant pas grand-chose à la prémisse. Quelques essais de Teo Gheorghiu sont de la partie alors que l'adolescent parle brièvement de ses goûts. Il y a également une piste de commentaires où le cinéaste traite de son enfance, y allant d'anecdotes savoureuses. Son anglais un peu hésitant lui confère cependant un ton un peu endormant. Le tout se termine sur neuf bandes-annonces diverses.
"Vitus" est comme un Mini-Wheat. Les premières bouchées sont nourrissantes et énergisantes. Cependant, le goût commence à changer graduellement et à la fin, c'est le sucre de la facilité qui remporte la mise. De quoi vouloir arrêter le visionnement en plein milieu, pour ne pas être déçu, et de passer directement aux intéressants suppléments. Et de chercher les anciennes œuvres de Fredi M. Murer, généralement plus réussies et originales.
| Film | 6 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 4 |
| Audio | 7 |