Volver
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Pedro Almodóvar
Année: 2006
Classification: 13+ (QC)
Durée: 121 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Espagnol (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Français, Anglais
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
8 avril 2007

Le maître espagnol Pedro Almodóvar ressert son même potage magique avec "Volver" (qui signifie "revenir"), un film enchanteur extrêmement bien ficelé. Des personnages au scénario en passant par la mise en scène et les surprises, il y a tout pour séduire la horde d'admirateurs du célèbre réalisateur. Un peu plus de nouveauté n'aurait toutefois pas fait de tort.

Ce qui est simple ne l'est pas tant que ça chez trois générations de femmes qui s'aiment sans réellement se l'avouer. Irène (Carmen Maura) est morte depuis des années, mais son fantôme réapparaît dans la vie de sa fille divorcée (Lola Duenas). Pendant ce temps, son autre progéniture Raimunda (Penélope Cruz) doit venir en aide à sa propre fille Paula (Yohana Cobo) qui s'est mise dans le pétrin. Lorsque des secrets se dévoilent par l'entremise d'une voisine malade (Blanca Portillo), l'existence n'aura plus nécessairement la même importance.

Pour son nouveau film qui n'a récolté que des éloges à Cannes (prix du scénario et celui pour les cinq actrices) et partout sur son passage, Pedro Almodóvar n'a pas pris beaucoup de risques. Une quête familiale directement empruntée au supérieur Tout sur ma mère , une pincée de mélo qui faisait la touche si puissante de Parle avec elle et des élans de suspense plus convaincants que dans le trop calculé La mauvaise éducation. Les adeptes de ses premières œuvres ne trouveront plus ces éléments jouissifs et kitch, mais les autres seront au paradis devant ce "best of" légèrement boursouflé, toujours très efficace.

Almodóvar égratigne ses souvenirs d'enfance et il offre une œuvre incroyablement personnelle. La couleur et la chaleur de l'introduction laissent un peu la place aux mystères ambiants. Des retrouvailles émouvantes se retrouvent au même pied d'égalité que des remords enfouis et des fantômes qui reviennent d'outre-tombe pour obtenir une seconde chance. Le rire émane facilement de situations ni trop lourdes ni trop futiles. La trame narrative affûtée saute du coq à l'âne très rapidement. La fantaisie est prédominante et tout peut arriver. Dans cette douce chaleur conservatrice, le maître derrière Talons aiguilles dessine une mise en scène experte où le montage est toujours d'une fluidité imagée.

Les couleurs opulentes réchauffent les protagonistes et le spectateur au passage. Le vert, le bleu, le mauve et les autres palettes du spectre sont littéralement éclatantes, baignant continuellement la rétine. Comme c'est toujours le cas chez le créateur du délicieux Femmes au bord de la crise de nerfs, le rouge est de presque tous les plans. Sa fonction principale? Redéfinir la passion, renforcer la fusion ou tout simplement transformer le satin en marre de sang. La photographie lumineuse bénéficie d'excellents contrastes et les contours demeurent toujours parfaits. De la grande classe!

Les thèmes musicaux vont de la pop espagnole aux airs typiques que n'aurait pas reniés Bernard Herrmann. De ce côté, l'éternel complice Alberto Iglesias utilise sa patte si unique pour raffermir la tension et pour alimenter les situations, proposant souvent des déviations impensables. Si la traduction francophone est honnête, rien ne vaut la piste originale en espagnol. Les comédiennes jouent souvent sur leur débit et leur intonation, créant des tourbillons cacophoniques. Les voix, généralement très audibles, peuvent être accompagnées de sous-titres blancs moyennement convaincants en anglais et en français. Les différentes pistes sonores en Dolby Digital 5.1 offrent des leitmotivs de sable et de vent, tout en rendant la musique très présente au sein de tous les haut-parleurs.

Les actrices, excellentes du début à la fin, sont dominées par une frétillante Penélope Cruz qui incarne à elle seule la femme à la carapace forte et moderne qui peut exploser à tout moment. C'est même à se demander si le rôle de l'homme n'a jamais paru aussi folklorique et typé dans un film d'Almodóvar. La figure paternelle - représentative de cette nation qui a perdu plusieurs de ses plumes au cours du 20e siècle - est dénaturée à outrance et y penser n'évoque que des mauvais souvenirs. De quoi recourir à la castration le plus rapidement possible.

La très belle pochette est à l'effigie d'un rouge immaculé où des fleurs surplombent le joli visage de Penélope Cruz. Le menu principal du DVD reprend cette idée en évitant de justesse d'être trop statique. Pour accompagner la navigation, une musique extrêmement rythmée est de la partie. Les suppléments, généralement pertinents, débutent par une piste de commentaires assez particulière de Pedro Almodóvar et de Penelope Cruz. Le réalisateur raconte quelques anecdotes savoureuses, mais il passe surtout son temps à décrire le film tout en glorifiant le jeu de sa muse. Un brin lassant par moments. Outre la bande-annonce originale, il y a une galerie de plus de 70 belles photos et un documentaire de huit minutes complètement instrumental montrant des images évocatrices du tournage et du cinéaste en action. Pour en savoir davantage, mieux vaut se tourner vers ces entrevues réalisées au Festival de Cannes où le créateur de Matador, son actrice fétiche et la toujours excellente Carmen Maura discutent de leurs personnages, de la démarche et du caractère autobiographique de l'histoire. Il y a finalement un hommage assez intéressant où Cruz évoque son enfance, ses débuts et sa relation très privilégiée avec Pedro Almodóvar.

Cet opus fait beaucoup de bien. Il se suffit malheureusement un peu trop souvent à lui-même. Le réalisateur de En chair et en os n'a jamais aussi bien maîtrisé son art. En retour, il offre un festin qui a un peu le même goût que les précédents. De mauvais poil, "Volver" ne pourrait ressembler qu'à un énième vaudeville où un brillant cinéaste ne fait que ressasser ses thèmes de prédilection en montrant - était-ce réellement nécessaire? - comment il sait diriger des actrices. Pourtant, cette nouvelle production est riche en détails saugrenus et en allégories métaphoriques. C'est meilleur que La Mala Educacion, c'est toutefois loin de déloger un certain Parle avec elle en terme d'efficacité ou de profondeur.


Cotes

Film8
Présentation7
Suppléments7
Vidéo10
Audio8